
TABLE
Chapitre I
I. Le mystère de l’Incarnation
II. Le Verbe
III. Zacharie
IV. Marie et Élisabeth
Chapitre II
I. Marie et Joseph
II. Le recensement
III. Le message des anges
IV. Siméon
V. L’étoile et les mages.
Chapitre III
I
Hérode
II Jésus retrouvé au Temple
III Jean-Baptiste
Chapitre IV
I Le baptême du Christ
II La tentation au désert
III La vocation des apôtres
Chapitre V
I Les Noces de Cana
II Première activité de Jésus.
Chapitre VI
I Le Sermon sur la montagne
II Guérison du
serviteur d’un centurion
III Résurrection du
fils de la veuve
IV Austérité de la
vocation apostolique
V La tempête apaisée
VI Le démoniaque gérasénien
Chapitre VII
I Divinité invisible
rendue visible
II
Toucher physiquement et toucher spirituellement
III Le Christ et Élie
IV Pourquoi le Christ
guérit un sein
V La femme pécheresse
et l’hémorroïsse
VI Médecins et médecin
VII Fécondité de la foi
VIII L’hémorroïsse et la fille de Jaïre.
Chapitre
Chapitre
Chapitre
Chapitre
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CHAPITRE I
I. Le mystère de l’Incarnation – II. Le
Verbe = III. Zacharie – IV. Marie et Élisabeth (manquant)
CHAPITRE II
I. Marie et Joseph – II. Le recensement –
III. Le message des anges – IV. Siméon – V. L’étoile et les mages.
(manquant)
1. Quand Hérode eut vu
qu’il avait été joué par les Mages, il entra en grande colère, et il
envoya tuer tous les enfants en bas âge. (Mt. 2, 16). Mais toi,
injuste Hérode, n’as-tu pas entendu dire que l’étoile était le héraut du
nouveau-né? Pourquoi ne pensais-tu pas, puisqu’elle venait du ciel, que
tu ne pouvais pas résister à l’œuvre du ciel? Et parce que cet homme a
privé des mères de ceux qu’elles chérissaient, il fut châtié dans ses
trois fils et son épouse, et lui-même mourut d’une mort terrible.
2. Hérode, aveuglé par
l’envie, ne pouvait tirer au clair ni comprendre cette affaire. De même
qu’il avait interrogé au sujet d’un oracle du prophète Michée, ainsi
interrogeait-il au sujet de l’oracle d’Isaïe. Car la famille, la mère,
le village et la date de naissance de cet enfant étaient révélées; sa
famille serait de la maison de David, avait dit Jacob (Gn. 49, 10); sa
mère serait vierge, d’après Isaïe (Is. 7, 14); son village serait
Bethléem, selon Michée (Mi. 5, 1); la date était bien celle que disaient
les Mages. Or, grâce au recensement du monde fait par les Romains,
Hérode avait appris que Jésus avait été inscrit comme fils de Joseph.
Bien qu’il sût toutes ces choses, il n’arrivait pas, enivré d’envie, à
reconnaître l’enfant. Il était semblable à Saül; celui-ci avait la
possibilité de goûter au sang de David dont il avait soif, mais il
ignorait que David était entre ses mains (I Sam. 24 et 26). Salomon au
contraire put rendre un juste jugement et discerner le fils de la
prostituée (I R. 3, 16-28). Et Dalila put sonder et forcer à s’exprimer
la pensée cachée dans le cœur de Samson (Jg. 16, 4-21).
3. Mais parce que ni la
famille, ni la date de naissance du libérateur des Hébreux n’étaient
claires pour lui, Pharaon fit saisir et tuer beaucoup d’enfants, afin
que, parmi leur multitude, mourût le seul dont la mort lui importait. De
même qu'il convenait que Saül sût par beaucoup de signes qu’il ne
pouvait pas triompher de la puissance de David, ainsi en était-il pour
Hérode à l’égard de la puissance du fils de David. Mais la haine, bien
loin d’apprendre ou de connaître, se hâte de faire pécher et de perdre.
De cette espèce sont les fils de Satan,, lequel pensa: e puis tuer
Moïse, perdre David, et mettre en croix le fils de David. Bien plus,
Caïn, son disciple, pensait: Je puis tromper Dieu, quand il disait:
Suis-je le gardien de mon frère? (Gn. 4, 9). Géhazi aussi pensa
pouvoir tromper Élisée (II R. 5, 20-27); et Iscariote, Notre-Seigneur.
4. Les enfants massacrés
furent, à un double point de vue, témoins des justes massacrés avant
eux, et accusateurs des homicides. De même que les Juifs chassèrent et
rejetèrent Notre-Seigneur, parce qu’il avait dit: Je suis Dieu (Jn 10,
30), ainsi massacrèrent-ils des enfants ignorants et innocents avant
qu’ils n’eussent pu devenir des hérauts de leur maître. Une voix
s’est élevée dans Rama; Rachel pleurant ses fils (Mt. 2, 18; Jér.
31, 15). Si Bethléem de Juda est la cité d’un fils de Lia (Gn. 30, 35),
pourquoi Rachel pleurait-elle ses fils, morts pour le Christ? Rachel
pleurait, parce que le Rédempteur n’était pas l’un de ses fils, vu que
Lia est la figure du premier peuple et Rachel celle de l’Église; mais
la stérile a enfanté, et les fils de la veuve sont devenus plus nombreux
que ceux de l’épouse (Is. 54, 1). Ou bien il y a allusion à la
proximité des deux tribus de Benjamin (Gn. 35, 16-18) et de Juda, car il
est écrit: Rachel mourut à un stade de l’entrée d’Ephrata, qui est
Bethléem. (Gn. 35, 19). De même Moïse, dans sa bénédiction de
Benjamin, dira de lui: Il demeurera entre ses coteaux (Dt. 33,
12); en effet, le repos (c’est-à-dire l’arche, puis le temple de Dieu)
s’est fixé à Jérusalem, qui est dans l’héritage de Benjamin (Jos. 18,
28). Et Samuel, lors de l’onction de Saül comme roi d’Israël, lui
donnera ce signe: Tu rencontreras trois hommes à Zelzech, près du
tombeau de Rachel, à la frontière de Benjamin (I Sam. 10, 2)
5. Rachel pleurait ses
fils. Hélas! pleure Rachel, non pas comme lors de cette première
lamentation, quand les ennemis vinrent et s’approchèrent de tes enfants,
mais pleure sur ceux qui, après avoir été tués, ont été jetés sur les
places publiques, non par des étrangers, mais par les fils de leur père
Jacob. Pourtant, contiens ta voix dans ta plainte, car la récompense de
tes larmes est inscrite; ceux qui sont nés avec le fils de David, à
l’époque où il est né lui-même, en ont été les bénéficiaires; ils ont
été les hérauts de son joyeux message au temps de son joyeux message au
temps de la visite. Voici qu’ils en ont reçu une place de choix dans la
Jérusalem d’ en haut, notre mère, que nous avons confessée, qui est
apparue à Moïse sur la montagne (Ex. 24, 10); ils en ont hérité. Tiens
bon, et accueille la consolation qui te vient de ton fils choisi, Saül,
c’est-à-dire Paul, lui, ton consolateur et la récompense de tes larmes
et de tes douleurs.
6. Quand il vit qu’il
avait été joué par les Mages, il se mit en colère (Mt. 2, 16). O
Israélites, aveugles parce que vous ne comprenez pas, sourds parce que
vous n’entendez pas et, maintenant encore, ne vous éveillez pas à la
voix d’Isaïe: Le Seigneur Dieu vous donnera un signe (Is. 7, 14).
Ce signe vous a été donné à tous dans celui-là même qui est né de la
vierge. Bien sûr, un signe a été donné à Moïse (Ex. 3. 1-6, 4. 1-9),
pour qu’il soit convaincu, comme par un mystère, lui seul,
indépendamment des autres; et un signe a été donné à Gédéon (Jg. 6,
17-21, 36-40) et un autre à Ézéchias (II Rois 20, 8-11; Is. 38, 7-8).
Mais ces signes étaient privés, tandis que celui qui vous a été envoyé
par les Mages était une œuvre claire, et la vraie mise à nu des énigmes
de votre loi. Comment n’avez-vous pas compris qu’était venu le temps de
la Rédemption, et n’avez-vous pas cru à la mise au monde d’un enfant par
une vierge? Étiez-vous peut-être, avec votre roi, établis dans
l’ignorance stupide, attendant que les Mages reviennent chez vous, et
vous parlent à nouveau de lui?
7. Ne vous suffit-il pas
que des étrangers soient venus et vous aient éveillés, pour que vous
compreniez que le Christ est né? A moins que vous n’ayez partagé les
projets de votre assassin, second Pharaon, Cananéen de la race d’Ascalon
(Jos. 13, 3). Quand Saül apprit que, par ignorance, les prêtres avaient
secouru David, il ordonna de les envoyer chercher, et il les tua (I Sam.
21, 1-8; 22, 6-19). C’est donc justice qu’il vous soit arrivé, à vous
aussi, d’être responsables du sang innocent (Cfr Mt. 27, 25), comme cela
arriva à Saül, comme son fils le fut par Hérode. Les prêtres furent tués
à cause de David, et les enfants à cause de Notre-Seigneur. Abiathar
échappa au massacre des prêtres (I Sam. 22, 20), comme Jean à celui des
enfants. Avec Abiathar fgut aboli le sacerdoce de la maison d’Héli, et
avec Jean la prophétie des fils de Jacob.
II. Jésus retrouvé au Temple
16. Moi-même et ton
père, dans l’affliction, les lèvres exprimant la peine du cœur, nous
allions et nous te cherchions (Lc 2, 48). A quoi il répondit: Il
faut que je sois sans la maison de mon Père (Lc 2, 49). S’ils le
cherchaient, c’est parce qu’ils craignaient qu’on l’ait peut-être tué.
Déjà, quand il avait deux ans, certains Juifs, en la personne de leur
roi Hérode, avaient pensé à le tuer
.
Jean au désert
8. Parce que Israël, appelé
symboliquement fils depuis l’Égypte (Os. 11, 1; Mt. 2, 15), avait perdu
la filiation pour avoir adoré Baal et répandu de l’encens devant les
idoles, Jean appela les Juifs d’un titre qui leur convenait: Race de
vipères (Mt. 3, 7). Gratifiés, à l’époque de Moïse d’un titre de
filiation qu’ils avaient ensuite perdu, ils reçurent de Jean, en
châtiment, l’appellation que méritaient leurs œuvres.
9. Après que Notre-Seigneur
fut allé dans la terre des Égyptiens et en fut revenu, l’évangéliste
dit: Maintenant s’est accomplie la vraie parole dite par le prophète:
Je rappellerai mon fils d’Égypte (Mt. 2, 15; Os. 11, 1). On
l’appellera Nazaréen (Mt. 2, 23; Is. 1; 53, 2); le prophète
l’appelle "Nazor" parce que, en hébreux, "nézer" signifie "sceptre"
(diadème) et que Notre-Seigneur est le fils du sceptre. L’évangéliste y
ajoute un autre rapprochement; lorsqu’il dit: "On l’appellera Nazaréen",
il songe à l’éducation de Notre-Seigneur à Nazaretg, La prophétie est en
Jean, et les mystères de la prophétie dans le Seigneur de Jean, comme le
sacerdoce est dans le fils de Zacharie, et la royauté et le sacerdoce
dans le fils de Marie. La loi nous vient par Moïse, avec le signe
de l’agneau et de nombreux mystères: Amalec, les eaux rendues douces, le
serpent d’airain; la vérité de ces choses est donnée par Jésus
Notre-Seigneur (Jn 1, 17, Cfr Ex. 12; 17, 8-16; 15, 22-25; Nb. 21,
4-9).
Le baptême de Jean était
supérieur à la loi, mais inférieur au baptême du Christ, parce que
personne ne baptisait au nom de la Trinité jusqu’au temps de
l’exaltation du Christ. Jean s’en alla au désert, non pour y devenir
sauvage, mais pour adoucir dans le désert la sauvagerie de la terre
habitée. Car la passion qui, au milieu de la terre habitée, trouble tout
comme une bête féroce, s’adoucit et se calme quand elle part au désert.
Convaincs-toi de cela par l’exemple de la passion d’Hérode, au point
qu’Hérode perdit le doux et sobre Jean (Mt. 14, 1-11) qui habitait
pacifiquement au désert et n’usait même pas du mariage, pourtant
légitimé par la loi.
Et le Verbe s’est fait
chair, et il a habité parmi nous (Jn 1, 14), c’est-à-dire que le
Verbe de Dieu, par la chair qu’il a assumée, habite "parmi nous". Il ne
dit pas: près de nous, mais: " parmi nous ", pour montrer clairement que
c’est pour nous qu’il a revêtu la chair, selon ce qu’il dit: Ma chair
est une nourriture (Jn 6, 55).
La voix
10. Les Juifs envoyèrent
des délégués à Jean, et ils lui dirent: Qui es-tu? Il confessa, et il
dit: Je ne suis pas le Christ. Ils lui dirent: Es-tu Élie? il dit: Non.
(Jn 1, 19-21)
Or Notre-Seigneur l’a
appelé Élie, comme l’Écriture en témoigne (Mt. 11, 14; 17, 12-13).
Pourtant, quand ils l’interrogèrent, il dit: "Je ne suis pas Élie". Mais
l’Écriture ne dit pas que Jean est venu dans le corps d’Élie, mais
dans la puissance et dans l’esprit d’Élie (Lc 1, 17); Élie, qui a
été enlevé aux cieux, n’est pas revenu vers eux, de même que ce n’est
pas David qui est devenu roi (après la captivité), mais Zorobabel.
Cependant, les Pharisiens ne demandèrent pas à Jean: Es-tu venu dans
l’esprit d’Élie? Mais: Es-tu Élie lui-même? C’est pourquoi il
leur dit: Non. Quel besoin avait-il d’être Élie lui-même, si on
retrouvait en lui les œuvres d’Élie? Pour empêcher un jugement
d’opposition entre Élie enlevé dans un char sacré (II R. 2, 11-12), et
Jean dont une jeune fille corrompue porta la tête sur un plat (Mt. 14,
11), Élisée intervient entre Jean et Élie.
