

TABLE
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Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et
mépriser toutes les vanités du monde
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Avoir d'humbles sentiments de soi-même
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De la doctrine de la vérité
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De la prévoyance dans
les actions
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De la lecture de l'Ecriture sainte
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Des affections déréglées
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Qu'il faut fuir l'orgueil et les
vaines espérances
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Éviter la trop grande familiarité
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De l'obéissance et du renoncement à
son propre sens
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Qu'il faut éviter les entretiens
inutiles
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Des moyens d'acquérir la paix
intérieure, et du soin d'avancer dans la vertu
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De l'avantage de l'adversité
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De la résistance aux
tentations
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Éviter les jugements téméraires, et ne
se point rechercher soi-même
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Des oeuvres de charité
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Qu'il faut supporter les défauts
d'autrui
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De la vie religieuse
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De l'exemple des saints
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Des exercices d'un bon religieux
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De l'amour de la solitude et du
silence
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De la componction du coeur
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De la
considération de la misère humaine
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De la méditation de la mort
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Du jugement et des peines des pécheurs
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Qu'il faut travailler avec ferveur à
l'amendement de sa vie
|
Avis utiles
pour entrer dans la vie intérieure
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Celui qui me suit ne marche pas
dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de
Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et
sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout
aveuglement du coeur.
Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de
Jésus-Christ.
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La doctrine de Jésus-Christ surpasse
toute doctrine des Saints: et qui posséderait son esprit y
trouverait la manne cachée.
Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Évangile, n'en
sont que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de
Jésus-Christ.
Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de
Jésus-Christ ? Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la
sienne.
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Que vous sert de raisonner
profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humble, et que
par-là vous déplaisez à la Trinité ?
Certes, les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint,
mais une vie pure rend cher à Dieu.
J'aime mieux sentir la componction que d'en savoir la définition.
Quand vous sauriez toute la Bible par coeur et toutes les sentences
des philosophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la
charité ?
Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer
Dieu et le servir lui seul.
La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le
mépris du monde.
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Vanité donc, d'amasser des richesses
périssables et d'espérer en elles.
Vanité, d'aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu'il y a de plus
haut.
Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il
faudra bientôt être rigoureusement puni.
Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien
vivre.
Vanité, de ne penser qu'à la vie présente et de ne pas prévoir ce
qui la suivra.
Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter
vers la joie qui ne finit point.
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Rappelez-vous souvent cette parole du
Sage: L'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille
remplie de ce qu'elle entend.
Appliquez-vous donc à détacher votre coeur de l'amour des choses
visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles, car ceux
qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme et perdent la
grâce de Dieu.
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Tout homme désire naturellement de
savoir; mais la science sans la crainte de Dieu, que vaut-elle ?
Un humble paysan qui sert Dieu est certainement fort au-dessus du
philosophe superbe qui, se négligeant lui-même, considère le cours
des astres.
Celui qui se connaît bien se méprise, et ne se plait point aux
louanges des hommes.
Quand j'aurais toute la science du monde, si je n'ai pas la charité,
à quoi cela me servirait-il devant Dieu, qui me jugera sur mes
oeuvres ?
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Modérez le désir trop vif de savoir;
on ne trouvera là qu'une grande dissipation et une grande illusion.
Les savants sont bien aise de paraître et de passer pour habiles.
Il y a beaucoup de choses qu'il importe peu ou qu'il n'importe point
à l'âme de connaître; et celui-là est bien insensé qui s'occupe
d'autre chose que de ce qui intéresse son salut.
La multitude des paroles ne rassasie point l'âme; mais une vie
sainte rafraîchit l'esprit et une conscience pure donne une grande
confiance près de Dieu.
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Plus et mieux vous savez, plus vous
serez sévèrement jugé, si vous n'en vivez pas plus saintement.
Quelque art et quelque science que vous possédiez, n'en tirez donc
point de vanité; craignez plutôt à cause des lumières qui vous ont
été données.
Si vous croyez beaucoup savoir, et être perspicace, souvenez-vous
que c'est peu de chose près de ce que vous ignorez.
Ne vous élevez point en vous-même, avouez plutôt votre
ignorance. Comment pouvez-vous songer à vous préférer à quelqu'un,
tandis qu'il y en a tant de plus doctes que vous, et de plus
instruits en la loi de Dieu ?
