
Deuxième partie
Les enseignements de l’Incarnation Dieu s’incarne. Dieu vit avec nous, comme nous

Chapitre 4
Jésus savait
Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais Lui, Jésus, savait.
Jésus savait et il est absolument certain qu’à de
nombreuses reprises Il a dû
“vivre”, ou “voir”, ou “sentir”, ou deviner, tout au long de sa vie, comment Il
serait rejeté par les hommes qu’Il était venu sauver, et qu’Il aimait tant.
“Mais qu’est-ce que l’homme pour que Dieu l’aime tellement?”
Jésus connaissait les textes du prophète Isaïe, probablement
par cœur. Jésus disait et chantait les psaumes, tous les jours. Jésus savait
qu’Il était le Messie, qu’Il était le Fils de Dieu le Père. Personne ne peut
nier cela sans mettre tout l’Évangile en doute. Car Jésus nous le dit Lui-même:
“Père, Je Te rends grâce d’avoir révélé cela aux pauvres et aux tout petits, et
de l’avoir caché aux sages et aux savants.”
Jésus savait que, devenu, sur terre, Serviteur du Père, Il
serait rejeté, bafoué... Il n’aurait même plus figure humaine... car c’était nos
péchés qu’Il portait. Jésus a vécu ces textes sacrés tous les jours. Il n’est
donc pas difficile de comprendre qu’Il ait eu besoin de se recueillir souvent,
loin du monde, et même loin de ses apôtres, pour trouver la nourriture qu’ils ne
connaissaient pas, qu’ils ne pouvaient pas connaître. Les rencontres avec le
Père, c’était sa force, ses vitamines.
Ce qui peut nous surprendre tout de même un peu, c’est
qu’aucun des disciples de Jésus n’ait jamais réagi en priant, par exemple le
psaume 21 (22) ou certains chapitres ou versets d’Isaïe ou d’autres prophètes.
Non seulement ils ne réagissaient pas, -ou du moins l’Évangile ne nous en a rien
rapporté- mais il a fallu, qu’après sa résurrection Jésus leur expliquât ce qui
dans les Écritures le concernait. C’est tout de même bien étrange l’aveuglement
de ceux qui ne veulent pas comprendre, ou ne le peuvent pas, parce qu’ils ont
d’autres scénarios dans la tête. Ainsi, pour les juifs du temps de Jésus, le
Messie ne pouvait être qu’un messie temporel et vainqueur de l’occupant romain.
Pauvre misère que l’intelligence et le cœur humains!
Jésus, Tu savais, et pourtant Tu avançais, car c’était la
volonté du Père. Tes angoisses, Tu les cachais généralement car ceux qui
T’entouraient et qui T’aimaient, même Marie, n’auraient pas pu comprendre tant
que ce n’était pas l’Heure. Ton avenir devait leur être caché, et heureusement!
Mais nous, Jésus, nous hommes du XXIe siècle, nous pouvons Te
contempler dans ce qui pour nous peut être considéré comme ton passé, bien que
Tu vives un éternel présent. Cependant, considère, Jésus, combien c’est
inconfortable pour nous de Te voir vivre dans ton temps, de nous mettre dans ta
peau ou Te contempler dans ta vie terrestre... Ce qui est pour Toi ton éternel
présent, c’est pour nous, soit du passé, soit du futur, mais jamais du présent
que l’on pourrait voir et vivre.
Et pourtant nous devons vivre avec Toi! Nous devons
contempler ce que nous ne pouvons pas voir, nous devons même nous mettre dans ta
peau, dans ton Cœur, pour Te suivre et deviner tes intimes pensées quand Tu
lisais les textes sacrés, quand Tu récitais les psaumes. Nous Te regardons, nous
Te suivons Jésus, nous T’écoutons. Tu es souvent joyeux, attentif, prévenant,
plein d’à propos et d’humour... Qui pourrait croire que souvent, presque chaque
jour et plusieurs fois par jour, Tu vis ce qui sera ta grande Passion, Tu redis
au Père: “Que ta volonté soit faite!” et que Tu continues à côtoyer et à aimer
ceux qui, oubliant tes bienfaits, Te trahiront, Te rejetteront, Te tortureront
et Te crucifieront? Jésus! Comment as-Tu pu nous aimer jusque là? Et que
sommes-nous pour que Tu aies accepté de vivre et d’offrir un tel sacrifice?