11. Élisée, dont les Juifs
admettent la véracité, leur prouve que Jean n’est pas un menteur. Ils
croient qu’Élisée a reçu double part de l’esprit de son maître (II R. 2,
9-11). Était-il nécessaire pour cela qu’Élisée fût enlevé deux fois et
dans deux chars différents jusqu’aux cieux, voire jusqu’aux cieux des
cieux? Élisée a reçu la puissance d’Élie non pour toutes ses œuvres,
mais pour des œuvres semblables, selon l’utilité. L’abondance des
miracles d’Élisée prouve qu’il avait reçu double part de l’esprit
d’Élie.
12. Ceux qui ont été
envoyés pour demander à Notre-Seigneur: Par quelle puissance fais-tu
cela? (Mt. 21, 23) sont ceux-là même qui avaient été envoyés à Jean.
Jean n’était pas venu enseigner des rebelles; il ne leur répondit donc
pas directement. Ils n’étaient pas des hommes désireux d’apprendre la
vérité sur Jean, et ils lui demandaient sans aménité: Qui es-tu,
toi qui fais ces choses? Aussi ne leur répondit-il pas comme à des gens
qui cherchent à s’instruire, mais comme à des rebelles. A tout ce qu’ils
avaient demandé, de quelle manière que ce fût, il répondit: Je ne
suis ni le Christ, ni Élie, ni le prophète, mais la voix (Jn 1,
20-23). Il était le prophète, et nouvel Élie, et Christ; mais il ne
voulait être, pour ceux qui l’interrogeaient, aucun de ces personnages,
pas même Jean, ni un autre homme. Ainsi Notre-Seigneur devait-il dire à
certains: Je ne suis pas juge (Lc12, 14), alors qu’il était juge;
et à d’autres: Je ne suis pas bienfaisant (Mt. 19, 17), alors
qu’il était bienfaisant.
13. Comme le cri du coq,
héraut de la lumière, frappe l’oreille, ainsi la chandelle qu’on vient
d’allumer frappe l’œil; écriture et voix ont de même des fonctions
complémentaires. La chandelle et le coq ne font qu’un, tout comme Élie
et Jean. Par son cri, le coq nous force à entendre; il est ainsi l’image
de Celui qui nous éveille. Et la chandelle, en s’allumant, est le
symbole de la lumière de Celui qui nous illumine. Tous deux dissipent
les ténèbres; ils sont l’image du Père et du Fils, car ils ont broyé la
méchanceté; l’image encore des prophètes et des apôtres, car, de part et
d’autre, le soleil l’emportait.
14. Le feu qui brûlait la
bouche de Jean était l’image d’Élie; par sa langue il brûla les méchants
et les accabla de soif (II R. I, 2-17), comme il les privait d’eau par
l’ardeur de sa parole. Le coq, qui chante dans le silence de la nuit,
est l’image de Jean, qui prêchait dans le silence du désert. Mais,
lorsqu’on allume la chandelle, le soir, on n’entend pas le coq; il ne
chante que le matin. En Jean se sont rencontrées symboliquement la voix
du matin et la chandelle du soir, et il a témoigné du retour d’Élie.
15. La voix est celle de
Jean, mais la parole qui passe par la voix, c’est Notre-Seigneur. La
voix les a éveillés, la voix a clamé et les a rassemblés, et le Verbe
leur a distribué ses dons. La peine qu’il annonce est proportionnée à
leurs péchés; ils s’étaient quelque peu écartés de la religion et Dieu
les ayant punis quelque peu: Il fera tomber les branches de la forêt
avec la hache (Is. 10, 34), a dit Isaïe; il parle de branches, et
non de racines. Mais, lorsque fut comblée la mesure de péchés, Jean vint
pour déraciner, il ôta les racines de l’arbre: Maintenant, dit-il,
voici que la hache arrive au tronc des arbres (Mt. 3, 10), ce
qu’Isaïe avait omis de dire. Et quand cela se produisit-il, sinon à
l’apparition de ce Dieu véritable, désigné par l’image de la tige et de
la fleur et sur qui repose l’Esprit appelé septiforme (Is. 11, 1-2)
16. Voir supra, entre
les paragraphes 7 et 8, et la note explicative.
L’austérité de Jean
Jean était revêtu
d’habits en poils de chameau (Mt. 3, 10), parce que notre brebis (le
Christ) n’était pas encore tondue.
17. De ces pierres,
c’est-à-dire des adorateurs de la pierre et du bois, Dieu peut
susciter des fils d’Abraham (Mt. 3, 9), selon ce que dit l’Écriture:
Je t’ai fait père de beaucoup de nations (Gn. 17, 4).
Jean a gardé son âme pure
de tout péché, parce qu’il devait baptiser Celui qui était sans péché.
Ne t’étonne pas, Jean, d’avoir à me baptiser, car il me faudra encore
recevoir d’une femme un baptême de parfum: Elle gardera cela pour le
jour de ma sépulture (Jn 12, 7), paroles qui caractérisent la mort
du Seigneur comme baptême.
Éléazar a fiancé Rébecca
près de l’eau du puits (Gn. 24, 1-67); Jacob fit de même pour Rachel (Gn
29, 1-21), et Moïse pour Séphora (Ex 2, 16-21). Tous furent les types de
Notre-Seigneur, qui s’est fiancé à son Église dans l’eau du Jourdain. De
même que, près de la source, Éléazar a montré à Rébecca son seigneur
Isaac qui s’avançait dans les champs à sa rencontre; ainsi Jean, depuis
la source du fleuve du Jourdain, a-t-il montré Notre-Seigneur: Voilà
celui qui est l’agneau de Dieu, celui-ci est celui qui vient enlever les
péchés du monde (Jn 1, 29).
1. Et Jésus avait
environ trente ans (Lc 3, 23), au temps où il vint pour recevoir de
Jean le sceau de sa mission. Il agit ainsi pour la confusion des
Marcionites. Si, en effet, il n’avait pas revêtu la chair, pourquoi
s’approchait-il du baptême? La nature divine n’a pas besoin de baptême.
Son âge de trente ans manifeste également son humanité. Permets
maintenant que nous accomplissions toute justice (Mt. 3, 15),
puisque les libérateurs et les rois ont reçu des prêtres l’onction et la
loi. De même qu’il a revêtu la chair et qu’il est apparu comme un
pauvre, il s’est aussi approché du baptême, pour rendre témoignage à la
vérité de son humanité et, plus encore, pour mettre fin par son baptême
à celui de Jean, car il baptisa de nouveau ceux qui avaient été baptisés
par Jean. Il montrait manifestement que Jean n’avait pas à administrer
le baptême que jusqu’à lui (le Christ); le vrai baptême fur révélé par
celui qui le purifia des châtiments de la loi.
2. Il dit: "Permets
maintenant", pour ne pas paraître entrer dans sa bergerie comme un
voleur, et pour confondre les Pharisiens, qui regardaient de haut et
méprisaient le baptême de Jean. Pour honorer l’humilité de son héraut,
il dit: Quiconque se fera humble sera élevé (Mt. 23, 12; Lc 14,
11; 18, 14). Et parce que Jean avait confessé: Je ne suis pas digne
de délier les courroies de ses sandales (Jn 1, 27; Mc 1, 7),
Notre-Seigneur prit la main droite de Jean et la posa sur sa tête:
"Permets maintenant que nous accomplissions toute justice", parce que
Jean est le talon de la loi: La loi et les prophètes vont jusqu’à
Jean (Lc 16, 16). Le Christ, lui, est le commencement du Nouveau
Testament. Par le baptême, le Seigneur a revêtu la justice de l’Ancien
Testament, pour recevoir la perfection de l’onction et la donner
pleinement et intégralement à ses disciples; car, en même temps, il a
mis fin au baptême de Jean et à la loi. Il fut baptisé dans la justice,
parce qu’il était sans péché, mais il a baptisé dans la grâce, parce que
les autres hommes étaient pécheurs. Par sa justice il a abrogé la loi,
et par son baptême il a détruit celui de Jean.
3. Accomplissons toute
justice. Jean était à la porte du bercail où était rassemblé dans
l’unité le troupeau des Israélites; Notre-Seigneur y pénétra non par sa
puissance, mais par sa justice. L’Esprit qui reposa sur lui pendant son
baptême attesta qu’il était le pasteur et, par l’intermédiaire de Jean,
Jésus reçut la prophétie et le sacerdoce. Il avait déjà reçu la royauté
de la maison de David en naissant de la maison de David (Lc 2,
4); il reçut le sacerdoce de la maison de Lévi par la seconde naissance
que lui conférait le baptême du fils d’Aaron. Qui croit à sa seconde
naissance dans le monde, ne peut douter qu’elle lui a donné, avec le
baptême de Jean, son sacerdoce. Beaucoup furent baptisés ce jour-là,
mais l’Esprit ne descendit et ne se reposa que sur un seul, pour
distinguer par un signe celui qui, par son apparence, ne se distinguait
pas des autres hommes. Et parce que l’Esprit était descendu dans son
baptême, l’Esprit fut donné par son baptême.
Départ au désert
4. En ce même temps,
l’Esprit-Saint le poussa et entraîna au désert, pour qu’il fût tenté par
Satan. (Mc 1, 12-13; Mt. 4, 1). Pourquoi Satan ne l’a-t-il pas tenté
avant trente ans? Parce qu’un signe certain de sa divinité n’avait pas
été donné du ciel; il apparaissait modeste comme les autres et son
peuple ne lui rendait pas de témoignage éclatant. Satan s’abstint de le
tenter jusqu’au moment du baptême. Mais lorsqu’il entendit:
Maintenant, voici que vient l’Agneau de Dieu, et celui-ci est celui qui
porte les péchés du monde (Jn 1, 29), il fut grandement stupéfié.
Pourtant, il attendit le baptême, pour voir s’il serait baptisé à la
manière ordinaire.
5. Et quand la splendeur de
la lumière apparue sur l’eau et la voix venue du ciel, lui montrèrent
que le Christ était descendu dans l’eau, non comme quelqu’un qui a
besoin de pardon, mais comme celui qui comble tout besoin, il réfléchit
et il se dit: "Tant que je ne l’aurai pas éprouvé par le combat de la
tentation, je ne pourrai pas le reconnaître". Or il ne convenait pas que
notre bienfaiteur s’opposât à ce désir de son tentateur. Celui-ci,
toutefois, ignorant la manière de le tenter, n’osait pas l’attaquer;
tant que Notre-Seigneur ne se fut pas préparé et disposé lui-même au
choc du combat, et qu’il n’eut pas revêtu la puissance de l’Esprit pour
aller combattre, Satan ne s’approcha pas de lui pour le tenter.
6. L’Esprit-Saint
l’entraîna et le poussa au désert, pour qu’il fût tenté par Satan.
Dans sa douceur, il ne voulut pas résister, de peur de décourager ceux
qui entendraient dire: "Il ne pouvait pas résister au combat de Satan;
aussi n’a-t-il pas voulu s’avancer contre son tentateur". S’il agit
ainsi, ce fut surtout pour empêcher des apostats de dire que l’Esprit
est postérieur au Fils. Si en effet l’Esprit n’entraînait le Fils qu’au
choc du combat, sans lui ménager honneur et repos, la réflexion que
provoquerait l’acquiescement aux positions adverses. Or, si l’Esprit est
postérieur au Fils, comment a-t-il eu la puissance de conduire celui-ci
au désert? Car, en le conduisant, il s’est montré le maître.
L’affirmation: "L’Esprit l’entraîna, et le poussa au désert, pour qu’il
fût tenté par Satan", est semblable à cette autre: Personne ne peut
entrer dans la maison du fort et piller ses trésors, si d’abord il ne
lie le fort; alors il pillera ses trésors (Mc 3, 27; Mt. 12, 29). Le
seigneur a donc lié le fort et il l’a vaincu dans sa propre maison, puis
il a commencé sa prédication; il nous a ainsi ouvert la voie du jeûne,
par lequel nous vaincrons les artifices de ce méprisable Satan.
7. Et, après quarante
jours, parce qu’il jeûnait, il eut faim (Mt. 4, 2). Par sa victoire
sur l’adversaire, il l’a flétri et l’a condamné aux yeux de tous les
hommes; il nous a aussi appris par ses paroles, à n’avoir faim en ces
circonstances que de la seule parole du Seigneur. Pourquoi l’Écriture ne
révèle-t-elle nulle part de Moïse et d’Élie qu’ils eurent faim, alors
qu’elle le dit de Notre-Seigneur? C’est pour confondre ceux qui disent
qu’il n’a pas assumé une chair, et pour donner à Satan l’occasion de
l’approcher et de le tenter par ces paroles: Dis à ces pierres de
devenir du pain (Lc 4, 3), chose que le Seigneur ne fit pas, pour ne
pas céder à la volonté du pécheur. Si pourtant, pour les porcs, il a
accordé à Satan ce qu’il désirait, c’était en vue de faire un signe,
parce que personne au pays des Gergéséniens ne voulait venir à lui tant
qu’il n’aurait pas entrepris d’y faire un miracle (Cf. Mc 5, 1-20).
8. Et comme Satan n’était
pas confondu par l’échec de la première tentation, il l’emmena, le
plaça sur le faîte d’un temple (Mt. 4, 5; Lc 4, 9). Maintenant
encore, cet endroit subsiste, bien que le temple ait été détruit, comme
le Seigneur lui-même l’avait dit: Il ne restera pas de lui pierre sur
pierre (Mt. 24, 2). La place sur laquelle il s’était tenu debout a
été conservée comme un signe. Il lui dit: Jette-toi de haut en bas,
car il est écrit qu’ils te garderont, afin que jamais ton pied ne se
heurte à la pierre (Lc 4, 9-11; Ps. 91, 11-12). O tentateur, si le
psaume s’applique au Christ, n’est-il pas aussi écrit: Il te prendra
sur son dos (Ps. 91, 12)? Il est impossible aux oiseaux de tomber,
parce que l’air est comme la terre ferme sous leurs ailes. Et n’est-il
pas écrit encore: Tu marcheras sur le serpent et l’aspic (Ps. 91,
13)? Mais Satan n’a retenu de l’Écriture que ce qui lui était utile, et
il a omis ce qui lui était désavantageux. Ainsi font les hérétiques; ils
prennent dans l’Écriture ce qui sert leur scandaleuse doctrine, et ils
omettent ce qui la réfute; ils montrent bien par là qu’ils sont les
disciples de ce maître.