Voulez-vous apprendre et savoir quelque chose qui vous serve ? Aimez
à vivre inconnu et à n'être compté pour rien.
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La science la plus haute et la plus
utile est la connaissance exacte et le mépris de soi-même.
Ne rien s'attribuer et penser favorablement des autres, c'est une
grande sagesse et une grande perfection.
Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même
une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui;
car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien.
Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n'est plus
fragile que vous.
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Heureux celui que la vérité instruit
elle-même, non par des figures et des paroles qui passent, mais en
se montrant telle qu'elle est.
Notre raison et nos sens voient peu, et nous trompent souvent.
A quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et
obscures, qu'au jugement de Dieu on ne vous reprochera point d'avoir
ignorées ?
C'est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire
pour s'appliquer au contraire curieusement à ce qui nuit. Nous avons
des yeux, et nous ne voyons point.
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Que nous importe ce qu'on dit sur les
genres et sur les espèces ?
Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions.
Tout vient de ce Verbe unique, de lui procède toute parole, il
en est le principe, et c'est lui qui parle en dedans de nous.
Sans lui nulle intelligence, sans lui nul jugement n'est droit.
Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette
unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son
coeur demeurera dans la paix de Dieu.
O Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un
amour éternel !
Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre; en
vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux.
Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient
dans le silence devant vous: parlez-moi vous seul.
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Plus un homme est recueilli en
lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s'étend
et s'élève sans aucun travail, parce qu'il reçoit d'en haut la
lumière de l'intelligence.
Une âme pure, simple, formée dans le bien, n'est jamais dissipée au
milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout
pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne
se rechercher en rien.
Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les
affections immortifiées de votre coeur ?
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L'homme bon et vraiment pieux dispose
d'abord au-dedans de lui tout ce qu'il doit faire au-dehors; il ne
se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d'une
inclination vicieuse, mais il les soumet à la règle d'une droite
raison.
Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se
vaincre ?
C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre
nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour
faire quelques progrès dans le bien.
Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection:
et nous ne voyons rien qu'à travers je ne sais quelle fumée.
L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller
à Dieu que les recherches profondes de la science.
Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple
connaissance d'aucune chose; car elle est bonne en soi, et dans
l'ordre de Dieu; seulement on doit préférer toujours une conscience
pure et une vie sainte.
Mais, parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien
vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de
fruit de leur travail.
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Oh ! s'ils avaient autant d'ardeur
pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que pour remuer
de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales
dans le peuple, ni tant de relâchement dans les monastères.
Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous
avons lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé,
mais si nous avons bien vécu.
Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous
avez connus lorsqu'ils vivaient encore, et lorsqu'ils florissaient
dans leur science ?
D'autres occupent à présent leur place, et je ne sais s'ils pensent
seulement à eux. Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque
chose, et maintenant on n'en parle plus.
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Oh ! que la gloire du monde passe vite
! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science ! Ils auraient
lu alors et étudié avec fruit.
Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et
par l'oubli du service de Dieu.
Et, parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles,
ils s'évanouissent dans leurs pensées.
Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.
Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et
pour qui la plus grande gloire n'est qu'un pur néant.
Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus-Christ,
regarde comme de l'ordure, du fumier toutes les choses de la terre.
Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et
renonce à la sienne.
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Il ne faut pas croire à toute parole,
ni obéir à tout mouvement intérieur, mais peser chaque chose selon
Dieu, avec prudence et avec une longue attention.
Hélas ! nous croyons et nous disons plus facilement des autres le
mal que le bien, tant nous sommes faibles.
Mais les parfaits n'ajoutent pas foi aisément à tout ce qu'ils
entendent, parce qu'ils connaissent l'infirmité de l'homme, enclin
au mal et léger dans ses paroles.
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C'est une grande sagesse que de ne
point agir avec précipitation, et de ne pas s'attacher obstinément à
son propre sens.
Il est encore de la sagesse de ne pas croire indistinctement tout ce
que les hommes disent, et ce qu'on a entendu et cru, de ne point
aller aussitôt le rapporter aux autres.
Prenez conseil d'un homme sage et de conscience; et laissez-vous
guider par un autre qui vaille mieux que vous, plutôt que de suivre
vos propres pensées.
Une bonne vie rend l'homme sage selon Dieu, et lui donne une grande
expérience.