Que ces choses sont difficiles à comprendre! Pourtant,
Seigneur, plus nous pensons à ces choses, plus nous T’aimons. Mais, qu’est-ce
que l’Amour? Oui, qu’est-ce que l’Amour de Dieu pour les hommes?
Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais Lui, Jésus, savait.
Jésus savait et il est absolument certain qu’à de nombreuses reprises Il a dû
“vivre”, ou “voir”, ou “sentir”, ou deviner, tout au long de sa vie, comment Il
serait rejeté par les hommes qu’Il était venu sauver, et qu’Il aimait tant.
“Mais qu’est-ce que l’homme pour que Dieu l’aime tellement?”
Le dernier jeudi
Dans la journée de ce dernier Jeudi de la vie du Seigneur,
que s’est-il passé? On peut imaginer Jésus disant adieu à ses amis, à Lazare et
à ses soeurs, aux saintes femmes, à tous ses amis et à ses disciples. On peut
imaginer Jésus parcourant Jérusalem, se hâtant d’enseigner encore ses apôtres.
On peut imaginer Jésus attendant l’heure, son Heure. Notre expérience nous
montre qu’il est très difficile, sinon impossible, d’entreprendre quelque chose
qui demandera du temps et une réflexion suivie et intense quand on sait que ce
temps est limité, ou que l’on attend quelque chose d’important.
Et Jésus n’avait plus beaucoup de temps, et Il attendait
quelque chose de très important, d’extrêmement important puisque c’était toute
l’Oeuvre de notre Rédemption qui allait s’accomplir dans moins de vingt quatre
heures... Quelque chose de très important puisque le soir même Il instituerait
l’Eucharistie pour rester éternellement avec nous, près de nous, pour nous
pauvres petits êtres fragiles, pécheurs et pauvres, et si petits, si petits...
Eucharistie
Quand nous regardons un prêtre qui célèbre la Messe et qui
rend Jésus-Christ présent, présent mais invisible, nous savons bien que le
prêtre est investi du Fils de Dieu. Nous voyons le prêtre, nous savons que Jésus
est là; notre foi nous le dit, nous faisons un effort dans notre coeur et dans
notre pensée, mais Jésus, Lui, nous ne Le voyons pas. Alors comment voir le
Père?
Tout ceci est bien complexe pour les tout petits que nous
sommes. Pourtant nous savons que Jésus est là. Il nous l’a dit. Le pain, c’est
son Corps, le vin, c’est son Sang. Le prêtre qui officie, c’est Jésus venu
revivre son Sacrifice d’amour. Tout cela nous le savons, nous le croyons, oui,
mais nous ne voyons rien et nous n’entendons rien. Et pourtant nous aimons le
Christ présent, et çà, c’est bien réel. Car nous sommes en Dieu, et Dieu est en
chacun de nous. Sa présence en nous nous fait vivre, et nous sommes en Lui, dans
son immensité, perdus dans son Amour. Jésus est là, sur l’autel pour nous
éclairer tous, mais sa lumière est si forte que nous sommes aveuglés. Son amour
est si grand, sa tendresse si forte, sa bonté si rayonnante qu’on en est inondé.
Nous sommes inondés de Jésus, c’est pour cela que nous ne pouvons Le voir. Nos
yeux humains ne sont pas adaptés à ces excès de lumière et d’amour, à ce trop de
tendresse, à sa paix, à sa douceur, à sa sollicitude.