9. Il le prit de
nouveau, le conduisit, l’entraîna sur une très haute montagne et il lui
dit: Tous ces royaumes sont miens (Mt. 4, 8-9; Lc 4, 5-6). De ceci
certains concluent stupidement que Satan a un domaine. Mais, comme je
l’ai dit, ils omettent le mot qui leur est désavantageux pour en prendre
un autre. Les mots: " sont miens ", dont ils tirent argument, loin
d’attribuer à Satan un domaine, sont plutôt la condamnation de leur
opinion. Car les mots qui suivent: Cela m’a été donné (Lc 4, 6),
supposent qu’autre est le créateur de ces choses et autre celui à qui
elles ont été données. Satan dit encore: J’ai pouvoir sur tout cela
(Lc 4, 6). Ce pouvoir, il ne le tient pas de sa nature; il ne l’a que
parce que les hommes le veulent bien. Car l’apôtre dit: Vous êtes les
serviteurs de celui au service duquel vous vous soumettez (Rom. 6,
16).
10. Satan a dit aussi:
Tu tomberas face contre terre, et tu m’adoreras humblement (Mt. 4,
9; Lc 4, 7); ainsi éclate l’arrogant orgueil de celui qui, dès le début,
a voulu devenir Dieu. La chair de Notre-Seigneur avertit tous ceux qui
sont revêtus de chair que, si quelqu’un descend nu au combat, il sera
vaincu; le Seigneur revêtit les armes du jeûne avant de descendre au
combat. On a donc besoin d’armes solides contre celui qui envoie les
flèches brûlantes et adroites. Dis à ces pierres de devenir pain.
Il envoya une flèche comme stimulant à l’assouvissement, afin de
tourmenter le Seigneur dans cette faim qu’il ressentait et pour qu’il
entrât en tentation. Mais le Seigneur ne voulut pas être dominé par sa
faim, parce que sa faim elle-même avait revêtu le jeûne comme une
cuirasse. La faim riposta et elle renvoya vers le tentateur les flèches
de son assouvissement, pour apprendre à celui qui enseignait
l’assouvissement corporel, qu’il y a aussi un assouvissement spirituel,
qui n’apparaît pas: L’[homme ne vit pas du seul pain, mais aussi de
toute parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt. 4, 4; Dt. 8, 3);
celui qui était venu pour tenter, fut donc lui-même tenté et réprimandé
par le moyen qu’il avait pris pour proposer: Si tue es le Fils de
Dieu, dis à ces pierres de devenir aussitôt pain; la bouche de Satan
jugeait que celui qui vient de Dieu peut faire du pain avec ces pierres.
11. Notre-Seigneur a donc
fait la leçon au tentateur par cette même Écriture qu’il citait. Si Dieu
peut transformer des pierres et en faire du pain, apprends, tentateur,
que Dieu peut aussi rassasier sans pain. S’il peut transformer des
pierres en nourriture, il peut aussi transformer la faim en satiété. A
celui qui a transformé une substance non comestible en nourriture, il
n’est pas difficile de transformer la nature de la faim en satiété, sans
l’assouvir par quoi que ce soit, mais en changeant substantiellement une
chose en l’autre, comme le tentateur l’a dit au sujet de ces pierres, en
demandant que le Seigneur en fît du pain. Sur cette montagne, le
Seigneur a donc foulé aux pieds les désirs que voulait éveiller le
tentateur. Il les a pris et les a jetés à terre, pour que les peuples,
jadis foulés aux pieds par eux, les foulent aux pieds à leur tour. A
leur place il a apporté tous les biens, pour que règnent sur tout homme
ces biens jadis foulés aux pieds par tout homme.
12. De même que Pharaon fut
noyé dans les eaux où il avait noyé les enfants (Ex. 1, 22; 14, 23-28),
ainsi David trancha la tête de Goliath avec l’épée qui avait servi à
tuer beaucoup d’hommes (I Sam. 17, 1-51). Moïse eut confiance dans le
mystère de la croix et il fendit la mer; David eut confiance dans le
mystère de la pierre et il terrassa Goliath; Notre-Seigneur condamna
Satan qui le tentait par la parole de sa propre bouche. Pharaon noyait,
et il fut noyé; Goliath fut tué par le glaive avec lequel il tuait;
Satan fut vaincu et convaincu qu’il n’était pas Dieu par la chair qui
lui servait à perdre les hommes.
Le Rédempteur fut tenté
trois fois à la ressemblance des trois immersions par lesquelles il
avait été baptisé: Dis à ces pierres de devenir du pain (Lc 4,
3), car c’est le soutien nourricier des hommes. Et de nouveau: Je te
donnerai les royaumes et leur gloire (Lc 4, 6), car telle est la
promesse de la loi. Et enfin: Jette-toi de haut en bas (Lc 4, 9),
ce qui est la descente de la mort. Mais lui ne fut troublé par aucune de
ces propositions. Il ne se réjouit aucunement, quand Satan le flattait,
pas plus qu’il ne se tourmenta, quand il cherchait à l’effrayer. Mais il
allait son chemin, et accomplissait la volonté de son Père.
13. Aucune des machinations
et propositions du démon ne fut donc pour le vivificateur un sujet
d’angoisse. Ses angoisses nous apaisent, et sa Passion nous procure à
tous le repos. Que pouvait-il craindre, celui qui savait qu’aucun
dommage ne pouvait lui être fait? La crainte naît continuellement en
nous, parce que nous savons bien que le dommage peut nous atteindre.
Ceux qui disent qu’il a été
souillé par sa naissance, ignorent qu’ils sont dans l’erreur; ils ne
peuvent pas savoir, à cause de leur orgueil. De même, s’ils ne craignent
pas, c’est parce qu’ils ne font pas pénitence. Ce monde dans lequel il
est venu n’était pas différent du sein maternel, car toutes sortes
d’impuretés s’y trouvent aussi. Bien plus, il est entré dans un
sépulcre, chose par-dessus toutes répugnantes et immonde. Or il ne
pouvait être souillé par un corps, puisque celui-ci est le temple de la
divinité (I Co. 6, 19); ce n’est pas une souillure pour Dieu que
d’habiter dans son temple. Mais, parce qu’il a voulu tuer la mort et
détruire ses traces, il a commencé par les racines des choses, car là où
est le corps, là est la mort, et les racines du corps sont dans le sein.
C’est là que commence la création et là que la mort commence à
corrompre; en effet, il y a beaucoup de femmes dont les enfants meurent
pendant le mois même où ils sont conçus, ou qui mettent au monde au
second ou au troisième mois, ou à l’un quelconque des suivants. Puisque
la mort commence dans le sein et finit dans le tombeau, comment celui
qui est le persécuteur de la mort pouvait-il faire autrement que de
commencer à lutter avec elle dès le sein, et jusqu’au terme du tombeau,
son enclos?
14. Pense donc aux manières
variées dont il a voulu vivant, contredire la mort. Il a été un embryon
que la mort n’a pu corrompre dans le sien maternel. Il a été bébé, et,
pendant qu’on le nourrissait, elle n’a pu le confondre. Il a été enfant,
et durant son éducation, elle n’a pu le faire tomber. Il a été jeune
homme, et elle n’a pu lui porter atteinte par la concupiscence. Il a été
étudiant, et elle n’a pu le vaincre par ses astuces. Il a été docteur,
et elle n’a pu le réfuter, à cause de sa sincérité. Il a été conseiller,
et elle n’a pu le séduire par ses préceptes. Il a été fort et elle n’a
pu l’effrayer en le tuant. Il est mort, et elle n’a pu le garder dans la
prison du sépulcre. Étant médecin, il n’a pas été malade; pasteur, il ne
s’est pas égaré; docteur, il n’a pas commis d’erreur; et comme il était
la lumière, il n’a pas bronché. Telle est la voie parfaite, que le
Christ a ouverte à son Église depuis le début, dès sa conception,
jusqu’à la consommation de la résurrection.
15. Si donc l’Église est
son corps, comme l’a dit Paul, son témoin (Ep. 1, 23), crois que son
Église a passé par tout cela sans corruption. De même que, par la
condamnation du seul Adam tous les corps sont morts et meurent encore
(Rom. 5, 12-21), ainsi par la victoire de l’unique corps du Christ,
toute l’Église a vécu et vit encore. Mais, de même que les corps
eux-mêmes ont péché et meurent, et que la terre, leur mère, est maudite
(Gn. 3, 17-19), ainsi à cause de ce corps, qui est lui-même l’Église
incorruptible, sa terre est bénie depuis le commencement. La terre,
c’est le corps de Marie, ce temple en qui une semence a été déposée.
Regarde l’ange qui vient déposer cette semence dans les oreilles de
Marie. C’est par cette parole bien claire qu’il a commencé à semer:
Le salut est avec toi, tu es bénie parmi les femmes (Lc 1, 28). Et
Élisabeth confirma cette parole, disant une nouvelle fois: " Tu es bénie
parmi les femmes " (Lc 1, 42), manifestant ainsi qu’à cause de la
première mère qui fut maudite, la seconde mère porte le nom de bénie.
16. L’évangéliste dit
aussi: Il s’éloigna de lui pour un temps (Lc 4, 13), jusqu’au
jour où, après s’y être longuement préparé, il chercherait à empêcher sa
victoire par la calomnieuse envie des scribes. Mais, de même qu’il a été
condamné à l’origine, il a été également condamné à la fin, car le
Christ a triomphé de lui bien plus encore par la mort. Jésus lui dit:
Retire-toi, Satan (Mt. 4, 10), et il l’écarta à cause de son énorme
mensonge: Ces royaumes sont miens (Lc 4, 6). Et aussi parce qu’il
n’avait pas craint ce que dit le prophète: Dieu domine sur tous les
royaumes des hommes, et il les donne à qui il veut (Dn. 4,
14.22.29). Ainsi donc le Seigneur a réprimandé par sa parole l’arrogant
orgueil du démon, qui n’a pas pu lui résister; il manifestait de cette
manière la puissance de sa vérité, et il apprenait à ceux qui adhèrent à
lui qu’ils recevront tous les biens par son don.
Les anges vinrent et ils
le servaient (Mt. 4, 11); si, après le baptême, nous entrons en
tentation, c’est pour pénétrer ensuite dans le royaume des cieux.
17. Les disciples de Jean,
l’ayant entendu parler avec Notre-Seigneur, abandonnèrent leur maître et
s’en furent à la suite de Notre-Seigneur. La voix ne pouvait pas retenir
des disciples auprès d’elle, et elle les envoya au Verbe (Jn 1, 29-37).
Il convient, en effet, qu’à l’apparition de la lumière du soleil,
s’éteigne la lumière de la lanterne. Jean ne demeura que pour mettre fin
à son propre baptême par le baptême de Notre-Seigneur; puis il mourut,
et fut parmi les morts un vaillant héraut, comme il l’avait été dans le
sein de sa mère, symbole du tombeau.
18. Les paroles: Nous
avons trouvé le Seigneur (Jn 1, 41), manifestent que la renommée du
Seigneur s’était répandue depuis l’époque des Mages, et qu’elle s’était
fortifiée à cause de Jean qui l’avait baptisé, et du témoignage de
l’Esprit. Or le Seigneur s’était éloigné, il s’était à nouveau rendu
invisible pour son jeûne de quarante jours. Aussi les âmes attristées
désiraient-elles entendre de ses nouvelles; elles étaient ses
instruments, selon sa propre parole: Je vous ai choisis avant que le
monde fût (Jn 15, 16-19; Ep, 1, 4). Il a choisi des Galiléens, un
peuple grossier – les prophètes, en effet, les ont appelés peuple
grossier et habitants des ténèbres (Is. 9, 1) –, mais ce sont eux qui
ont vu la lumière et les docteurs de la loi en furent confondus: Il a
choisi les sots du monde, pour confondre par eux les sages (I Co. 1,
27).
19. De Nazareth est-il
possible que sorte quelque chose de bon? ( Jn 1, 46) Il était écrit
que le Seigneur naîtrait de la maison de David à Bethléem. Nathanaël
crut qu’il venait de Galilée et qu’il était né à Nazareth: "De Nazareth,
est-il possible que sorte quelque chose de bon?" vu que le prophète a
dit qu’un chef et prince surgirait de Bethléem (Mi. 5, 1). Nathanaël
entendit dire qu’il était de Nazareth et c’est pourquoi il dit:
Est-il possible qu’un bon chef sorte de Nazareth, alors qu’aucune
Écriture ne l’annonce? Aussi Notre-Seigneur, voyant que Nathanaël était
un bon témoin, et qu’il n’était pas comme les scribes qui altéraient
l’Écriture, pour plier son interprétation à leur propre volonté, dit-il:
Voilà vraiment un scribe israélite, en qui il n’y a aucune fausseté
(Jn 1, 47). Avant de connaître le Seigneur, il avait demandé s’il
était possible qu’un chef sorte de Nazareth, comme de Bethléem. Mais
quand il le vit de ses propres yeux, il ne nia plus comme ses
compagnons, les scribes; il ne demanda rien, contrairement aux autres,
mais il confessa: "Celui-ci est le Christ"; et il sut qu’en lui se
réalisait ce qui avait été écrit au sujet de Bethléem et de Nazareth:
Un chef est sorti de Bethléem (Mi. 5, 1); et: La lumière s’est
levée sur les Galiléens. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu
une grande lumière (Is. 9, 1).
Ordre et grandeur des
apôtres du Seigneur
20. Ils vinrent à lui
pêcheurs de poissons et ils devinrent pêcheurs d’hommes (Lc 5, 10),
comme il est dit: Voici que maintenant j’envoie des preneurs
d’hommes, et ils les prendront sur toutes les montagnes et sur tous les
lieux élevés (Jr. 16, 16). S’il avait envoyé des sages, on aurait
dit qu’ils avaient persuadé le peuple et l’avaient trompé et ainsi
saisi, S’il avait envoyé des riches, on aurait dit qu’ils avaient berné
le peuple en le nourrissant, ou qu’ils l’avaient corrompu avec de
l’argent, et ainsi dominé. S’il avait envoyé des hommes forts, on aurait
dit qu’ils les avaient séduits par la force, ou contraints par la
violence.
Mais les apôtres n’avaient
rien de tout cela. Le Seigneur le montra à tous par l’exemple de Simon.
