Face aux hérésies, l’Église devait clarifier la doctrine
catholique, mais surtout se réformer. Ce fut l’œuvre du Concile Trente
(1545-1563) et des grands papes du XVIe siècle.
Des péripéties multiples entravèrent souvent le déroulement
des travaux du Concile de Trente, mais l’œuvre accomplie fut cependant
considérable. De grands efforts furent faits pour la régénération du clergé. Des
ordres nouveaux furent fondés : notamment la Compagnie de Jésus et l’Ordre des
Capucins ; d’autres se réformèrent, comme le Carmel.
Les papes travaillèrent avec zèle à corriger les abus et à
ranimer la foi dans l’Église par leurs exemples et leurs efforts. On peut citer:
Paul IV, Pie IV, Saint Pie V (1566-1572), Grégoire XIII qui réforma le
calendrier, et Sixte-Quint (1585-1590) qui fit achever la coupole de
Saint-Pierre sur les plans de Michel-Ange.
3-1 – La France de 1559 à 1598

François II (1559-1560), très jeune et malade succéda à Henri
II. Les Guises prirent la direction des affaires et la défense du
catholicisme. À la tête des protestants on trouvait Condé, Coligny, et le
roi de Navarre, Antoine de Bourbon. Condé inspira la Conjuration
d’Amboise qui fut déjouée et punie avec rigueur.
Charles IX (1560-1574) succéda à son frère, mais ce fut sa
mère, Catherine de Médicis qui gouverna en son nom. Pour éviter une guerre
civile, un rapprochement fut tenté entre catholiques et protestants : le
Colloque de Poissy. Ce fut un échec, et, après le Massacre de Vassy
(1562), la guerre civile éclata. Il y eut huit guerres dites de religion, qui
durèrent en tout 36 ans. Les deux partis se livrèrent à d’horribles massacres.
Condé livra le Havre aux Anglais (1562). François de Guise fut assassiné durant
le siège d’Orléans en 1562. La Paix de Saint Germain terminait la 3ème
guerre en 1570: quatre place de sûreté étaient accordées aux réformés. En 1572,
Charles IX autorisa le Massacre de la Saint Barthélemy. Mais bientôt, les
protestants allaient obtenir une nouvelle place forte: La Rochelle.
Après
la mort de Charles IX, son frère Henri III prit le pouvoir. (1574-1589) Il
mécontenta tous les partis, y compris un nouveau parti: le parti des
politiques, formé par le frère du roi, le duc d’Alençon. Henri III accorda
aux protestants la paix avantageuse de Beaulieu.
La mort du duc d’Anjou, frère d’Henri III faisait du roi de
Navarre l’héritier du trône. Mais la France ne voulait pas d’un roi
protestant... Ce fut la guerre dite des Trois Henri, entre Henri III,
Henri de Navarre, et Henri de Guise. Henri III fit assassiner le duc de Guise
(1588) et fut lui-même poignardé par un moine fanatique. (1589)
Henri de Navarre était le roi légitime. Il commença la
conquête de son royaume. Finalement face aux prétentions du roi d’Espagne
Philippe II, Henri IV abjura l’hérésie en 1593 et rétablit la paix. Il chassa
les Espagnols à la bataille de Fontaine Française en 1595, et promulgua
l’Édit de Nantes en 1598.
3-2 – La France sous Henri IV (1589-1610) et Louis XIII (1610-1643)
La paix était enfin rendue à la France, mais la misère était
partout affreuse. Henri IV travailla au rétablissement de la prospérité et
améliora la condition des paysans. Mais il fut assassiné par Ravaillac,
le 14 mai 1610.
Louis XIII était âgé de neuf ans à la mort de Henri IV. Marie
de Médicis nommée régente, donna toute sa confiance à l’italien Concini.
Condé et les grands se révoltèrent, les protestants devenaient menaçants. En
1617, Albert de Luynes faisait assassiner Concini. La reine-mère fut exilée à
Blois.
En 1624, le Cardinal de Richelieu fut appelé au pouvoir.
Jusqu’à sa mort il poursuivit un triple but: abaisser le parti protestant, la
noblesse et la maison d’Autriche. Malgré l’appui de l’Angleterre, les
protestants perdirent leur place forte de La Rochelle (1628). Les grands durent
se soumettre, et tous les pouvoirs furent concentrés entre les mains du roi.
Richelieu eut encore le temps de fonder l’Académie française en 1635.
À la mort de Louis XIII, en 1643, l’unité de gouvernement
était établie dans la France entière.

Depuis Luther, l’Allemagne était déchirée par les querelles
religieuses. Les conflits se multipliaient. La Réforme avait pénétré en Bohême
et en Hongrie. L’empereur Rodolphe II était impuissant à rétablir la paix entre
les deux ligues, plus politiques que religieuses. C’est sous le règne de
l’empereur Mathias qu’eut lieu la Défénestration de Prague (1618) qui
donna le signal de départ de la Guerre de Trente Ans.