Tout près du Tabernacle là où Jésus nous attend
Jésus, nous sommes près de Vous... Que faut-il faire pour
Vous faire connaître et aimer? Car votre Coeur Eucharistique, c’est votre action
de grâce, votre Amour qui éclate, en milliards d’étincelles, pour enflammer les
coeurs, pour purifier les âmes et leur donner la vie, votre Vie.
Votre Coeur Eucharistique, ô Jésus, c’est le Coeur de la
Trinité, le Coeur de Dieu-vivant, le Coeur de l’Amour Éternel. Votre Coeur
Eucharistique c’est le Coeur de l’Homme-Dieu, Verbe Éternel de Dieu, Fils Unique
du Père, le Bien-Aimé de Dieu-Père qui a mis en Vous “toutes ses
complaisances...”
Votre Coeur Eucharistique c’est le Coeur du Sacré-Coeur (le
pléonasme est volontaire) dont les bras accueillants, grands-ouverts, se fondent
avec ceux de la Croix, la Croix née de la terre. Votre Coeur Eucharistique, ô
Jésus, c’est l’Amour qu’enveloppe le Père, l’Amour né de vos deux Amours Père et
Fils et d’où jaillit l’Esprit, l’Esprit qui domine tout et embrase les mondes...
Le Coeur Eucharistique protège la terre, atteint tout
l’univers, baigne les galaxies, génère les univers.
Peut-être ces considérations nous donnent-elles le vertige,
mais c’est un vertige d’Amour, l’Amour qui est Dieu et que Dieu nous donne.
Notre terre n’est qu’un point perdu dans l’immensité infinie de l’univers. Mais
ce point est sous les pieds du Christ en Croix qui attend les hommes. Et la
terre, quand les hommes auront enfin compris l’Amour, pourra retrouver sa place
dans les bras accueillants de Jésus, dans ses mains adorables.
Cœur Eucharistique de Jésus, Coeur de la Trinité, Coeur de
l’Amour Vivant, notre vertige devient amour, adoration, et contemplation...
Dieu! C’est Vous qui nous avez aimés le premier. Vous nous
avez aimés parce que Vous nous avez faits pour Vous. En créant les hommes, vous
les aimiez, déjà. En les façonnant à votre image Vous pensiez qu’un jour ils
feraient vos délices... Un jour de votre éternité, l’éternel Aujourd’hui de
votre éternité, les hommes enfin revenus à Vous, revenus à l’Amour, à votre
Amour, Vous aimeraient d’amour et feraient votre joie, et feraient vos délices.
Vous nous aimez Seigneur, Vous nous avez faits pour ça, pour
être aimés de Vous. Et nous Vous aimerons, c’est sûr, car Vous voulez que nous
Vous aimions: c’est notre liberté, notre vraie liberté, celle qui est d’amour,
qui dit “oui” à l’Amour. Et nous serons en Vous, et nous vivrons en Vous, et
nous ne Vous quitterons plus, jamais. Le ciel, c’est cela, car le Ciel c’est
l’Amour.
Aimer, c’est tout donner pour tout recevoir. Aimer c’est
devenir l’autre tout en restant soi-même, car nul ne peut aimer s’il n’a pas su
garder son “être”, l’être qu’il est et qui fait qu’il est aimé. On n’aime pas un
fantôme, un ectoplasme. On n’aime qu’une personne vivante, pensante, aimante,
capable de comprendre l’amour qu’on a pour elle et de pouvoir le rendre. Car
l’amour est relation. S’il n’y a pas un autre, il n’y a pas d’amour. L’amour est
l’opposé de l’égoïsme: l’amour est compagnie, l’égoïsme, effrayante solitude.