Il était pusillanime, car il fut pris de frayeur à la voix d’une
servante; il était pauvre, car il ne put même pas payer sa part de
tribu, un demi-statère: Je n’ai pas d’or, dit-il, et je n’ai
pas d’argent (Ac. 3, 6; cf. Mt. 17, 24-37). Et il était sans culture
puisque, lorsqu’il renia le Seigneur, il ne sut pas s’en tirer par la
ruse.
Ils partirent donc, ces
pêcheurs de poissons, et ils remportèrent la victoire sur les forts, les
riches et les sages. Grand miracle! Faibles comme ils l’étaient, ils
attiraient, sans violence, les forts à leur doctrine; pauvres, il
enseignaient les riches; ignorants, il faisaient des sages et des
prudents leurs disciples. La sagesse du monde a fait place à cette
sagesse qui est elle-même la sagesse des sagesses.
1. Il y eut des noces à
Cana des Galiléens (Jn 2, 1). Notre-Seigneur y vint et sa mère lui dit:
Ils n’ont pas de vin. Jésus lui dit: Qu’y a-t-il entre moi et toi,
femme? Mon temps n’est pas survenu. (Jn 2, 3-4). Ce qui signifie: Je ne
m’impose pas à eux; qu’ils remarquent eux-mêmes l’absence de vin, et que
tous demandent à boire. En parlant ainsi, Jésus voulait faire éclater
aux yeux de Marie la grandeur de son don. L’empressement de Marie avait
été excessif; c’est pourquoi il lui fit la leçon.
Ou bien: "Mon temps n’est
pas survenu" doit s’entendre du moment de la mort du Christ. Les
convives étaient ivres; s’il avait répandu ses dons sur eux de force,
peut-être n’aurait-il pas échappé au supplice. Or on n’était encore au
début de sa prédication.
2. Marie avait pensé qu’un
miracle de son Fils lui vaudrait gloire et honneur auprès de foules;
c’est pourquoi il dit: "Mon temps n’est pas survenu". Jésus n’a pas agi
pour les raisons que Marie avait imaginées; il a plutôt voulu contrarier
ses pensées. Pourtant, elle était consciente du miracle qu’il allait
faire: Elle gardait toute chose dans son cœur (Lc 2, 51); tout ce que
mon fils vous dira, faites-le (Jn 2, 5); elle vit que le vin manquait et
elle comprit que ce n’était pas pour rien qu’il était venu à ces noces.
On lit dans le grec: Il avait pris place et le vin manqua. Comme sa mère
le lui faisait remarquer, Jésus lui dit: Mon temps n’est-il pas survenu?
c’est-à-dire il est tout à fait survenu. Marie savait que Jésus ferait
là un miracle; Jésus pourtant blâma le doute de Marie; elle dit donc aux
serviteurs: Tout ce qu’il vous dira, faites-le.
3. On dit encore que Marie
aurait été perplexe: n’était-ce pas à cause de l’arrivée de Jésus qu’on
sollicitait les maîtres des noces d’offrir du vin? "On te critique,
dit-elle à Jésus, parce qu’à cause de toi ces gens prêtent à la
moquerie; on les raille, depuis qu’on a appris qu’à ton arrivée, ils
n’ont pas eu de vin à offrir".
4. Elle lui dit: Mon
enfant, ils n’ont plus de vin. Jésus lui dit: Qu’y a-t-il entre moi et
toi, femme? Qu’avait-elle dit de mal? On dit qu’elle avait douté de sa
parole, en disant: "Ils n’ont plus de vin". D’où la réponse: "Qu’y
a-t-il entre moi et toi, femme?" Que cette réponse lui ait fait
comprendre qu’il allait opérer un miracle, ce qu’elle dit aux serviteurs
le montre clairement: "Tout ce que mon fils vous dira, faites-le".
Pourtant: "Mon temps n’est pas survenu". Et néanmoins, après les
exploits du désert, où il avait terrassé son ennemi, il s’approcha,
comme un héros, pour un nouvel exploit à ces noces merveilleuses.
5. Marie s’empressa de
remplacer les apôtres pour exécuter les ordres du Seigneur. Cependant,
elle n’avait pas pour rôle de donner des conseils, de commander, ou de
prévenir la parole de Jésus; aussi la réprimanda-t-il, parce qu’elle
avait agit avec précipitation: "Mon temps n’est pas survenu"; ils
demanderont du vin, tous verront que le vin manque, et alors se produira
le signe miraculeux. Ainsi, quand sa mère le vit, après sa victoire sur
les enfers, elle voulut le caresser maternellement (Notes de l’édition:
Éphrem confond Marie, mère de Jésus, et Marie-Madeleine). Mais Marie qui
l’avait suivi jusqu’à la croix, avait été confiée à Jean en ce jour, par
ces paroles: Femme, maintenant voici ton fils; jeune homme, maintenant
voici ta mère (Jn 19, 26-27). Aussi, après la résurrection,
l’empêcha-t-il de s’approcher à nouveau de lui, parce que, dit-il,
depuis lors Jean est ton fils.
6. Pourquoi, comme premier
signe, Notre-Seigneur a-t-il changé la nature de l’eau? C’est pour
montrer que la divinité qui avait transformé la nature dans des outres,
avait transformé cette même nature dans le sein de la vierge. De la même
manière, en couronnement de ses miracles, il ouvrit un tombeau pour
manifester son indépendance vis-à-vis de la mort avide. Il authentiqua
et confirma le double bouleversement de sa naissance et de sa mort par
cette eau transformée substantiellement en vin de vigne, sans que les
urnes de pierre subissent une transformation parallèle. C’était le
symbole de son corps, miraculeusement conçu et merveilleusement créé
dans une vierge sans l’œuvre d’un homme.
7. Il a donc transformé
l’eau en vin pour prouver comment sa conception et sa naissance
s’étaient réalisées. Il appela six urnes pour rendre témoignage à
l’unique vierge qui l’avait mis au monde. Les urnes conçurent et mirent
au monde, contrairement à leur usage, un vin nouveau; elles ne
renouvelèrent plus cette merveille. C’est ainsi que la vierge conçut et
mit au monde l’Emmanuel, pour ne plus concevoir ensuite. La mise au
monde par les urnes transforma la petitesse en grandeur et la parcimonie
en abondance, l’eau des sources en un vin doux. En Marie au contraire,
la grandeur et la gloire de la divinité changèrent leur aspect en celui
de la faiblesse et de l’ignominie. Ces bassins servaient aux
purifications des Juifs: Notre-Seigneur y versa sa doctrine, pour
manifester qu’il était venu selon la voie de la loi et des prophètes,
mais en vue de tout changer par son magistère, comme l’eau devenue vin.
8. Tout homme sert d’abord
le vin doux, puis un vin quelconque (Jn 2, 10); il indiquait ainsi que
l’économie précédente était déjà un grenier de provisions, car la loi a
été donnée par Moïse, la grâce et les vérités ont été réalisées par
Jésus (Jn 1, 17). L’époux terrestre a invité l’époux céleste, et le
Seigneur, prêt pour les noces, s’y est rendu. Ceux qui étaient assis à
table ont invité celui qui installe les mondes dans son royaume, et il
leur a envoyé un cadeau de noces réjouissant; ses richesses n’ont pas eu
horreur de leur pauvreté. Ils n’avaient pas assez de vin, même
ordinaire, pour leurs invités, et s’il ne leur avait pas versé un peu de
ses richesses, ils se seraient levés de table assoiffés et tristes.
9. En retour de leur
invitation, il les invita aux noces. Mais, autant il avait multiplié sa
participation à leurs repas, autant leurs âmes eurent horreur de sa
table, comme leurs pères de la manne. Des anges ont mangé à la table
d’Abraham et de Lot; de même Notre a mangé et bu avec eux sans
répulsion. Ils l’ont invité, et il est venu à eux; puis lui-même les a
invités, et ils ne sont pas venus à ses no ces. Ils l’ont appelé et il
n’a pas refusé de venir; lui-même les a appelés et ils ont refusé son
repas. Il a honoré ses invités, et ils ont méprisé ceux qui les
invitaient. Il a réjoui les convives, et ils ont tué ses serviteurs (Mt.
22, 1-6). Il a comblé la disette des noces, et ils n’ont rien fait des
nourritures qu’il leur avait données. Il les a réjouis d’un vin doux, et
ils l’ont exaspéré et provoqué à la colère (Dt. 32, 13-19); au lieu de
vin doux, il lui ont donné du vinaigre et du fiel (Ps. 69, 22; Mt. 27,
48 et 34).
10. Il avait été invité,
mais il ne vint pas avec les invités. Ils vinrent avant lui absorber le
vin ordinaire, pour qu’il vînt ensuite et apportât le vin doux. Il fut
invité avec eux, sans qu’il eût distinction entre son aspect et le leur.
Mais il fit un signe admirable, pour qu’il leur devînt évident qu’il
n’était pas leur égal par sa nature. Si son apparence leur faisait
soupçonner qu’il était comme eux, lui-même leur apprit, par son signe
admirable, qu’il était plus grand qu’eux. Sans mot dire, il changea
l’eau en vin, afin que son divin silence éveillât ses gais hérauts, et
que le maître de table proclamât avec joie cette heureuse nouvelle aux
convives; car le vin, par sa nature, réjouit. L’ordre de Jésus avait
exécuté cela avec rapidité, et le bouquet de ce vin dépassait celui de
tout autre vin; aussi demandait-on et recherchait-on qui en était
l’auteur.
11. Il était revenu
triomphant du combat au désert; les noces le reçurent avec joie le
troisième jour. Il manifesta ainsi qu’après le choc des combats, il y a
de la joie pour les vainqueurs, et que lui-même, bien qu’invité comme un
étranger, était le maître des noces, parce que, par sa parole qui comble
tout besoin, il avait remédié à ce qui manquait aux noces. Il n’a ni
présenté d’autres créatures, ni agi avec les mêmes vieilles choses, en
les gardant telles qu’elles étaient; en effet, sans donner à boire de
l’eau au lieu de vin, il a évité de sortir du cercle des créatures; il a
créé du vin à partir de l’eau créée.
12. Il n’a donc pas amené
là quelque créature étrangère, mais il a transformé les mêmes créatures
antérieures, afin de manifester par là qu’il en est le maître, et pour
que l’on sache, par le fait qu’il ne les dédaignait pas, qu’elles ne
sont ni méprisées, ni réprouvées.
Bien plus, à la fin des
temps, ces mêmes créatures seront renouvelées, parce que cette volonté
qui, par un ordre, a changé rapidement de l’eau commune en vin doux, a
la puissance de rendre à toutes les créatures, dans la consommation
finale, une inexprimable saveur. Il a encore manifesté, par cette
transformation de la vulgarité en joie, qu’aucune créature n’est
mauvaise par nature et que leur Créateur est sage par nature. Car il a
su qu’il était nécessaire qu’elles fussent créées, en vue de l’épreuve
et de la création, afin que, par elles, les justes fussent éprouvés et
couronnés, et que les méchants fussent corrigés et perçussent quelque
profit. Celui qui a commandé au feu qui consume et, de moyen de
perdition, en a fait une consolation(Dan 3, 49-50), celui-là, a la fin
des temps également, commandera aux choses pernicieuses et les rendra
utiles, aux choses mauvaises et les fera porteuses de joie. Il a d’abord
habitué la bouche au goût de son vin, pour séduire ensuite les oreilles
et les amener au goût de sa douce doctrine.
Les temps sont
consommés
13. Les temps sont
consommés (Mc 1, 15), c’est-à-dire la somme des générations.
Premièrement d’Adam à Noé, avec l’alliance que constitua la famille des
Séthites quand ils se séparèrent et s’écartèrent de la famille des
Caïnites. Ensuite de Noé à Abraham, quand défense fut faite de manger du
sang: Je vous ai tout donné comme l’herbe du champ; cependant, ne
mangez pas le sang, c’est-à-dire, l’âme, et la chair étouffée
(Gn. 9, 3-4). En troisième lieu d’Abraham jusqu’à Moïse par la
circoncision mais sans la loi, et finalement, par la loi, de Moïse
jusqu’à la naissance du Christ. Et désormais les temps sont consommés;
plus personne ne modifie ni n’ajoute rien.
14. La première période,
jusqu’à Noé, offrit le sacrifice volontaire d[‘Abel: Il nous
consolera par ses sacrifices (Gn. 5, 29). Noé offrit un autre
sacrifice sur l’autel qu’il construisit sur le mont des Cordoues (Gn. 8,
20-22); Abraham en offrit un autre sur le mont des Amorrhéens (Gn. 22,
1-18); Jacob un autre à Béthel (Gn. 28, 10-22); Josué un autre encore
lors du passage du fleuve du Jourdain (Jos. 8, 30-31); un autre fut
aussi offert à Silo, où résidait le tabernacle (I Sam. I, 3-21; 2,
12-19); Salomon offrit un autre sacrifice dans le premier temple de
Jérusalem (I R. 8, 62-64). Et ce fut enfin le sacrifice du Christ, qu’il
a établi dans son Église jusqu’à la fin des temps, et qui ne connaîtra
pas de changement. C’est pourquoi: "Les temps sont consommés", parce que
dès à présent, le royaume des cieux est prêché (Mc 1, 15). Ou
bien encore: "Les temps sont consommés", c’est-à-dire les temps
d’Israël.
15. Ses disciples
baptisaient (Jn 4, 2), parce qu’ils avaient eux-mêmes été baptisés;
ils n’auraient pas pu baptiser les autres, si eux-mêmes ne l’avaient
été. Du reste cette parole l’indique: A ceux qui ont été baptisés,
plus rien n’est nécessaire (Jn 13, 10). Si tu veux, tu peux
comprendre cela en ce sens qu’ils avaient été baptisés dans l’eau.
Sinon, voici qu’il leur a dit encore: Vous êtes purs à cause de ma
parole, que je vous ai dite (Jn 15, 3). Concède donc que la parole
du Christ fut pour eux un baptême, puisque le baptême est sanctifié par
la même parole; comme Jean fut sanctifié par le commandement qu’il
reçut, ainsi le baptême qui lui avait été confié a été sanctificateur.