La Guerre de Trente Ans connut quatre périodes :
– la période palatine (1618-1623) marqua le
triomphe des Habsbourg.
– La période danoise (1630-1629) durant laquelle
Richelieu, quoique catholique et cardinal! pour mieux lutter contre les
Espagnols, soutint, pour des raisons politiques évidentes, les protestants,
danois et suédois, contre les Habsbourg. Après la paix de Lübeck en 1629,
l’Allemagne allait connaître de terribles ravages.
– La période suédoise (1630-1635) se termina par
la victoire des impériaux.
– Enfin, la période française (1635-1648). Le
temps était venu pour Richelieu de déclarer la guerre à l’Espagne. Il s’allia à
la Suède, à la Suisse, à la Savoie, pays protestants... L’Alsace devint
française. Après la mort de Richelieu, puis de Louis XIII, Mazarin poursuivit
leur politique au nom de Louis XIV. Le Roussillon et l’Artois redevinrent des
provinces françaises. L’Allemagne était épuisée, dévastée.
5-1 – La France jusqu’en 1661
Louis
XIV n’avait que 5 ans à la mort de Louis XIII. Sa mère, Anne d’Autriche,
nommée Régente, prit Mazarin pour conseiller. La guerre de Trente ans se
terminait; la Fronde allait éclater. Le trésor avait été ruiné par la guerre, et
le Parlement s’arrogea le droit de changer la Constitution, ce qui entraîna une
guerre civile, la première Fronde appelée Fronde parlementaire qui se
termina par la paix de Rueil en 1649. Vint ensuite la Fronde féodale. Condé
mécontent, s’alliait aux espagnols. Mazarin dut s’exiler à Cologne.
5-1-2 – La France et l’Europe jusqu’en 1661
En 1653, Louis XIV rentra à Paris et Mazarin revint.
L’Espagne fut enfin vaincue aux Dunes en 1658, et la paix des Pyrénées
fut signée. La France reçut l’Artois et le Roussillon. Louis XIV épousa
Marie-Thérèse fille de Philippe IV d’Espagne. L’œuvre entreprise par Richelieu
se concluait bien, mais la misère était effroyable dans les campagnes.
Heureusement quelques saints rivalisèrent de dévouement, entre autres Saint
Vincent de Paul avec ses Filles de la Charité.
La décadence de l’Espagne, commencée sous le Règne de
Philippe II s’accéléra sous Philippe III (1598-1621) et sous Philippe IV
(1621-1665). En Italie, les républiques de Venise, de Gênes et la Toscane
déclinaient elles aussi. À Rome, les papes s’occupaient surtout
d’embellissements...
La Suède s’épuisait dans ses guerres, quoique étant devenue
la première des nations de l’Europe septentrionale. Par contre, la Pologne
reculait. Le trône, devenu électif en 1571, fut occupé pendant un an par Henri
de Valois qui le quitta pour devenir roi de France sous le nom de Henri III.
L’anarchie ne fit que s’aggraver quand le roi Jean Casimir accorda à chaque
noble le droit de s’opposer seul aux résolutions de toute la Diète, en 1652.
Les Provinces-Unies de Hollande, érigées en république,
avaient fait reconnaître leur indépendance en 1609. Elles conquirent de riches
colonies prises aux Espagnols, aux Portugais et aux Anglais. La Compagnie des
Indes Orientales, et La Compagnie d’Occident étaient florissantes.
Mais les rivalités existant entre le parti des Stathouders et le parti du
Grand pensionnaire, ou parti de la paix, amenèrent des luttes sanglantes.
Comme on le voit, à la mort de Mazarin en 1661, la France
apparaissait comme le premier pays européen. Le siècle de Louis XIV pouvait
s’épanouir.
5-2 – Le Siècle de Louis XIV
Au XVIIe siècle la France était devenue l’État le
plus puissant d’Europe, et son influence était considérable, dans les mœurs, les
arts et les esprits. La monarchie était absolue, mais non arbitraire ni
despotique : le roi gouvernait avec son conseil et des ministres souvent fort
sages ; une certaine centralisation administrative assurait l’unité du pays.
La religion catholique était la religion du royaume de
France. En vertu du Concordat de 1516, le roi nommait les évêques et les
abbés. Peu à peu, dès la fin du XVIe siècle, l’esprit du Concile de
Trente s’imposa et l’Église de France se réformait. Beaucoup, parmi les Ordres
anciens se réformèrent, de nouveaux Ordres furent fondés, surtout dans le but de
soulager des misères terribles, tant matérielles que spirituelles. On doit
citer: la Visitation de Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal,
l’Oratoire, du Cardinal de Bérulle, la Société des Prêtres de Saint Sulpice
fondée par Mr Olier, les Lazaristes et les Filles de la Charité de Saint Vincent
de Paul, etc...