Seigneur, oui, nous Vous aimons. Nous Vous aimons parce que
Vous nous aimez d’un Amour qui nous crée. Si Vous ne nous aimiez pas, nous
n’existerions pas. Nous nous sentons un peu seuls parfois, et nous souhaiterions
Vous entendre et Vous voir... Mais, et cela c’est l’épouse du Cantique des
cantiques qui nous l’apprend, l’Époux a ses occupations, il a sa liberté, et
l’épouse n’a pas à le retenir pour elle seule. Mais, comme l’épouse du Cantique,
quand Vous êtes absent nous sommes bien malheureux, et nous Vous cherchons. Nous
Vous cherchons chez vos amis, nous Vous cherchons dans la ville, nous Vous
cherchons dans le monde, nous Vous cherchons partout. Et nous implorons les
gardes: “Avez-vous vu Celui que mon coeur aime?”
Seigneur! de nouveau nous réalisons à quel point nous ne
sommes rien, rien sans Vous, ô Jésus. Nous avons tout reçu de Vous, tout, et
sans Vous, nous ne sommes pas. Nous n’existons que par Vous. Vous nous avez tout
donné... pour que nous soyons heureux, avec Vous et par Vous. En retour, Vous ne
demandez que notre amour et notre fidélité.
Jésus, nous sommes indignes de votre Amour, et cependant nous
aspirons à votre Amour, nous le recueillons pour pouvoir Vous le rendre, car
c’est avec votre Amour que nous pouvons Vous aimer. Oui, votre Amour nous le
recueillons, nous le mettons dans notre coeur et chacun d’entre nous peut enfin
Vous dire: “Je Vous aime.”
Seigneur, Vous êtes vraiment Quelqu’un, et Quelqu’un que nous
pouvons aimer, et à qui nous pouvons dire et redire: “Je Vous aime.” Ce refrain,
les hommes l’ont chanté dans toutes les langues, dans tous les rythmes, dans
toutes les tonalités. Ce refrain qui dit notre amour pour QUELQU’UN qui nous a
créés et qui nous aime, nous l’avons chanté ténor ou basse; nous l’avons chanté
alto ou soprano. Nous l’avons chanté piano, nous l’avons chanté fortissimo, à
pleine voix ou bouche fermée. Nous l’avons chanté à mi-voix, mais toujours avec
un bonheur ineffable. Oui, nous Vous aimons Seigneur!
Cet hymne de notre amour, nous le chantons avec vos saints
et avec tous vos anges, avec tous vos amis de la terre et du ciel. Jésus, votre
Amour nous le chantons, nous le vivons. Jésus, Vous êtes Quelqu’un qui nous
donne la vie et qui nous aime. Si nous le voulons bien, nous pouvons vivre
d’amour pour Vous. Malgré tous nos péchés et toutes nos misères.
L’Eucharistie! Don merveilleux du Premier Jeudi Saint! Quel
mystère ineffable de l’Amour! Quelle rencontre merveilleuse avec QUELQU’UN!
Jésus, nous essayons encore de nous mettre en présence de
votre Présence. Oui, nous savons que Vous êtes réellement là, dans le
tabernacle, que Vous nous attendez, que Vous êtes là, pour nous, plein d’Amour
et de tendresse. Vous comprenez chacun de vos enfants et Vous savez leurs
peines, leurs chagrins, leurs misères. Quand nous sommes devant un tabernacle,
devant votre eucharistie, nous sommes en votre présence.
Jésus, Vous êtes toujours la nourriture qui nous est
indispensable, la nourriture qui est notre vie, qui est notre force. Sans Vous,
Jésus, nous ne pouvons rien, sans Vous nous ne sommes rien, rien que des pauvres
sans force et sans courage... Sans Vous, Seigneur, nous nous anémions
spirituellement...
Oh! Jésus! Nous devrions ne pas pouvoir nous passer de Toi.
Nous devrions avoir sans cesse faim et soif de Toi, car Tu es toujours nouveau,
toujours imprévu, toujours Amour, toujours tendresse, toujours Miséricorde.
Jésus, nous devrions avoir toujours besoin de Toi...