16. D’autres disent: Quand
il leur a donné son corps, ce fut pour eux un baptême. En effet, s’ils
avaient baptisé ou avaient été baptisés sans avoir foi dans son corps et
dans son sang, comment à l’avance aurait-il pu dire: Si vous ne
mangez de sa chair et ne buvez de son sang, vous n’avez pas la vie
(Jn 6, 53)? Et comme ils s’irritaient, il dit aux douze: Voulez-vous,
vous aussi, me quitter? Simon lui dit: Nous avons cru et nous avons
connu (Jn 6, 67-69). Ils crurent là où les Juifs n’avaient pu
croire, ni même écouter.
17. Il choisit Jacques le
publicain
,
pour stimuler ses collègues à venir avec lui. Il vit des pécheurs, il
les appela et les fit asseoir près de lui. Spectacle admirable: les
anges sont debout, tremblants, alors que les publicains, assis, se
réjouissent! Les anges sont frappés de crainte à cause de sa grandeur,
et les pécheurs mangent et boivent avec lui! Les scribes suffoquent
d’envie, et les publicains exultent à cause de sa miséricorde! Les cieux
virent ce spectacle et l’admirèrent; les enfers le virent et délirèrent;
les scribes le virent et en furent troublés. Il y avait de la joie dans
les cieux et de l’allégresse chez les anges, parce que les rebelles
avaient été domptés, les indociles soumis et les pécheurs amendés, et
parce que les publicains avaient été justifiés. Malgré les exhortations
de ses amis, il n’a pas renoncé à l’ignominie de la croix et, malgré les
moqueries de ses ennemis, il n’a p[as renoncé à la compagnie des
publicains, mais il a méprisé la moquerie et dédaigné la louange,
contribuant ainsi au mieux à l’utilité des hommes.
18. Toute la nuit,
dit Simon, nous avons travaillé (Lc 5, 5). Par ces paroles est
insinué le mystère des prophètes, la doctrine qui tombe du ciel dans le
monde, représenté par la mer. Les deux barques (Lc 5, 2.7) sont
la circoncision et le prépuce. Ils faisaient signe à leurs compagnons
(Lc 5, 7); ce qui annonce le mystère des soixante-douze disciples,
parce que les apôtres ne suffisent pas à la pêche et à la moisson.
19. Notre-Seigneur vit
leur foi, et il lui dit: que tes péchés te soient remis (Mt. 9, 2).
Vois donc ce que la fois des uns accomplit pour les autres. Le Seigneur
n’a pas demandé la foi au malade, car c’était un édifice fragile, – il
n’avait jamais songé à son âme –, de même qu’il n’a pas demandé la foi
au fils unique, mais à son père (Lc 9, 38; Mc 9, 23-24), ni à la fille,
mais à sa mère: Même les chiens, dit celle-ci, sont rassasiés
(Mt. 15, 27). Aie donc soin de notre âme, car ce que nous demandons,
c’est qu’elle ne languisse pas comme celui-là languissait à cause de ses
péchés. La parole du Seigneur universel lui parvint, elle le purifia, et
le guérit; elle le purifia de ses péchés cachés, et elle guérit sa chair
visible. On put alors croire, par ce qui était visible et par ce qui
était caché, qu’il était Dieu dans le secret et homme visible; à cause
de son humanité, il apparut clairement qu’il était homme et, à cause de
sa grandeur intérieure, on put croire qu’il était Dieu.
20. Que tes péchés te
soient remis. Quels péchés a-t-il remis? Ceux qu’il avait commis
contre lui-même, c’est-à-dire contre Dieu. Notre-Seigneur n’était
nullement opposé à la loi; quelle dette immense ne contractaient-ils
donc pas, soit envers lui, soit envers son Père, ces hommes qui ne
l’agréaient, ni pour la puissance de ses œuvres, ni pour sa justice, ni
pour la beauté de ses préceptes!
Et les péchés dont les
hommes étaient coupables auprès du Dieu de la loi, comment Jésus les
remettait-il, s’il n’était pas uni à Dieu par la naissance? N’est-il pas
bien clair qu’il est son Fils? Parce que le paralytique avait péché
contre Dieu, il avait été, selon l’enseignement de Jésus, puni dans sa
chair. Les paroles: "Que tes péchés te soient remis" n’ont de raison
d’être que si le paralytique devait sa maladie et son infirmité à ses
péchés. Pourquoi le Seigneur aurait-il remis les péchés, si le
paralytique n’était pas son débiteur? Et quel avantage y avait-il pour
le paralytique dans ces paroles: "Que tes péchés te soient remis", si,
non remis, ceux-ci ne lui avaient aucunement nui, la miséricordieuse
bonté du Seigneur lui épargnant, une fois pour toutes, le châtiment?
21. Les pharisiens et
les scribes murmurent, et disent que vous mangez et buvez avec les
pécheurs et les publicains (Lc 5, 30). Et Notre-Seigneur répondit:
Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin,
mais les malades, et je ne suis pas venu appeler les justes, mais les
pécheurs (Lc 5, 31-32). Sans aucun doute, il y avait en Israël des
gens sains et justes; ce n’était pas à eux surtout que s’adressait
l’effort ardu de Jésus en vue de guérir les hommes et de les justifier.
Parmi les païens eux-mêmes, il y avait aussi des gens sains et justes
aux yeux du Créateur. Ce ne sont pas eux qui ont le plus urgent besoin
de celui (le Christ) qui vient maintenant, car "ce ne sont pas les gens
en bonne santé qui ont besoin de médecin", ni les justes de la grâce.
22. Tout le temps que
Notre-Seigneur a passé en ce monde, il l’a comparé à des noces, et
lui-même à l’époux: Il ne sied pas aux compagnons de l’époux de
jeûner tant que l’époux est avec eux. (Mc 2, 19).
23. Voici maintenant que
tes disciples font le jour du sabbat ce qu’il n’est pas permis de faire
(Mt. 12, 2). Mais le Seigneur les avait déjà habitués et exercés à la
vérité des justes, afin que, lorsqu’il enfreindrait la loi par sa
plénitude, ils ne s’étonnent nullement. Son Père, du reste, y avait
manqué également (Jn 5, 17), pour manifester que la création lui
appartient, qu’il y a un gouvernement de la loi et que cette liberté
était le remède à la séparation, proposé par le vrai médecin pour guérir
les douleurs qui couvraient les hommes des pieds à la tête (Is. 1, 5-6).
Ils se mirent à arracher
des épis, à la broyer et à les manger (Lc 6, 1). Ces actes furent
accomplis comme une norme et un exemple. En effet, la loi ne permet pas
de manger des prémices, tant qu’on ne les a pas offertes à l’autel. Mais
eux, avant la moisson, prirent le fruit des prémices réservées aux
prêtres. Les pharisiens n’eurent pas l’habileté d’en accuser les
disciples, mais ils les réprimandèrent pour avoir transgressé le sabbat.
24. Notre-Seigneur leur
proposa le clair exemple de David (Mt. 12, 3-4; I Sam. 21, 1-7) qui,
puni pour une autre chose, ne le fut pas (II Sam. 11, 1-27) pour
celle-là: Il n’était pas permis à David, dit-il, de manger les pains de
proposition, parce qu’il n’était pas prêtre. Prêtre, David l’était
pourtant parce que temple de l’Esprit. Et comme ils n’avaient pas encore
compris, il leur opposa cette claire déclaration: Leurs prêtres, à
l’intérieur du temple, transgressant le sabbat, et ils sont sans péché
(Mt. 12, 5).
Le Seigneur nous montre ici
autre chose encore. Avant d’être persécuté, David n’osa pas s’approcher
des choses saintes; mais quand il eut subi la persécution, alors,
d’autorité, il les prit et les mangea. De la même manière,
Notre-Seigneur, après les persécutions qu’il subit, donna sa chair à ses
disciples et son sang à ses fidèles: Le sabbat est fait pour l’homme
(Mc 2, 27), car il est le repos après six jours de travail; c’est
pourquoi "il est fait pour l’homme", car c’est à cause de lui qu’il a
reçu son nom. Ce n’est pas pour Dieu que le sabbat a été fait, mais
"pour l’homme"; et celui qui le donne en est le maître (Mc 2, 28).
1. Au moment où
Notre-Seigneur distribuait l’enseignement des béatitudes, il regardait
ses disciples: Jésus leva les yeux vers eux, et il commença à dire:
Bonheur soit à ceux qui sont pauvres dans leur âme (Mt. 5, 3),
c’est-à-dire aux pauvres qui se sont dépouillés. Et pour qu’ils ne
s’enorgueillissent pas de cette pauvreté, il dit: Bonheur aux doux
(Mt. 5, 4). Moïse était plus doux que tous les fils de son peuple
(Nb. 12, 3) et: Qui regarderai-je, et en qui habiterai-je, sinon dans
les doux et les humbles de cœur?(Is. 66, 2) et: Souviens-toi,
Seigneur, de David et de toute sa douceur (Ps. 132, 1); et:
Faites-vous mes disciples, parce que je suis doux et humble, et vous
trouverez le repos pour vos âmes (Mt. 11, 29). Bonheur soit à
celui qui aura faim et soif de justice (Mt. 5, 6), selon ce que dit
le prophète: N’ayant pas faim de pain, ni soif d’eau, mais d’entendre
la parole de Dieu (Amos 8, 11). Bonheur soit à ceux qui sont purs
de cœur, parce qu’ils verront Dieu (Mt. 5, 8), comme le prophète l’a
demandé dans sa prière, disant: Crée en moi un cœur pur, ô Dieu
(Ps. 51, 12). Le cœur des justes est pur: Ils verront Dieu, comme
Moïse. Bonheur soit à ceux qui sont purs de cœur, car le cœur est
l’organe de la respiration, et il ne cesse de battre; pendant la vie,
s’il est saint, il envoie la sainteté à tous les membres: Dans le
cœur sont toutes les pensées mauvaises (Mt. 15, 19). Bonheur soit
à ceux qui pleureront, car ils riront (Mt. 5, 4; Lc 6, 21) selon ce
que dit l’apôtre: Si nous souffrons avec lui, nous serons aussi
glorifiés avec lui (Rm. 8, 17). Bonheur soit aux pacifiques,
parce qu’ils seront appelés fils de Dieu (Mt. 5, 9), selon ce que
disaient les anges au temps où ils annonçaient la bonne nouvelle:
Gloire dans les hauteurs à Dieu, et paix sur las terre (Lc 2, 14);
il a fait paix, par le sang de sa croix, tout ce qui est dans les
cieux et tout ce qui est sur la terre (Col. 1, 20). Et, quand il
envoyait ses apôtres, Jésus leur disait: Dans la maison où vous
entrez, dites d’abord: paix à cette maison (Lc 10, 5; Mt. 10, 12).
Les pacifiques sont "appelés fils de Dieu", selon cette parole de Dieu,
ceux-là sont fils de Dieu (Rm. 8, 14). Bonheur soit à ceux qui
souffrent persécution à cause de la justice (Mt. 5, 10), selon la
parole du Seigneur: Ils vous persécuteront et vous livreront (Lc
21, 12), et celle de l’apôtre: Ceux qui voudront vivre selon la
justice de Jésus-Christ, eux aussi souffriront persécution (II Tm.
3, 12). C’est pourquoi, quand les apôtres étaient méprisés, ils
étaient joyeux d’avoir été rendus dignes de souffrir l’injure à cause de
son nom (Ac. 5, 41), comme le Seigneur le leur avait prescrit:
Exultez et soyez dans la joie, car votre récompense est grande dans le
ciel (Mt. 5, 12), et: En ce jour-là, réjouissez-vous (Lc 6,
23).
2. Malheur à vous,
riches (Lc 6, 24). Pourtant, Jésus n’a pas étendu sa malédiction à
tous les riches. C’est comme lorsqu’il dit: Bonheur soit aux pauvres
(Mt. 5, 3), il ajoute dans leur âme, pour ne pas étendre la
béatitude à tous les pauvres; de même ici, quand il dit: Malheur à
vous, riches, il désigne ceux qui ne cherchent que les richesses.
Les béatitudes ne sont pas
promises comme de simples titres; elles ne sont obtenues que par ceux
qui en remplissent les conditions. N’importe qui peut obtenir des
titres, et sous n’importe quel prétexte, mais l’œuvre signifiée par le
titre existe chez celui qui ne veut pas que sa réputation dépasse son
mérite. Chaque béatitude est promise à une œuvre, et chaque don est
promis à celui qui en mérite la récompense par le travail. La récompense
est annoncée en même temps que l’œuvre, et la peine en même temps que la
transgression. De même que, par l’association de l’œil et du soleil,
apparaît tout ce qui est visible dans le ciel et sur la terre, ainsi le
Dieu vivificateur est la lumière des vivants. Quand il s’unit
l’intelligence, il l’élève vers les hauteurs et lui montre les choses
cachées, il la fait descendre dans les profondeurs et lui montre les
choses secrètes. C’est pourquoi: Vous êtes la lumière du monde
(Mt. 5, 14), et: Vous êtes le sel de la terre (Mt. 5, 13).
3. Il dit aux scribes et
aux pharisiens présents, qui cherchaient une raison pour l’accuser:
Je ne suis pas venu abolir la loi ou les prophètes, mais la parfaire
(Mt. 5, 17); la perfection est nécessaire à l’imperfection. Et il
indique quelle est cette perfection: Maintenant, voici que nous
montons à Jérusalem, et tout ce qui est écrit à mon sujet
s’accomplira (Lc 18, 31). Des imperfections, l’apôtre a dit: Les
choses anciennes sont passées (II Co. 5, 17). Mais, à ceux qui sont
baptisés, immergés en vue de l’augmentation de la vertu, et renouvelés
par l’abondance du secours divin, le Christ dit: Il est plus facile
au ciel et à la terre de passer, qu’à une virgule de la loi de tomber
(Lc 16, 17), et: Quiconque transgressera un des commandements du
Nouveau Testament… (Mt. 5, 19).