Mais la paix religieuse fut troublée par de nouvelles
querelles, souvent proches de l’hérésie: le Gallicanisme, le Jansénisme, ou le
Quiétisme.
Cependant, malgré ses difficultés, l’Église poursuivait ses
missions lointaines, et le pape Grégoire XV les organisa en instituant la
Congrégation de la propagande, en 1622, pour les diriger. En 1663, le
Séminaire de la société des Missions étrangères s’ouvrait à Paris, consacré
essentiellement à l’Extrême-Orient. Les jésuites obtinrent de grands succès; ici
on se doit de nommer Saint Ignace de Loyola et Saint François Xavier. Les
missions de Chine furent fondées par l’Italien Matteo Ricci (mort en 1610).
D’autres jésuites, français, fondèrent des missions au Canada: beaucoup de ces
missionnaires furent martyrisés par les Iroquois.
En 1647 naissait Sainte Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690)
à qui le Seigneur Jésus révélerait son Sacré-Cœur.
L’Œuvre du Concile de Trente fut prodigieuse. Toutefois,
aucune œuvre, si grande soit-elle, ne sera vraiment grande si elle ne porte pas
de fruit. “C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.” Et ce sont
des hommes, toujours des saints, canonisés ou pas, qui, mettant en application
les conseils du Concile de Trente, en feront naître et se développer les fruits
de sainteté, nombreux et parfois inattendus.
L’après Concile de Trente vit ainsi s’épanouir les nouvelles
spiritualités qui ont fait la force de l’Église pendant des siècles. Une des
plus importantes de ces spiritualités fut incontestablement ce que l’on a appelé
plus tard l’École Française de Spiritualité. Mais il faut savoir reconnaître que
cette riche spiritualité ne put susciter le jaillissement de sainteté qui fut le
sien, que parce que deux grands saints précurseurs italiens, qui s’étaient
trouvés très proches, voire associés aux travaux du Concile, lui avaient déjà
préparé le terrain.
Aussi, avant de présenter les saints qui ont fait l’École
Française, convient-il de se pencher un peu sur ces deux saints exceptionnels et
contemporains : saint Philippe Néri et saint Charles Borromée. Nous les
regrouperons dans un chapitre intitulé : Les Précurseurs.
Nous pourrons ensuite découvrir tous ceux qui ont
véritablement fait l’École Française ?
Saint Philippe Neri
(21 juillet 1515-25 mai 1595)
Florentin de naissance, Filippo Neri passa les
trois-quarts de sa vie à Rome, et il y devint si populaire et d’une
sainteté si universellement reconnue qu’il deviendra, après saint
Pierre, le second patron de la Ville Eternelle. Chez lui, la bonne
humeur et le rire accompagnaient toujours l’Évangile qu’il prêchait de
la façon la plus limpide et la plus attachante qui soit. Devenu prêtre,
il y gagna les plus fervents de ses jeunes convertis.
La communauté qui se constitua bientôt autour de lui,
devint l’Oratoire, nom qui lui fut donné en raison des soirées de
méditations très joyeuses, très libres mais très pieuses dont Filippo
était l’animateur. Ce saint étonnant, qui savait allier à la culture la
plus raffinée une sainteté évangélique et une extraordinaire bonne
humeur enchanta d’abord ses compatriotes contemporains, puis ceux qui,
en France, au siècle suivant, s’inspireront de ses méthodes: François de
Sales, le futur cardinal de Bérulle et le Père de Condren.
Bien plus tard, un grand universitaire d’Oxford, le
futur cardinal Newman, se mit, lui aussi, à l’école de saint Philippe
Néri. Pour son action auprès des jeunes et sa gaieté contagieuse, il fut
avec saint François de Sales, l’un des saints préférés de saint Jean
Bosco.
Saint Charles Borromée
(2 octobre 1538-3 novembre 1584)
Considéré comme le parfait modèle des prélats,
Charles Borromée fut une des figures clés de la Réforme Catholique. Son
attachement au siège de Milan émut beaucoup le peuple qui lui avait été
confié.
Neveu du pape Pie IV, il fut nommé cardinal par son
oncle, à l’âge de 22 ans, puis archevêque de Milan, Charles Borromée
participa activement au Concile de Trente dont il rédigea en partie
le Catéchisme. Sa sainteté contrastait avec le laisser-aller ambiant
du monde des grands et des ecclésiastiques de l’époque, et c'est avec
raison qu’il a été appelé le modèle des évêques et le restaurateur de la
discipline ecclésiastique. Il fit constamment preuve en son épiscopat
d'une vertu, d'une science, d'un renoncement et d'une persévérance qui
forçaient l’admiration de tous. |