Plus on sera humble et soumis à Dieu, plus on aura de sagesse et de
paix en toutes choses.
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Il faut chercher la vérité dans l'Ecriture
sainte et non l'éloquence.
Toute l'Ecriture doit être lue dans le même esprit qui l'a dictée.
Nous devons y chercher l'utilité plutôt que la délicatesse du
langage.
Nous devons lire aussi volontiers des livres simples et pieux que
les livres profonds et sublimes.
Ne vous prévenez point contre l'auteur; mais, sans vous inquiéter
s'il a peu ou beaucoup de science, que le pur amour de la vérité
vous porte à le lire.
Considérez ce qu'on vous dit, sans chercher qui le dit.
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Les hommes passent, mais la
vérité du Seigneur demeure éternellement.
Dieu nous parle en diverses manières, et par des personnes très
diverses.
Dans la lecture de l'Ecriture sainte, souvent notre curiosité nous
nuit, voulant examiner et comprendre lorsqu'il faudrait passer
simplement.
Si vous voulez en retirer du fruit, lisez avec humilité, avec
simplicité, avec foi, et ne cherchez jamais à passer pour habile.
Aimez à interroger; écoutez en silence les paroles des saints, et ne
méprisez point les sentences des vieillards, car elles ne sont pas
proférées en vain.
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Dès que l'homme commence à désirer
quelque chose désordonnément, aussitôt il devient inquiet en
lui-même.
Le superbe et l'avare n'ont jamais de repos, mais le pauvre et
l'humble d'esprit vivent dans l'abondance de la paix.
L'homme qui n'est pas encore parfaitement mort à lui-même est bien
vite tenté, et il succombe dans les plus petites choses.
Celui dont l'esprit est encore infirme, appesanti par la chair et
incliné vers les choses sensibles, a grand-peine à se détacher
entièrement des désirs terrestres.
C'est pourquoi, lorsqu'il se refuse à les satisfaire, souvent il
éprouve de la tristesse, et il est disposé à l'impatience quand on
lui résiste.
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Que, s'il a obtenu ce qu'il
convoitait, aussitôt le remords de la conscience pèse sur lui, parce
qu'il a suivi sa passion, qui ne sert de rien pour la paix qu'il
cherchait.
C'est en résistant aux passions, et non en leur cédant, qu'on trouve
la véritable paix du coeur.
Point de paix donc dans le coeur de l'homme charnel, de l'homme
livré aux choses extérieures: la paix est le partage de l'homme
fervent et spirituel.
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Insensé celui qui met son espérance
dans les hommes ou dans quelque créature que ce soit.
N'ayez point de honte de servir les autres, et de paraître pauvre en
ce monde pour l'amour de Jésus-Christ.
Ne vous appuyez point sur vous-même, et ne vous reposez que sur Dieu
seul.
Faites ce qui est en vous, et Dieu secondera votre bonne volonté.
Ne vous confiez point en votre science, ni dans l'habileté d'aucune
créature, mais plutôt dans la grâce de Dieu qui aide les humbles et
qui humilie les présomptueux.
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Ne vous glorifiez point dans les
richesses que vous pouvez avoir, ni dans la puissance de vos amis,
mais en Dieu, qui donne tout, et qui, par-dessus tout, désire encore
se donner lui-même.
Ne vous élevez point à cause de la force ou de la beauté de votre
corps, qu'une légère infirmité abat et flétrit.
N'ayez point de complaisance en vous-même à cause de votre esprit ou
de votre habileté, de peur de déplaire à Dieu, de qui vient tout ce
que vous avez reçu de bon de la nature.
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Ne vous estimez pas meilleur que les
autres; peut-être êtes-vous pire aux yeux de Dieu, qui sait ce qu'il
y a dans l'homme.
Ne vous enorgueillissez pas de vos bonnes oeuvres, car les jugements
de Dieu sont autres que ceux des hommes, et ce qui plaît aux hommes,
souvent lui déplaît.
S'il y a quelque bien en vous, croyez qu'il y en a plus dans les
autres, afin de conserver l'humilité.
Vous ne hasardez rien à vous mettre au-dessous de tous, mais il vous
serait très nuisible de vous préférer à un seul.
L'homme humble jouit d'une paix inaltérable, la colère et l'envie
troublent le coeur du superbe.