4. A celui qui frappe la
joue, tends encore l’autre côté (Lc 6, 29; Mt. 5, 39). Il s’avère
ainsi que ce précepte: Gifle pour gifle (Ex 21, 24; Lv. 24, 20;
Dt. 19, 21) est imparfait relativement à la vérité instaurée et
confirmée au temps de la grâce: Si votre justice n’est pas trouvée
plus abondante que celle des scribes et des pharisiens, vous ne pouvez
pas entrer dans le royaume des cieux (Mt. 5, 20). A ceux-là, il a
été dit de ne pas vous mettre en colère; à ceux-là il a été dit de ne
pas commettre l’adultère, à vous il est dit de ne pas avoir de mauvais
désirs; à ceux-là il a été dit: "Gifle pour gifle", mais ici il est dit:
"A celui qui te frappe ta joue, tends encore l’autre côté". Et il
enseigne la même chose d’une autre manière: Quand tu fais une
offrande sur l’autel, abandonne ton offrande et va te réconcilier
(Mt. 5, 23-24); la justice impose bien davantage de ne pas tirer
vengeance d’un transgresseur que de ne commettre aucune négligence dans
le sacrifice. La loi ordonne et dit: Ne glane pas après les
moissonneurs dans ton propre champ, et ne secoue pas les oliviers une
seconde fois, et ne grappille pas dans la vigne, mais que cela soit pour
les pauvres (Lv. 19, 9-10). C’est adressé à ceux qui sont sous la
loi, mais à ceux qui sont chrétiens, Notre-Seigneur a dit davantage: "Si
votre justice ne se trouve pas plus abondante que celle des scribes et
des pharisiens, vous ne pouvez pas entrer dans le royaume des cieux".
5. Vous avez entendu
qu’il a été dit: Ne tue pas, car celui qui tue est passible d’un
jugement. Mais moi, je vous dis: Celui qui appelle son frère sot…
(Mt. 5, 21-22), parce que cette épithète, à cause de sa grossièreté,
offense les hommes simples, ceux qui, au lieu de connaître, comme les
sages, le cours des pensées, ne connaissent que le cours des temps.
Notre-Seigneur a voulu introduire les parfaits parmi les parfaits,
c’est-à-dire parmi les anges. Au regard de la sainteté de
Notre-Seigneur, les justes sont coupables; ainsi doivent-ils se
considérer les uns les autres. Notre-Seigneur a donné la liberté à
l’homme de devenir l’imitateur de Dieu, afin qu’il possède par volonté
ce que Dieu a par nature. Lui aussi, du reste, malgré ce qu’il possédait
par nature, a vécu parmi les hommes selon la liberté.
6. Vous avez entendu
qu’il a été dit: Ne commets pas l’adultère; mais moi je vous dis:
Quiconque regarde et désire, a commis l’adultère (Mt. 5, 27-28; Ex.
20, 14). Comme il y en avait qui aimaient les richesses, les délices de
la volupté et les paroles pernicieuses, Notre-Seigneur dit: Si ta
main ou ton pied est pour toi occasion de scandale… (Mt. 18, 8)… Si
je t’ai parlé même des membres de ton corps, pourquoi t’épargnes-tu les
richesses, les délices ou les mauvaises paroles, qu’il est facile de
supprimer? Si, en retranchant un membre, tu apaises en toi les injures,
les blasphèmes et les inimités, pourquoi ne coupes-tu pas ta langue,
puisque ce retranchement est nécessaire à l’apaisement de toutes tes
douleurs? Ou tu as mal agi, ou tu n’as pas bien entendu. Ou tu n’as pas
retranché le membre mauvais, ou tu as sottement compris le précepte. Du
fait que tu ne t’es pas mutilé, tu donnes la preuve certaine que tu as
mal fait; tu n’as pas coupé le membre, parce que tu as craint la
douleur; tu as préféré transgresser le précepte que de perdre le membre.
7. Le blasphème cesse-t-il
par l’ablation de la langue? S’il cesse, ceux qui ne se coupent pas la
langue font-ils mal? S’il ne cesse pas, ceux qui l’ont coupée, ont-ils
mal compris? Comment Notre-Seigneur ordonnerait-il de retrancher les
membres qui, supprimés, provoquent la mort du corps, si, par là, un
inconvénient certain n’était pas écarté? Ce ne sont pas les membres bien
faits, unis par la divinité, qu’il faut retrancher, mais les mauvaises
pensées, amassées par la liberté, conformément à la recommandation de
Notre-Seigneur de lutter généreusement pour ne pas être vaincus, et
selon ce que dit le prophète: Déchirez vos cœurs, et ne déchirez pas
vos vêtements (Joël 2, 13). L’œil droit du riche, ce sont ses
richesses; elles lui sont une occasion de chute qu’il ne retranche pas
et ne rejette pas (Cf. Lc 12, 16-21; 16, 19-31; 18, 18-25). Et la main
droite d’Hérode, c’était Hérodiade; au lieu de retrancher et de rejeter
cette main souillée, il retrancha et rejeta une tête sainte.
8. Simon avait retranché et
rejet tous les membres du vieil homme, de peur qu’ils ne lui soient une
occasion de chute: Maintenant, voici que nous avons tout abandonné
(Mt. 19, 27). Certes, ils n’ont laissé ni l’œil, ni l’oreille, ni le nez
du vieil homme; il ne les ont ni arrachés, ni jetés. L’œil, c’est la
concupiscence, nourrie par les yeux; l’oreille, c’est la calomnie, et
ainsi de suite. De là vient la parole de l’apôtre: Mortifiez vos
corps, c’est-à-dire la fornication (Col. 3, 5). L’œil droit, c’est
encore l’amour, car l’homme désire la femme par amour quand il la voit,
et les paroles de Notre-Seigneur visent cette situation. La main est
l’instrument de nourriture, et le pied une aide. De la langue, le
Paraclet n’a pas parlé, parce que le corps n’a pas deux langues. En
outre, la langue ne voulait pas parler de sa propre suppression;
cependant, par son silence, elle a parlé d’elle-même et contre
elle-même.
9. Celui qui dit à son
frère: Indigne, ou sot (Mt. 5, 22). Ta rétribution n’est pas assurée
selon ton calcul; si tu dis de quelqu’un qui est adultère qu’il commet
ce péché, tu ne retires rien de ta médisance, et lui n’en reçoit pas de
châtiment plus grand que celui qu’il mérite. Si pourtant il tient compte
de ce qu’on dit de lui et s’il fait pénitence, il en tire abondant
profit, tandis qu’il t’arrive ce que te dit l’Écriture: Il lui
adviendra selon ce qu’il a voulu faire à son frère (Cf. Lc 6, 31 et
38). La justice avec laquelle tu t’es hâté de lui donner son salaire ne
sera ni paresseuse ni lente à te rendre ton propre salaire.
10. Il arrive donc que
l’homicide qu’on reproche se retourne contre celui qui le souligne. De
même l’adultère dont on accuse par calomnie revient sur celui qui a
calomnié. L’idolâtrie du peuple d’Israël a été appelée un adultère
envers Dieu. La calomnie n’est-elle pas, elle aussi, un adultère, une
fornication de la vérité? Examine ces enseignements, et vois leur unité.
Parfois, Satan pousse l’homme au mal par un de ses membres et il le
bouleverse; d’autres fois, il met un mensonge dans la bouche des autres,
il les souille, les pousse à dire des calomnies et ceux qui les
entendent à y croire.
11. Vous avez entendu
qu’il a été dit: Œil pour œil; mais moi je vous dis: Ne résistez
nullement au méchant (Mt. 5, 38-39; Ex. 21, 24; Lv. 24, 20; Dt. 19,
21). Une fois terminés les temps prévus pour une première nourriture,
l’aliment solide a été prêché. Il y a d’abord eu les temps de châtiment,
parce qu’il convenait de dégager du mal le peuple d’Israël. Une fois
finie cette fonction de justice, la miséricorde a manifesté son rôle de
grâce. "Œil pour œil": c’est une œuvre de justice; A celui qui frappe
ta joue tends encore l’autre côté: c’est une œuvre de grâce. Les
deux œuvres répandaient leur parfum sans arrêt, jaillissant des deux
testaments. L’Ancien Testament tuait des animaux en expiation, car la
justice ne permettait pas qu’un homme meure à la place d’un autre; le
second Testament a été constitué par le sang d’un homme qui, par sa
grâce, s’est donné lui-même pour tous (He. 9, 11-14). L’un fut donc le
commencement et l’autre la fin. Or ce qui détient à la fois le
commencement et la fin est parfait. Pour celui à qui manque le sens de
la sagesse, le commencement et la fin sont séparés l’un de l’autre,
mais, pour celui qui réfléchit, ils ne font qu’un.
12. Aussi ce joue pour
joue a-t-il été transformé en perfection: A celui qui te frappe ta
joue, tends encore l’autre côté". Nous connaissions le premier Testament
dans sa racine comme une eau, mais si nous observons le précepte: "A
celui qui te frappe ta joue…", c’est comme si nous buvions du vin. Ainsi
donc, dispensés de la pauvreté des autres hommes, nous sommes chaque
jour en quête d’un gain nouveau. Ne pensons pas que nous fassions
quelque chose, mais pensons que tout est fait pour nous, parce que c’est
pour notre propre avantage que nous avons reçu le précepte d’aime nos
ennemis, et non pour le leur.
13. Notre-Seigneur est venu
dans le monde comme un enfant innocent, et il n’a infligé aucun de ces
maux dont les anciens avaient affligé le peuple; mais, après les avoir
séduits et attirés à lui par une guérison visible, il se mit à y mêler
des guérisons spirituelles, disant: Si tu crois (Mc 9, 23).
Et parce qu’il était plus parfait que tous les docteurs, ce qui avait
crû lentement à travers ses prédécesseurs, devint avec lui un fruit mûr
plein de saveur. Il fut lui-même frappé à la joue, indiquant ainsi, en
même temps que le précepte sa réalisation; il enseigna: "A celui qui
frappe ta joue, tends encore l’autre côté".
14. Moïse fit sortire le
peuple du degré de la circoncision; il l’éleva et l’installa sur le
degré de la justice. Il dit: Ne frappe pas ton prochain injustement;
si cependant il te frappe, exige ta vengeance, mais justement (Ex.
21, 12-14; Lv. 24, 17-19). Notre-Seigneur, lui, fit sortir les hommes du
degré de la justice; il les éleva et les installa sur le degré de la
grâce, afin que tu ne cherches pas à te venger de "celui qui a frappé ta
joue", mais "tends-lui encore l’autre côté". Si donc quelqu’un veut
frapper en vertu de la justice de Moïse, il perd le profit de cette
justice qui lui a appris: Ne frappe pas injustement L’Israélite,
en tirant vengeance, n’était pas coupable, il ne commettait pas
d’injustice, parce que la vengeance était alors en usage. Celui qui,
(obéissant à ce précepte) du Seigneur, a joute à la remise de la somme
qu’on lui doit celle de son intérêt, perdra-t-il (au cas où son don ne
serait pas accepté, le mérite de l’avoir offert) ce qu’on ne lui
demandait pas?> Parce qu’il a pardonné, il sera récompensé pour avoir
subi le premier soufflet, bien que ce fût par contrainte, et on lui
ajoutera une récompense pour le second, bien qu’il ne lui ait pas été
infligé, parce qu’il s’est offert à lui.
15. Comme Moïse,
Notre-Seigneur a délivré de l’injustice, mais il a fait bien plus que
Moïse. Celui qui se venge perd beaucoup. Notre-Seigneur n’a donc pas
voulu que ceux qui sont dépouillés recherchent un gain en cachette.
Mais, par sa patience, il leur a enseigné toute la gloire que gagne la
patience. Nombreux furent ses vengeurs, parce qu’il ne s’était pas vengé
lui-même. Bien plus, quand il fut cloué en croix, les astres, par leur
éclipse, réclamèrent pour lui et le vengèrent (Lc 23, 44). La qualité
des récompenses annoncées fait le lien de propositions qui semblent se
contredire l’une l’autre. Il y a un grand gain pour celui qui ne frappe
pas son prochain injustement, une grande utilité pour celui qui ne
cherche pas à se venger justement de son bourreau, une grande victoire
pour celui qui, par grâce, renonce à rendre "gifle pour gifle". Il n’a
pas agi injustement, il n’est donc pas coupable; il n’a pas recherché sa
vengeance, c’est pourquoi il a été récompensé; il a donné plus qu’il
n’était exigé, il sera donc couronné.
16. Mais toi, quand tu
jeûnes, lave ta face et oins ta tête (Mt. 6, 17), tout d’abord pour
que tu ne te fasses pas remarquer par les hommes, et que ton jeûne ne se
fasse pas en vue d’une gloire humaine; secondement le Seigneur nous
apprend à chercher à plaire, par un jeûne caché, à celui qui récompense
l’œuvre cachée: Afin que tu n’apparaisses pas aux hommes comme
jeûnant (Mt. 6, 18), de peur que la louange de ceux qui surprendront
le jeûne ne prive le jeûneur de la récompense du jeûne: Ton Père, qui
voit ce qui est caché, te récompensera en public (Mt. 6, 18). En
disant: "Lave ta figure et oins ta tête", la parole de Dieu t’invite au
mystère. Car celui qui oint sa tête est parfumé par la science de Dieu,
et l’esprit de celui qui lave son visage est purifié de la souillure.
Entends donc ce commandement des membres intérieurs; "lave ta face" de
ton esprit de la souillure des injustices, "et oins ta tête" de la
sainteté, pour devenir participant du Christ.
17. Si la lumière qui
est en toi, est ténèbre (Mt. 6, 18); c’est-à-dire si tu pèches par
les aumônes, qui sont pourtant des œuvres de lumière qui justifient, tu
pécheras d’autant plus par les fautes qui obscurcissent. L’adultère et
le blasphème n’ont qu’un aspect, parce qu’ils provoquent à la
transgression; mais les aumônes ont deux aspects; si on les donne à
cause de la gloire humaine, elles provoquent à la transgression, mais si
la main qui donne est tendue vers l’indigent par charité, la pensée du
donateur est également tendue vers Dieu qui récompense. C’est ce que dit
le Seigneur: Là où sont vos trésors, là aussi seront vos cœurs
(Mt. 6, 21; Lc 12, 34).
18. Ne jugez pas
injustement, afin de ne pas être condamnés (Mt. 7, 1; Lc 6, 37)
pour injustice. Remettez et il vous sera remis (Lc 6, 37), afin
que, lorsqu’un homme juge selon la justice, il remette par grâce, en
sorte que, lorsqu’il est lui-même jugé selon la justice, il soit digne
de la grâce du pardon. Ou bien c’est à cause des juges qui cherchent à
se venger eux-mêmes qu’il a dit: Ne punissez pas (Lc 6, 37),
c’est-à-dire ne recherchez pas la vengeance pour vous-mêmes, ou ne jugez
pas d’après des apparences et des opinions pour punir aussitôt, mais
faites d’abord des reproches et donnez des avertissements.