Jésus, nous cherchons ta Présence réelle, là dans ton
tabernacle. Devant Toi, Jésus, nous supplions et parfois nous pleurons quand
notre cœur est trop lourd... Nous ne Te voyons pas, Jésus, nous ne T’entendons
pas, mais nous croyons que Tu nous entends vraiment, car dans ton Eucharistie Tu
es QUELQU’UN et Tu nous aimes, Tu nous attends, Tu nous réponds, dans ton
langage à Toi, la langue de l’Amour.
Et curieusement, souvent nous repartons, consolés et plus
forts. Car ton langage d’amour, que nous ne savons pas traduire avec des mots
humains s’est imprimé dans notre cœur qui a compris...
Tous les hommes sont des êtres de chair, de sang et d’os, des
êtres qui ne peuvent vivre que par leurs sens, ces fenêtres qui les ouvrent au
dehors, qui permettent la connaissance.
Nous sommes des êtres pleins de sensibilité et nous pouvons
penser que l’Amour est forcément sensible. Il nous est impossible d’imaginer un
amour abstrait, intellectuel, éthéré. L’amour vrai ne peut se penser
abstraitement car il a besoin de connaissance. Nous pouvons penser de grandes
idées, nous pouvons penser les mathématiques ou la philosophie, nous pouvons
aimer ces disciplines intellectuelles, au sens d’avoir du plaisir en les
pratiquant, mais nous n’aimons les êtres vivants que par notre sensibilité.
Notre intelligence peut nous prouver que Dieu existe, qu’Il
est grand, qu’Il est bon, qu’Il est juste, etc, cela ne nous Le fait pas aimer.
Nous aimons Notre Seigneur parce qu’Il s’est révélé à nous, parce qu’Il s’est
montré à quelques-uns d’entre nous, parce qu’Il a parfois parlé, en particulier
par son Fils et par ses prophètes. Nous aimons Notre Seigneur parce qu’Il s’est
fait l’un de nous, qu’Il a vécu au milieu de nous, qu’Il a aimé comme nous, et
qu’Il nous a aimés et a souffert comme nous.
Jésus a vécu parmi nous. Ses contemporains L’ont entendu,
L’ont vu, ont pu Le toucher. Et cela, même après sa Résurrection. Et c’est si
vrai que beaucoup de ces témoins sont morts martyrs pour affirmer ce qu’ils
disaient. Tous ces gens qui ont vu Jésus, qui ont vécu avec Lui, c’est bien par
leurs sens qu’ils ont pu L’atteindre!... Et Jésus l’a si bien compris qu’Il nous
a donné son Eucharistie...
Jésus est l’Amour, la Tendresse, la Miséricorde. Ses délices
sont toujours de vivre avec les enfants des hommes. À cause de cela, et
connaissant notre faiblesse, Il a voulu demeurer toujours parmi nous après son
départ vers le Père, Il a voulu rester au milieu de nous, visiblement: ayant
expérimenté notre nature humaine, Il savait bien que nous avions besoin de sa
Présence s’Il voulait que nous L’aimions.
Jésus veut que nous L’aimions: c’est son commandement. Mais
pour dire: “Je T’aime!” nous avons besoin de nous conforter dans la foi. Jésus,
Nous avons besoin de rendre comme sensible notre certitude que Tu es là, que Tu
nous entends, et que Tu nous aimes avec ton Cœur, ton Cœur sensible, plein
d’Amour et de tendresse.
Jésus, nous sommes des pauvres, si pauvres, nous sommes,
Jésus, tes tout-petits dont la nature charnelle a, autant que son intellect,
besoin de ta Présence.
Jésus, souviens-Toi... C’était le jeudi soir, quelques heures
avant ta Passion. Judas était parti, Tu avais instamment demandé à tes apôtres
de veiller et de prier très fort cette nuit-là, car si c’était ton Heure,
c’était aussi l’heure des ténèbres. Mais pour l’instant Tu étais encore heureux:
cette Heure, cette Pâque, Tu l’avais désirée, d’un grand désir. Dans la salle du
Cénacle régnait un intense climat d’amour, un amour presque palpable, l’amour
qui unit les cœurs de ceux qui s’aiment vraiment, qui s’aiment en aimant Dieu
car Dieu seul est Amour et Dieu seul donne l’Amour.