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N'ouvrez pas votre coeur à tous
indistinctement; mais confiez ce qui vous touche à l'homme
sage et craignant Dieu.
Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les personnes du monde.
Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant
les grands.
Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de
bonnes moeurs, et ne vous entretenez que de choses édifiantes.
N'ayez de familiarité avec aucune femme, mais recommandez à Dieu
toutes celles qui sont vertueuses.
Ne souhaitez d'être familier qu'avec Dieu et les anges, et évitez
d'être connu des hommes.
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Il faut avoir de la charité pour tout
le monde, mais la familiarité ne convient point.
Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa
bonne réputation, mais, en se montrant, elle détruit l'opinion qu'on
avait d'elle.
Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos
assiduités, et c'est plutôt alors que nous commençons à leur
déplaire par les défauts qu'ils découvrent en nous.
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C'est quelque chose de bien grand que
de vivre sous un supérieur, dans l'obéissance, et de ne pas dépendre
de soi-même.
Il est beaucoup plus sûr d'obéir que de commander.
Quelques-uns obéissent plutôt par nécessité que par amour, et
ceux-là, toujours souffrants, sont portés au murmure. Jamais ils ne
posséderont la liberté d'esprit, à moins qu'ils ne se soumettent de
tout leur coeur, à la cause de Dieu.
Allez où vous voudrez, vous ne trouverez de repos que dans une
humble soumission à la conduite d'un supérieur. Plusieurs
s'imaginant qu'ils seraient meilleurs en d'autres lieux, ont été
trompés par cette idée de changement.
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Il est vrai que chacun aime à suivre
son propre sens, et a plus d'inclination pour ceux qui pensent comme
lui.
Mais si Dieu est au milieu de nous, il est quelquefois nécessaire de
renoncer à notre sentiment pour le bien de la paix.
Quel est l'homme si éclairé qu'il sache tout parfaitement ?
Ne vous fiez donc pas trop à votre sentiment, mais écoutez aussi
volontiers celui des autres.
Si votre sentiment est bon, et qu'à cause de Dieu vous l'abandonniez
pour en suivre un autre, vous en retirerez plus d'avantage.
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J'ai souvent ouï dire qu'il est plus
sûr d'écouter et de recevoir un conseil que de le donner.
Car il peut arriver que le sentiment de chacun soit bon; mais ne
vouloir pas céder aux autres, lorsque l'occasion ou la raison le
demande, c'est la marque d'un esprit superbe et opiniâtre.
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Évitez autant que vous pourrez le
tumulte du monde, car il y a du danger à s'entretenir des choses du
siècle, même avec une intention pure.
Bientôt la vanité souille l'âme et la captive.
Je voudrais plus souvent m'être tu, et ne m'être point trouvé avec
les hommes.
D'où vient que nous aimions tant à parler et à converser lorsque si
rarement il arrive que nous rentrions dans le silence avec une
conscience qui ne soit point blessée ?
C'est que nous cherchons dans ces entretiens une consolation
mutuelle et un soulagement pour notre coeur fatigué de pensées
contradictoires.
Nous nous plaisons à parler, à occuper notre esprit de ce que nous
aimons, de ce que nous souhaitons, de ce qui contrarie nos désirs.
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Mais souvent, hélas ! bien vainement;
car cette consolation extérieure n'est pas un médiocre obstacle à la
consolation que Dieu donne intérieurement.
Il faut donc veiller et prier, afin que le temps ne se passe pas
sans fruit.
S'il est permis, s'il convient de parler, parlez de ce qui peut
édifier.
La mauvaise habitude et le peu de soin de notre avancement nous
empêchent d'observer notre langue.
Cependant de pieuses conférences sur les choses spirituelles, entre
des personnes unies selon Dieu et animées d'un même esprit, servent
beaucoup au progrès dans la perfection.
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Nous pourrions jouir d'une grande
paix, si nous voulions ne nous point occuper de ce que disent et de
ce que font les autres et de ce dont nous ne sommes point chargés.
Comment peut-il être longtemps en paix, celui qui s'embarrasse de
soins étrangers, qui cherche à se répandre au-dehors, et ne se
recueille que peu ou rarement en lui-même ?
Heureux les simples, parce qu'ils posséderont une grande paix !
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Comment quelques saints se sont-ils
élevés à un si haut degré de vertu et de contemplation ?