19. A celui qui aura, on
donnera et à celui qu’ on n’aura pas, ce qu’il espérait devenir sien,
cela même on le lui prendra (Lc 8, 18). Selon ce qu’il dit ailleurs: Que
celui qui a des oreilles pour entendre, entende (Mt. 11, 15); à ceux qui
avaient les oreilles de l’esprit dans les oreilles du corps pour
entendre ses paroles spirituelles, Notre-Seigneur donnait la doctrine de
son enseignement à profusion, plus abondamment qu’auparavant. Mais à
ceux qui pensaient qu’ils recevraient, il a pris même ce qu’ils avaient,
puisqu’il dit: Ils verront clairement et pourtant ne verront pas. (Mc 4,
12). A celui qui aura on donnera, et à celui qui n’aura pas, cela même
qu’il a on le lui prendra. Celui qui n’est pas digne de ce qu’il a,
comment peut-il espérer recevoir ce qu’il n’a pas? Mais à l’homme qui
est digne de ce qu’il a, on ajoutera ce qu’il n’a pas. Si cependant il
n’est pas digne, "même ce qu’il aura, on le lui prendra" (Mt. 13, 12).
La grâce est donnée à l’homme dans la mesure où il peut la recevoir, en
sorte qu’elle est déposée en celui qui l’accepte avec la promesse d’une
grâce semblable: A celui qui a, on ajoutera (Mt. 13, 12; 25, 29; Mc 4,
25), pour que lui-même s’enrichisse intérieurement de cette grâce.
20. Ici-bas, aucune
augmentation de grâce ne se produit sans un premier don adapté à nos
possibilités. L’esprit de sagesse n’est pas donné à un homme qui a de
vaines pensées, de peur que cette lumière soit trop forte pour lui. Mais
l’Esprit-Saint, révélateur des mystères, est donné à celui qui est
capable d’accueillire les mystères, pour que fleurisse en lui la sagesse
qui épanouit et que soit à sa portée la parole qui réjouit. Nous avons
emprunté; soyons gens qui restituent. Si nous reconnaissons notre dette
devant celui qui nous a prêté, il ajoutera à ce que nous avons déjà
reçu; si nous refusons de la reconnaître, ne doutons pas qu’il reprendra
ce que nous avions reçu. Tout ce que nous avons reçu, bien que cela nous
appartienne, il le reprendra, si nous refusons de reconnaître notre
dette; mais si nous remercions et si nous croyons, ce qui est auprès de
lui, est aussi à nous: "A celui qui a, on donnera". A la justice de la
loi, en Paul, a été ajoutée la foi du vivificateur. Mais à celui qui n’a
pas même la justice pour accomplir ce qui est la loi, "même ce qu’il
aura, on le lui prendra". Car la voie de la loi va jusqu’à Jean-Baptiste
(Mt. 11, 13). Celui qui estimerait légitimement que ses péchés lui sont
remis, ne devrait pas se contenter de cette rémission.
21. Ne donnez pas les
choses saintes aux chiens (Mt. 7, 6). Celui qui n’annonce pas la
bonne nouvelle de Notre-Seigneur pèche parce qu’il n’observe pas le
commandement, et de même celui qui donne "les choses saintes aux
chiens". Même si les chiens ne dévorent pas les choses saintes, et si
les porcs n’ont pas besoin de perles, celui qui agit ainsi
ressemble à celui qui cache l’argent de son maître (Mt. 25, 18),
et il a le même sort. Celui-ci n’a pas fait augmenter, et celui-là n’a
pas conservé.
22.
Le centurion vint avec les anciens du peuple et il demandait au Seigneur
de ne pas dédaigner de venir et de sauver son serviteur. Et comme le
Seigneur avait accepté d’aller avec lui (Cf. Lc 7, 3-6; Mt. 8, 5-7),
il lui dit: Seigneur, ne te dérange pas, mais dis une parole, et il sera
guéri (Lc 7, 6-7). Et quand le Seigneur eut entendu cela, il fut
dans l’admiration (Lc 7, 9). Dieu a admiré un homme. Et il dit:
Jamais, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi (Mt.
8, 10), afin de confondre les Israélites qui n’avaient pas cru en lui
comme cet étranger. Le centurion avait pris avec lui des Israélites et
les avait amenés pour lui servir d’avocats, mais ils furent repris,
parce qu’ils n’avaient pas la foi de ce centurion. C’est pourquoi:
Ils iront dans les ténèbres extérieures (Cf. Mt. 8, 12).
23. Le fils de la vierge
vint au-devant du fils de la veuve; il devint comme une éponge des
larmes de celle-ci, et la vie pour son fils défunt. La mort retourna
dans sa caverne et elle tourna le dos à celui qui triomphait d’elle (Cf.
Lc 7, 11-15).
24. Les renards ont
leurs tanières, mais le fils de l’homme n’a pas de place où reposer sa
tête (Mt. 8, 20); il n’y avait ni repos pour sa tête, ni habitation
pour sa divinité: Qui regarderai-je, et en qui habiterai-je, sinon en
ceux qui sont doux de cœur? (Is. 66, 2) (Peut-être celui qui reçut cette
réponse), voyant des morts ressusciter et des aveugles ouvrir les yeux,
pensa-t-il en lui-même que celui qui pouvait réaliser de telles œuvres
avait beaucoup d’argent; aussi dit-il: Moi aussi, je viendrai à ta suite
(Mt. 8, 19). C’est pourquoi il reçut comme réponse: "Les renards ont
leurs tanières", mais le Seigneur ne possède pas ce qu’ont les renards,
c’est-à-dire une habitation.
25. Celui qui dormait s’est
levé et il a apaisé la mer, pour que l’agitation de la mer subitement
apaisée manifestât la puissance de sa divinité, qui ne dort jamais:
Il apostropha le vent et celui-ci cessa (Lc 8, 24). Qu’est-ce que
cette puissance? Et quelle est cette clémence de Jésus? Voici qu’il se
soumet la mer par force; par ce qui était en-dehors de lui-même, la
tempête de la mer et les démons qu’il réduisit au silence,
Notre-Seigneur a manifesté qu’il était le fils du Créateur.
26. Les Géraséniens avaient
décidé de ne pas sortir et de ne pas aller voir le signe de
Notre-Seigneur. C’est pourquoi il étouffa leur troupeau de porcs, afin
qu’ils sortissent contre leur gré. La Légion qui s’assagit, est l’image
du monde dont la fureur s’est assagie et apaisée, grâce au vivificateur
de tous. Si les démons n’ont pas pu entrer dans les porcs jusqu’à ce
qu’ils en aient reçu la permission, combien plus seront-ils privés du
pouvoir d’enter dans l’image de Dieu! Puissent les infidèles comprendre
que le Seigneur a le pouvoir de chasser le démon d’un seul homme et de
lui donner la permission d’entrer dans les autres, et puissent-ils
craindre! Qui, en effet, préserve secrètement les hommes des démons,
sinon celui qui a donné aux démons la permission d’entrer dans des
porcs, et non dans des hommes? Celui de qui ils ont dit: C’est par
Béelzébul qu’il chasse les démons (Lc 11, 15), a combattu contre
Satan sur la montagne, et ici contre Légion, son chef (Cf. Mc 5, 9).
Et lorsqu’ils furent entrés dans les porcs, au même moment, ils les
étouffèrent (Mc 5, 13), afin qu’apparût la bonté du Seigneur qui
protégeait cet homme. Et les démons se mirent à le prier de ne pas
les chasser de cet endroit, et de ne pas les envoyer prématurément dans
la géhenne (Mc 5, 10; Lc 8, 31). Celui qui dit: Allez au feu
éternel qui a été gardé pour Satan et ses anges (Mt. 25, 41),
comment chassait-il Béelzébul et lui promettait-il la géhenne? Pourtant,
cette parole atteste qu’il en fut bien ainsi: "De ne pas les envoyer
prématurément dans la géhenne" (Lc 8, 31).
Les Géraséniens chassèrent
de leur ville celui qui pouvait chasser les démons de leur terre. Et
parce que les habitants de cette terre avaient craint qu’il ne donnât
aux démons l’ordre d’entrer en eux, il renvoya l’homme en disant: Va
et proclame (Lc 8, 38-39; Mc 5, 19) que des maux leur arriveront,
parce que les démons rejetés de partout, entreront bientôt en eux. Ils
n’avaient pas laissé entrer chez eux le médecin qui chasse les démons;
aussi accrurent-ils encore leurs douleurs. Si donc le Seigneur de toute
bonté était le fils d’un dieu étranger, comment a-t-il étouffé des
porcs, réputés œuvre impure du créateur, comment a-t-il accompli la
volonté même des démons et imposé une perte au propriétaire du troupeau,
et comment les démons ont-il reconnu leur bourreau?
Celui qui dormait s’est
levé et il a apaisé la mer, pour que l’agitation de la mer subitement
apaisée manifestât la puissance de sa divinité, qui ne dort jamais:
Il apostropha le vent et celui-ci cessa (Lc 8, 24). Qu’est-ce que
cette puissance? Et quelle est cette clémence de Jésus? Voici qu’il se
soumet la mer par force; par ce qui était en-dehors de lui-même, la
tempête de la mer et les démons qu’il réduisit au silence,
Notre-Seigneur a manifesté qu’il était le fils du Créateur.
1. Louange à toi, fils
d’une substance cachée, parce que, par les plaies cachées et les
tourments d’une femme affligée d’un flux de sang, ta guérison cachée
était annoncée, et les gens voyaient la divinité invisible à travers une
femme visible. Tandis que le Fils guérissait, sa divinité apparaissait
et la guérison de la femme atteinte d’un flux de sang manifestait sa
foi. Elle faisait de lui l’objet de sa prédication, mais elle était
elle-même prêchée avec lui; vérité et hérauts de la vérité étaient
ensemble proclamés. De même que cette femme était témoin de sa divinité,
il était, lui, témoin de sa foi.
2. La femme lui a donné sa
foi en gage et, en récompense, il lui a donné la santé. La foi de la
femme ayant été publique, sa guérison fut prêchée ouvertement. Parce que
la puissance du Fils avait brillé et qu’elle l’avait magnifié, les
médecins et leurs remèdes furent confondus. Il apparut combien la foi
dépassait l’art, et la puissance cachée les remèdes visibles. Avant que
ne soient exposées les pensées de la femme, Notre-Seigneur les a
connues, alors qu’on croyait qu’il ne connaissait même pas cette
personne. Elle avait interrogé les disciples, qui cherchaient un
prétexte pour la mépriser. Mais le Seigneur ne permit pas à ses
disciples de la mépriser. Il semblait ne pas savoir, puisqu’il demanda
qui l’avait touché (Lc 8, 45); il était pourtant conscient des choses
secrètes, lui qui ne l’a guérie qu’à cause de sa foi en lui. Il a vu
d’abord la foi cachée de la femme; ensuite il lui a accordé une guérison
manifeste. S’il voyait une foi invisible, combien plus une humanité
visible.
3. Bien que, pour raison
d’utilité, Notre-Seigneur se fut présenté comme non informé des choses
évidentes, cependant, par cette attitude même, il démontra sa prescience
qui lui faisait connaître les choses secrètes. Comment? Mais par la
parole de Pierre: Les foules ’entourent de tous côtés et te pressent,
et tu dis: Qui m’a touché? (Lc 8, 45; Mc 5, 31) Simon indiquait à
Notre-Seigneur que toute la foule le touchait, et Notre-Seigneur indiqua
à Simon qu’une seule parmi tous l’avait touché. Tous le touchaient à
cause de la bousculade des foules: une seule, cependant, pressée de
douleurs, l’avait réellement touché. Simon avait voulu indiquer à
Notre-Seigneur combien les gens le touchaient, mais Notre-Seigneur
montra à Simon la foi qui l’avait touché.
4. Beaucoup le touchaient;
remarque pourtant qu’il fut nécessaire de rechercher parmi beaucoup la
seule qui l’avait réellement touché. Si donc tous le touchaient, et si
parmi tous on en rechercha une, il est clair qu’il connaissait tous ceux
qui le pressaient, puisque pas même une seule femme n’a pu lui être
cachée. Et comme tous indistinctement s’approchaient de lui et le
touchaient, et que du regard il en recherchait une seule parmi tous, il
est clair qu’il les connaissait tous comme celle-ci, puisqu’il avait pu
distinguer celle que rien ne distinguait des autres. Beaucoup le
touchaient à ce moment, mais comme un homme; on chercha celle qui
l’avait touché comme Dieu, pour dénoncer et réprimander ceux qui ne le
touchaient que comme homme. Il sépara de tous une seule femme qui
l’avait touché avec tous, afin d’enseigner à tous, par un seul mot,
qu’il savait pourquoi et comment chacun le touchait.
5. Celui donc qui
s’approchait de lui corporellement éprouvait un contact corporel, et
celui qui s’approchait spirituellement touchait, à travers l’humanité
palpable, la divinité impalpable. Celui qui s’approchait de lui comme
d’un homme, entrait en contact avec son humanité, et celui qui
s’approchait de lui comme de Dieu, trouvait des trésors de guérison pour
ses douleurs.
6. Si, guérie de tout
tourment, la femme s’était secrètement retirée, outre que ce miracle
serait resté caché à beaucoup, elle serait, bien que guérie de corps,
restée spirituellement malade. Parce que le Seigneur l’avait guérie,
elle croyait qu’il était juste; cependant, ne le connaissant pas
parfaitement, elle aurait douté qu’il fût Dieu. En effet, il y en avait
qui, s’approchant des justes, étaient guéris, mais ils le faisaient de
telle manière que les justes ne savaient pas qui, parmi ceux qui les
approchaient, avaient été guéri. Pour que l’esprit de celle qui avait
été guérie de corps ne soit pas malade, le Seigneur prit également soin
de le guérir; même dans les guérisons du corps, il visait à la guérison
de l’esprit. C’est pourquoi il dit: Qui a touché mes vêtements?
(Mc 5, 30). Le Seigneur manifesta qu’une créature humaine l’avait
touché, mais il ne voulut pas manifester laquelle l’avait touché. Non
pas qu’il ait voulu tromper, lui qui, par cette parole, cherchait à
empêcher la fraude. Il n’a pas non plus agi ainsi pour éviter de
confesser la vérité, mais pour que les hommes confessent la vérité.