Il fait bon et chaud d’amour dans la salle du Cénacle...
Jésus, Tu viens de rendre grâce au Père. Tu viens de donner
ta chair à manger à tes apôtres, ta chair qui est la vraie nourriture. Les
apôtres n’ont pas très bien compris, mais ils savent que quelque chose de très
grand vient de se passer. Ils Te regardent avec les yeux de leur pauvre
intelligence; ils ne comprennent pas, mais ils Te font confiance. Jésus, Tu
viens de donner ton Sang qui va être versé, et les apôtres l’ont bu, et voilà
que l’Amour les a envahis. Ils T’écoutent, Jésus, comme jamais ils ne T’avaient
écouté. Pierre pourrait redire encore: ”Maître, comme il fait bon ici, avec
Toi. Parle-nous encore, redis-nous tes paroles de vie éternelle.”
Jean est dans une contemplation qui l’absorbe complètement.
Son cœur bat avec ton Cœur, Jésus, et au rythme de ton Cœur, avec une intensité
qu’il ne connaissait pas encore. Il se blottit de plus en plus contre Toi comme
s’il avait peur de Te perdre. Il ne fait plus qu’un avec Toi, il T’adore,
absorbé dans ton Amour. Jean, avec Toi, devient Toi, Jean devient amour.
Jésus, souviens-Toi. Tes autres apôtres ont oublié leurs
petites préoccupations quotidiennes. Ils ne savent pas très bien ce qui se passe
en eux et autour d’eux, mais ils savent que Dieu est là, présent, et Philippe
demande que Tu leur montres le Père... Les autres se taisent et boivent tes
paroles: “Qui me voit, voit le Père.”
Jésus, souviens-Toi... Tu avais désiré cette Pâque, d’un
grand désir. Jésus Tu es heureux... Pourtant Tu sais...
Tu sais, Jésus, que l’Heure atroce est venue. Ta chair frémit
déjà. Tu sais que tes apôtres vont fléchir; ils vont T’abandonner. Mais Tu as
déjà pardonné leurs défaillances, car Tu sais que ce n’est pas complètement de
leur faute: c’est l’heure des Ténèbres. Tu sais qu’ils reviendront bientôt à
Toi, avant même ta Résurrection, Tu sais qu’ils viendront guérir leur désarroi
dans le sein de la Maman, la douce Vierge Marie, la tendre Maman qui sera
mystérieusement crucifiée avec Toi. Et, pensant à cela, Jésus, Tu essuies une
larme.
Jésus, Tu sais que seule ta Maman conservera la foi en Toi
durant les heures terribles qui sont proches, qui sont là. Seule la Maman
gardera la foi, elle et Madeleine, la grande pécheresse pardonnée...
Tu sais Jésus que l’Heure est arrivée, qu’il Te faut aller
maintenant prier au Gethsémani. Tu sais, mais Tu n’es pas inquiet pour tes
disciples car Tu sais qu’ils reviendront, tous, tous sauf un, “sauf le fils
de la perdition,” mais c’était écrit... Tu sais qu’ils reviendront tous, et
que, lorsque leur temps sera venu, ils donneront leur vie pour Toi. Oui, ils
seront forts alors, forts de ton Eucharistie, forts de la nourriture des forts,
forts de ta Présence réelle et de ton Amour.
Jésus, souviens-Toi. Il est tard... Il faut aller prier. Tu
dois retrouver le Père, et puis, Jésus, Tu dois attendre le traître. Et surtout,
Tu dois rencontrer tous les traîtres de tous les temps, tous les renégats, tous
les pécheurs. Tu dois vivre tous les siècles et les péchés des hommes de tous
les siècles. Jésus, Tu dois maintenant vivre ta première Agonie...


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