C'est qu'ils se sont efforcés de mourir à tous les désirs de la
terre, et qu'ils ont pu ainsi s'unir à Dieu par le fond le plus
intime de leur coeur, et s'occuper librement d'eux-mêmes.
Pour nous, nous sommes trop à nos passions, et trop inquiets de ce
qui se passe.
Rarement nous surmontons parfaitement un seul vice, nous n'avons
point d'ardeur pour faire chaque jour quelques progrès, et ainsi
nous restons tièdes et froids.
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Si nous étions tout a fait morts à
nous-mêmes et moins préoccupés au-dedans de nous, alors nous
pourrions aussi goûter les choses de Dieu et acquérir quelque
expérience de la céleste contemplation.
Le plus grand, l'unique obstacle, c'est qu'asservis à nos passions
et à nos convoitises, nous ne faisons aucun effort pour entrer dans
la vois parfaite des saints.
Et, s'il arrive que nous éprouvions quelque légère adversité, nous
nous laissons aussitôt abattre, et nous recourons aux consolations
humaines.
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Si tels que des soldats généreux, nous
demeurions fermes dans le combat, nous verrions certainement le
secours de Dieu descendre sur nous du ciel.
Car il est toujours prêt à aider ceux qui résistent et qui espèrent
en sa grâce, et c'est lui qui nous donne des occasions de combattre,
afin de nous rendre victorieux.
Si nous plaçons uniquement le progrès de la vie chrétienne dans les
observances extérieures, notre dévotion sera de peu de durée.
Mettons donc la cognée à la racine de l'arbre, afin que dégagés des
passions, nous possédions notre âme en paix.
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Si nous déracinions chaque année un
seul vice, bientôt nous serions parfaits.
Mais nous sentons souvent, au contraire, que nous étions meilleurs
et que notre vie était plus pure, lorsque nous quittâmes le siècle,
qu'après plusieurs années de profession.
Nous devrions croître chaque jour en ferveur et en vertu, et
maintenant on compte pour beaucoup d'avoir conservé une partie de sa
ferveur.
Si nous nous faisions d'abord un peu de violence, nous pourrions
tout faire ensuite aisément et avec joie.
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Il est dur de renoncer à ses
habitudes, mais il est plus dur encore de courber sa propre volonté.
Cependant, si vous ne savez pas vous vaincre en des choses légères,
comment remporterez-vous des victoires plus difficiles ?
Résistez dès le commencement à votre inclination, rompez sans aucun
retard toute habitude mauvaise, de peur que peu à peu elle ne vous
engage dans de plus grandes difficultés.
Oh ! si vous considériez quelle paix ce serait pour vous, quelle
joie pour les autres, en vivant comme vous le devez, vous auriez, je
crois, plus d'ardeur pour votre avancement spirituel.
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Il nous est bon d'avoir quelquefois
des peines et des traverses, parce que souvent elles rappellent
l'homme à son coeur, et lui font sentir qu'il est en exil, et qu'il
ne doit mettre son espérance en aucune chose du monde.
Il nous est bon de souffrir quelquefois des contradictions, et qu'on
pense mal ou peu favorablement de nous, quelques bonnes que soient
nos actions et nos intentions. Souvent cela sert à nous prémunir
contre la vaine gloire.
Car nous avons plus d'empressement à chercher Dieu, qui voit le fond
du coeur, quand les hommes au-dehors nous rabaissent et pensent mal
de nous.
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C'est pourquoi l'homme devrait
s'affermir tellement en Dieu, qu'il n'eût pas besoin de chercher
tant de consolations humaines.
Lorsque, avec une volonté droite, l'homme est troublé, tenté,
affligé de mauvaises pensées, il reconnaît alors combien Dieu lui
est nécessaire, et qu'il n'est capable d'aucun bien sans lui.
Alors il s'attriste, il gémit, il prie à cause des maux qu'il
souffre.
Alors il s'ennuie de vivre plus longtemps, et il souhaite que la
mort arrive, afin que, délivré de ses liens, il soit avec
Jésus-Christ.
Alors aussi il comprend bien qu'une sécurité parfaite, une pleine
paix, ne sont point de ce monde.
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Tant que nous vivons ici-bas, nous ne
pouvons être exempts de tribulations et d'épreuves.
C'est pourquoi il est écrit au livre de Job: La tentation est
la vie de l'homme sur la terre.
Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations qui
l'assiègent, et veiller et prier pour ne point laisser lieu aux
surprises du démon, qui ne dort jamais, et qui tourne de tous
côtés, cherchant quelqu'un pour le dévorer.
Il n'est point d'homme si parfait et si saint qui n'ait quelquefois
des tentations, et nous ne pouvons en être entièrement affranchis.
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Mais, quoique importunes et pénibles,
elles ne laissent pas d'être souvent très utiles à l'homme parce
qu'elles l'humilient, le purifient et l'instruisent.
Tous les saints ont passé par beaucoup de tentations et de
souffrances, et c'est par cette voie qu'ils ont avancé; mais ceux
qui n'ont pu soutenir ces épreuves, Dieu les a réprouvés, et ils ont
défailli dans la route du salut.
Il n'y a point d'ordre si saint, ni de lieu si secret, où l'on ne
trouve des peines et des tentations.
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L'homme, tant qu'il vit, n'est jamais
entièrement à l'abri des tentations, car nous en portons le germe en
nous, à cause de la concupiscence dans laquelle nous sommes nés.
L'une succède à l'autre; et nous aurons toujours quelque chose à
souffrir, parce que nous avons perdu le bien et la félicité
primitive.
Plusieurs cherchent à fuir pour n'être point tentés, et ils y
tombent plus gravement.
Il ne suffit pas de fuir pour vaincre, mais la patience et la
véritable humilité nous rendent plus fort que tous nos ennemis.
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Celui qui, sans arracher la racine du
mal, évite seulement les occasions extérieures, avancera peu; au
contraire, les tentations reviennent à lui plus promptement et plus
violentes.
Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue patience,
aidé du secours de Dieu, que par une rude et inquiète opiniâtreté.
Prenez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point
durement celui qui est tenté, mais secourez-le comme vous voudriez
qu'on vous secourût vous-même.
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Le commencement de toutes les
tentations est l'inconstance de l'esprit et le peu de confiance en
Dieu.
Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les
flots, ainsi l'homme faible et changeant qui abandonne ses
résolutions est agité par des tentations diverses.
Le feu éprouve le fer, et la tentation, l'homme juste.
Nous ne savons souvent ce que nous pouvons, mais la tentation montre
ce que nous sommes.
Il faut veiller cependant, surtout au commencement de la tentation,
car on triomphe beaucoup plus facilement de l'ennemi, si on ne le
laisse point pénétrer dans l'âme, et si on le repousse à l'instant
même où il se présente pour entrer.
C'est ce qui a fait dire à un ancien: Arrêtez le mal dès son
origine; le remède vient trop tard quand le mal s'est accru par de
longs délais.
D'abord une simple pensée s'offre à l'esprit, puis une vive
imagination, ensuite le plaisir et le mouvement déréglé, et le
consentement. Ainsi peu à peu l'ennemi envahit toute l'âme,
lorsqu'on ne lui résiste pas dès le commencement.
Plus on met de retard et de langueur à le repousser, plus on
s'affaiblit chaque jour, et plus l'ennemi devient fort contre nous.
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Plusieurs sont affligés de tentations
plus violentes au commencement de leur conversion; d'autres, à la
fin; il y en a qui souffrent presque toute leur vie.
Quelques-uns sont tentés assez légèrement, selon l'ordre de la
sagesse et de la justice de Dieu qui connaît l'état des hommes, pèse
leurs mérites, et dispose tout pour le salut de ses élus.
-
C'est pourquoi, quand nous sommes
tentés, nous ne devons point perdre l'espérance, mais prier Dieu
avec plus de ferveur, afin qu'il daigne nous secourir dans toutes
nos tribulations; car, selon la parole de l'Apôtre, il nous
fera tirer avantage de la tentation même, de sorte que nous
puissions la surmonter.
Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu, dans toutes nos
tentations, dans toutes nos peines, parce qu'il sauvera et relèvera
les humbles d'esprit.
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Dans les tentations et les traverses,
on reconnaît combien l'homme a fait de progrès. Le mérite est plus
grand, et la vertu paraît davantage.
Il est peu difficile d'être pieux et fervent lorsque l'on n'éprouve
rien de pénible; mais celui qui se soutient avec patience au temps
de l'adversité donne l'espoir d'un grand avancement.