7. Pourquoi donc le
Seigneur n’a-t-il pas manifesté qui l’avait touché? Il convenait que
celle qui avait été guérie servît de témoin au médecin; celle qui avait
été guérie publiquement devait rendre témoignage à la puissance qui
l’avait guérie dans le secret. Le Seigneur, vivant au milieu de ses
ennemis, ne s’est pas hâté de se rendre témoignage à lui-même; il a
attendu que son œuvre devînt son héraut (Cf. Jn 5, 31.36; 10, 25.38).
Par sa patience, il encourageait ses amis et dénonçait ses ennemis. Et
comme, dans sa longanimité, il avait amené la femme malade au milieu des
foules, ses amis et ses ennemis la virent; ils reconnurent que c’était
elle qui avait importuné tous les médecins et que tous les médecins
avaient importunée (Cf. Mc 5, 26; Lc 8, 43). Une puissance fut envoyée,
qui sortit de lui; elle toucha le sein impur sans en avoir horreur. De
la même manière, la divinité n’eut pas horreur d’habiter dans un sein
sacré. Car, soit selon la loi, soit en dehors d’elle, la vierge était
plus sainte que celle que l’abondance de son sang rendait abominable.
Les ennemis du Christ reçurent un blâme sévère pour avoir mal agi envers
celui à qui avait obéi un flux de sang véhément, inhérent à la nature;
car leur libre volonté lui avait désobéi.
8. Ses amis étaient donc
fortifiés par sa nature humaine et ses ennemis recevaient de sa divinité
un reproche sévère. Ses amis apprirent que, comme sa puissance avait
touché le sein torturé par la douleur pour l’utilité de celui-ci, ainsi
sa divinité, prenant demeure dans l’humanité, lui avait été unie pour
l’utilité de celle-ci, ainsi sa divinité, prenant demeure dans
l’humanité, lui avait été unie pour l’utilité de celle-ci. Mais ses
ennemis se choisissaient déjà une prière d’achoppement (Cf. Is.
8, 14; 1 Pi 2, 8). Ils disaient: Il ne connaît pas la loi, car une femme
impure selon la loi l’a touché et il n’en a pas eu horreur. A ceux qui
s’étaient voilé les yeux de leurs propres mains, il n’apparaissait pas
comment cette puissance par laquelle des choses impures sont purifiées,
n’était-elle pas elle-même souillée par leur souillure. En effet, si la
puissance du feu purifie des choses souillées sans être elle-même
souillée, combien plus la puissance de la divinité du Seigneur
purifie-t-elle sans devenir elle-même impure? Car le feu n’a pas besoin
de purification; bien plus, rien ne peut le souiller. Et s’il y a une
distance entre les choses pures et impures, un souffle de vent et un
coup de soleil les mélangent en les touchant, pour qu’il soit clair que
seul est impur ce qui souille la vie de la liberté.
9. Pourquoi Notre-Seigneur
a-t-il dit: Qui m’a touché? (Lc 8, 45) C’était afin que celle qui
avait perçu sa guérison sût que le Seigneur connaissait sa foi. Par sa
santé retrouvée, elle sut qu’il était médecin de tous, et par sa
question elle reconnut qu’il était celui qui scrute tout: Mais comme
elle avait vu que cela même ne lui était pas caché (Lc 8, 47), elle
pensait en elle-même qu’ il était impossible que rien ne lui fût caché.
Aussi Notre-Seigneur lui montra-t-il que rien ne lui était caché, afin
qu’elle ne le quittât pas déçue. Elle avait appris que le Seigneur
guérissait les plaies visibles; elle apprit en outre qu’il était
conscient des choses cachées. Elle crut que celui qui guérissait les
plaies du corps et scrutait les secrets de la pensée, était aussi le
maître du corps et de la pensée. En tant que maître du corps,
Notre-Seigneur avait dompté le corps et ses passions; comme juge de la
pensée, il avait éclairé l’intelligence et ses réflexions. La femme
craignit désormais de transgresser son commandement par la moindre
action, parce qu’elle eut conscience d’être vue par celui qui l’avait
aperçue quand, par derrière, elle s’était approchée de la frange de son
manteau (Mt. 9, 20). Elle craignit de transgresser et de pécher jusque
dans ses pensées, car elle sut que rien n’était caché à celui qui
lui-même avait témoigné, que "cela même ne lui était pas caché".
10. Si la femme, une fois
guérie, s’était retirée en secret, Notre-Seigneur l’aurait privée de la
couronne d’une vertu héroïque. Or il convenait de couronner publiquement
la foi qui avait brillé dans ce combat caché. C’est pourquoi il orna sa
tête d’un couronne spirituelle en lui disant: Va en paix (Mc 5,
34); la paix était la couronne de sa victoire. Mais pour manifester qui
était le maître de cette couronne, en disant ici: "Va en paix",
Notre-Seigneur ajouta: "Ta foi t’a sauvée" (Mt. 9, 22), pour qu’on vît
que la paix donnée par la bouche du Christ était une couronne pour la
foi de cette femme: Ta foi t’a sauvée. Il est clair que c’est sa
foi qui a été couronnée, puisque c’est la foi qui l’avait rendue à la
vie. C’est pourquoi il s’exclama: Qui a touché mes vêtements?
indiquant ainsi à tous celle qui avait touché plus que tous. De même
qu’elle avait choisi de l’honorer plus que tous, d’abord en s’approchant
de lui par derrière, puis en touchant la frange de son vêtement, ainsi
convenait-il qu’elle fût plus honorée que tous.
11. Je sais que
quelqu’un m’a touché (Cf. Lc 8, 46). Pourquoi n’a-t-il pas amené de
force au milieu de tous celle qui l’avait touché? Parce qu’il a voulu
enseigner l’audace de la foi, afin qu’elle apprenne à voler dans le
secret et à se glorifier de son vol; en effet, le Seigneur, mis en
présence de la foi, lui avait enseigné à voler. En louant la foi après
son vol, il la préparait à se glorifier de son vol. La foi a volé et
elle a été magnifiée; elle avait pris par fraude et elle fut louée. Par
là Notre-Seigneur montrait combien s’appauvrit une foi dégradée et qui
n’a pas volé, et quelle confusion elle se prépare en n’enlevant pas de
force. Rachel fut louée pour son vol d’idoles, et couronnée pour son
adhésion à la vérité (Cf. Gn. 31, 19-35). Michel, à son tour, par vérité
( Cf. I Sam. 19, 11-17), cacha David, et à cause de sa fraude, elle fut
invitée à partager la récompense du règne. Chose merveilleuse à
entendre; alors que tous les vols conduisent les voleurs à l’opprobre,
le vol de la foi a provoqué la louange devant les hommes.
12. Qui m’a touché?
Le maître du trésor cherchait le voleur de son trésor pour dénoncer et
confondre ceux qui n’avaient pas voulu voler ses trésors, alors qu’ils
étaient offerts et abandonnés à tous les hommes. Ceux qui étaient
timides dans leur foi étaient tourmentés par la pauvreté; mais ceux dont
la foi était diligente accouraient et cherchaient, le visage épanoui, et
ils se hâtaient de voler en secret. Qui m’a touché? Une vertu
puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46). Celui qui a su qu’une
force était sortie de lui, ignorait-il par hasard sur qui cette
puissance s’était posée? Ou bien la puissance lui aurait-elle été
arrachée par force et la guérison volée contre son gré? Les racines
donnent, sans le savoir, des remèdes utiles; Notre-Seigneur a voulu
montrer à celle qui recevait la santé qu’il était conscient de ce qu’il
donnait; il montra en même temps qu’il n’est pas comme un médicament
qui, de par sa nature, guérit tous ceux qui le reçoivent, mais qu’il
guérit sciemment et volontairement tous ceux qui l’aiment.
13. Cette puissance sortit
de la glorieuse divinité et elle guérit le sein souillé, impur selon la
loi, pour manifester que la divinité n’a pas horreur de ceux qui vivent
dans la foi. La foi est un arbre sur lequel reposent les dons divins. Si
à l’impureté qui vient de la loi s’ajoute la foi de la volonté, bien que
l’impureté sépare et souille, la foi sanctifie et unit, la volonté
réunit et harmonise. La loi commandait la séparation des choses impures:
Élie les a sanctifiées par sa foi, non en ennemi de la loi, mais comme
assujetti à la loi. Élie ne faisait pas de reproches à la loi, qui
interdisait d’utiliser des aliments impurs. Élie n’était pas
l’adversaire de la loi, ni celle-ci du législateur. Mais Élie reconnut
la faiblesse de la loi; aussi ne voulut-il pas se comporter en infirme
avec elle. La loi connaissait la disposition du législateur et c’est
pourquoi elle liait et déliait selon sa volonté. Bien qu’ Élie eût reçu
sa nourriture de corbeaux impurs (Cf. I R. 17, 4-6), il observait
constamment tout ce qu’il recevait de la bouche de Dieu. Au contraire,
les père des Israélites, bien qu’ils eussent reçu à boire au désert de
la bouche pure du rocher (Cf. Nb. 20, 7-11), ne voulaient pas observer
ce qu’ils avaient reçu de la bouche de Dieu. Bien qu’Élie ait été nourri
par des corbeaux impurs, il était saintement nourri d’une nourriture
spirituelle par la sainte divinité; mais les père des Israélites, bien
que nourrissant leurs corps de la nourriture des anges (Cf. Ps. 78, 25;
105, 4-; Sg. 16, 20), nourrissant leur esprit de l’adoration du veau
(Cf. Ex. 32, 1-35).
14. Quand Élie dit: Je
suis resté seul prophète du Seigneur (I R. 18, 22), il ne veut pas
dire du mal des justes et affirmer que nulle part on n’en trouve. Mais,
dénonçant les pécheurs, il reprocha à ceux-ci d’avoir fait disparaître
ceux-là. (Il ne voulait pas être trouvé seul juste, et, de fait, pendant
trois ans on ne le trouva pas (Cf. I Rois 18, 10), parce qu’il avait
découvert qu’ils n’étaient pas dignes de la visite de Dieu. De même que
la gourmande voracité des prophètes de Baal exultait et se réjouissait
de la multitude des convives à la table de Jézabel (Cf. I R. 18, 19),
ainsi la persécution des vrais prophètes excitait la jalousie de ceux
qui voulaient soumettre avec eux leur cou au glaive.
15. L’exposé précédent
semblerait exiger action de grâces et silence. Pourtant ces paroles en
appellent d’autres, fort semblables.
Qui m’a touché?
Je sais qu’une vertu puissante est sortie de moi (Lc 8, 45-46).
L’évangéliste écrit: Une vertu puissante sortait de lui et les
guérissait tous (Lc 6, 19). En une seule occasion, Notre-Seigneur a
avoué qu’une puissance était sortie de lui. Pourquoi a-t-il dit cela en
une seule occasion, alors que c’est certes plus souvent qu’un don
insigne a jailli de lui, guérissant l’impureté manifeste? Notre-Seigneur
savait qu’il était sorti du sein d’une femme, et il connaissait ceux qui
ne croyaient pas en cette sortie. C’est pourquoi il envoya sa puissance
dans un sein souillé, afin de les amener, par ce sein souillé, à croire
à sa sortie d’un sein pur.
16. "Qui m’a touché? Car
une vertu puissante est sortie de moi". En aucune autre occasion, il
n’est rapporté de notre médecin une semblable parole, parce qu’un aucune
autre occasion il n’a rencontré un tel mal. Alors que ce mal avait été
présenté à beaucoup de médecins, ayant vu ce mal et l’ayant mal soigné,
il ne s’en trouva qu’un pour mettre terme à leur maladresse. L’art de
guérir s’occupa de ces maux honteux, mais il y ajouta douleur sur
douleur. Plus il venait de médecins, est-il dit, plus la maladie
empirait (Cf. Mc 5, 26). La frange du manteau du Maître rencontra ces
douleurs, et elle les déracina: Et elle sut en elle-même qu’elle
était guérie de ses tourments (Mc 5, 29).
17. Alors que l’art pourvu
de toute sagesse humaine s’était tu et retiré, la divinité fut annoncée,
cachée sous des vêtements; elle avait revêtu la chair et elle était
descendue vers les hommes pour leur enlever leurs misères et, par des
signes, se manifester à la foi. Ne regarde pas seulement l’humanité du
Christ. Il a montré son humanité pour que les êtres d’en haut croient
qu’il est d’en bas, et il a montré sa divinité pour que les êtres d’en
bas le croient d’en haut. Il a assumé la chair des hommes pour que les
hommes puissent accéder à sa divinité, et il a montré sa divinité pour
que son humanité ne soit pas piétinée.
18. Les mains de la femme
pécheresse étaient étendues sur les pieds de Notre-Seigneur, pour
recevoir de sa divinité les dons de la grâce (Cf. Lc 7, 36-50).
Notre-Seigneur montra donc son humanité pour que la femme pécheresse pût
accéder à lui, et il montra sa divinité qui dénonçait les pharisiens. La
femme pécheresse put, dès lors, se moquer de l’ignominie des pensées
dévoilées de celui qui se moquait orgueilleusement de ses larmes. Elle
avait répandu par amour les larmes cachées dans ses yeux, et
Notre-Seigneur, à cause de son courage, manifesta les pensées cachées du
pharisien. La femme pécheresse considérait le Christ comme un Dieu; sa
foi en témoignait. Mais Simon le considérait comme un homme; sa pensée,
(dévoilée par Notre-Seigneur, le) manifestait. Notre-Seigneur se tenait
entre eux deux; il prononça une parabole valable pour tous deux, afin
d’encourager la femme pécheresse et, par l’explication de cette
parabole, de dénoncer et blâmer le pharisien. Mais maintenant que nous
sommes tombés comme Salomon au milieu des femmes, nous n’avons pourtant
pas été blessés par elles comme Salomon. Les filles des païens, par
leurs appâts, ont amené Salomon du culte de Dieu à celui de leurs idoles
(Cf. I R. 11, 1-40). Mais, dans le passage commenté, nous mettons la foi
des filles des païens au-dessus du courage des femmes des Hébreux.
Celles-ci, par la santé de leur corps, rendirent malade la foi saine de
Salomon, mais celles-là, par leur guérison, rendent à la santé notre foi
malade. Qui ne serait guéri par la foi de ces dernières?
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