Quelques-uns surmontent les grandes tentations et succombent tous
les jours aux petites, afin qu'humiliés d'être si faibles dans les
moindres occasions, ils ne présument jamais d'eux-mêmes dans les
grandes.
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Tournez les yeux sur vous-même, et
gardez-vous de juger les actions des autres.
En jugeant les autres, l'homme se fatigue vainement; il se trompe le
plus souvent, et commet beaucoup de fautes; mais en s'examinant et
se jugeant lui-même, il travaille toujours avec fruit.
D'ordinaire nous jugeons les choses selon l'inclination de notre
coeur, car l'amour-propre altère aisément en nous la droiture du
jugement.
Si nous n'avions jamais en vue que Dieu seul, nous serions moins
troublés quand on résiste à notre sentiment.
-
Mais souvent il y a quelque chose hors
de nous, ou de caché en nous, qui nous entraîne.
Plusieurs se recherchent secrètement eux-mêmes dans ce qu'ils font,
et ils l'ignorent.
Ils semblent affermis dans la paix lorsque tout va selon leurs
désirs; mais éprouvent-ils des contradictions, aussitôt ils
s'émeuvent et tombent dans la tristesse.
La diversité des opinions produit souvent des discussions entre les
citoyens, et même entre les religieux et les personnes dévotes.
-
On quitte difficilement une vieille
habitude, et nul ne se laisse volontiers conduire au-delà de ce
qu'il voit.
Si vous vous appuyez sur votre esprit et sur votre pénétration plus
que sur la soumission dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple, vous
serez très peu et très tard éclairé sur la vie spirituelle: car Dieu
veut que nous lui soyons parfaitement soumis, et que nous nous
élevions au-dessus de toute raison par un ardent amour.
-
Pour nulle chose au monde ni pour
l'amour d'aucun homme, on ne doit faire le moindre mal; on peut
quelquefois cependant, pour rendre un service dans le besoin,
différer une bonne oeuvre ou lui en substituer une meilleure; car
alors le bien n'est pas détruit mais il se change en un plus grand.
Aucune oeuvre extérieure ne sert sans la charité; mais tout ce qui
est fait par la charité, quelque petit ou quelque vil qu'il soit,
produit des fruits abondants.
Car Dieu regarde moins à l'action qu'au motif qui fait agir.
-
Celui-là fait beaucoup qui aime
beaucoup.
Celui-là fait beaucoup, qui fait bien ce qu'il fait, et il fait bien
lorsqu'il subordonne sa volonté à l'utilité publique.
Ce qu'on prend pour la charité souvent n'est que la convoitise; car
il est rare que l'inclination, la volonté propre, l'espoir de la
récompense ou la vue de quelque avantage particulier n'influe pas
sur nos actions.
-
Celui qui possède la charité véritable
et parfaite ne se recherche en rien; mais son unique désir est que
la gloire de Dieu s'opère en toutes choses.
Il ne porte envie à personne, parce qu'il ne souhaite aucune faveur
particulière, ne met point sa joie en lui-même, et que, dédaignant
tous les autres biens, il ne cherche qu'en Dieu son bonheur.
Il n'attribue jamais aucun bien à la créature; il les rapporte tous
à Dieu, de qui ils découlent comme de leur source, et dans la
jouissance duquel tous les saints se reposent à jamais comme dans
leur fin dernière.
Oh ! qui aurait une étincelle de la vraie charité, que toutes les
choses de la terre lui paraîtraient vaines !
-
Ce que l'homme ne peut corriger en soi
ou dans les autres, il doit le supporter avec patience, jusqu'à ce
que Dieu en ordonne autrement.
Songez qu'il est peut-être mieux qu'il en soit ainsi, pour vous
éprouver dans la patience, sans laquelle nos mérites sont peu de
chose.
Vous devez cependant prier Dieu de vous aider à vaincre ces
obstacles, ou à les supporter avec douceur.
-
Si quelqu'un, averti une ou deux fois,
ne se rend point, ne contestez point avec lui; mais confiez tout à
Dieu, qui sait tirer le bien du mal, afin que sa volonté
s'accomplisse et qu'il soit glorifié dans tous ses serviteurs.
Appliquez-vous à supporter patiemment les défauts et les infirmités
des autres, quelles qu'ils soient, parce qu'il y a aussi bien des
choses en vous que les autres ont à supporter.
Si vous ne pouvez vous rendre tel que vous voudriez, comment
pourrez-vous faire que les autres soient selon votre gré ?
Nous aimons que les autres soient exempts de défauts, et nous ne
corrigeons point les nôtres.
-
Nous voulons qu'on reprenne les autres
sévèrement, et nous ne voulons pas être repris nous-mêmes.
Nous sommes choqués qu'on leur laisse une trop grande liberté, et
nous ne voulons pas qu'on nous refuse rien.
Nous voulons qu'on les retienne par des règlements, et nous ne
souffrons pas qu'on nous contraigne en la moindre chose.
Par-là on voit clairement combien il est rare que nous usions de la
même mesure pour nous et pour les autres.
Si tous étaient parfaits, qu'aurions-nous de leur part à souffrir
pour Dieu ?
-
Or Dieu l'a ainsi ordonné afin que
nous apprenions à porter le fardeau les uns des autres,
car chacun a son fardeau; personne n'est sans défauts, nul ne se
suffit à soi-même; nul n'est assez sage pour se conduire seul; mais
il faut nous supporter, nous consoler, nous aider, nous instruire,
nous avertir mutuellement.
C'est dans l'adversité qu'on voit le mieux ce que chacun a de
vertus.
Car les occasions ne rendent pas l'homme fragile, mais elles
montrent ce qu'il est.
-
Il faut que vous appreniez à vous
briser en beaucoup de choses, si vous voulez conserver la paix et la
concorde avec les autres.
Ce n'est pas peu de chose de vivre dans un monastère ou dans une
congrégation, de n'y être jamais une occasion de plainte et d'y
persévérer fidèlement jusqu'à la mort.
Heureux celui qui, après une vie sainte, y a heureusement consommé
sa course !
Si vous voulez être affermi et croître dans la vertu, regardez-vous
comme exilé et comme étranger sur la terre.
Il faut, pour l'amour de Jésus-Christ, devenir insensé selon le
monde, si vous voulez vivre en religieux.
-
L'habit et la tonsure servent peu;
c'est le changement de moeurs et la mortification entière des
passions qui font le vrai religieux.
Celui qui cherche autre chose que Dieu seul et le salut de son âme
ne trouvera que tribulation et douleur.
Celui-là ne saurait non plus demeurer longtemps en paix qui ne
s'efforce point d'être le dernier de tous et soumis à tous.
-
Vous êtes venus pour servir et non
pour dominer; sachez que vous êtes appelés pour souffrir et pour
travailler, et non pour discourir dans une vaine oisiveté.
Ici donc les hommes sont éprouvés, comme l'or dans la
fournaise.
Ici nul ne peut vivre s'il ne veut s'humilier de tout son coeur à la
cause de Dieu.
-
Contemplez les exemples des saints
Pères, en qui reluisait la vraie perfection de la vie religieuse, et
vous verrez combien peu est ce que nous faisons, et presque rien.
Hélas ! qu'est-ce que notre vie comparée à la leur ?
Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim
et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et
dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les
prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de
persécutions et d'opprobres.
-
Oh ! que de pesantes tribulations ont
souffertes les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges et
tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ !
Ils ont haï leur âme en ce monde, pour la posséder dans l'éternité.
Oh ! quelle vie de renoncements et d'austérités, que celle des
saints dans le désert ! quelles longues et dures tentations ils ont
essuyées ! que de fois ils ont été tourmentés par l'ennemi ! que de
fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! quelles
rigoureuses abstinences ils ont pratiquées ! quel zèle, quelle
ardeur pour leur avancement spirituel ! quelle forte guerre contre
leurs passions ! quelle intention pure et droite toujours dirigée
vers Dieu !
Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prière;
et même durant le travail, ils ne cessaient point de prier en
esprit.
-
Tout leur temps avait un emploi utile.
Les heures qu'ils donnaient à Dieu leur semblaient courtes, et ils
trouvaient tant de douceur dans la contemplation, qu'ils en
oubliaient les besoins du corps.
Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs
amis, à leurs parents; ils ne voulaient rien du monde; ils prenaient
à peine ce qui était nécessaire pour la vie; s'occuper du corps,
même dans la nécessité, leur était une affliction.
Ils étaient pauvres des choses de la terre, mais ils étaient riches
en grâce et en vertus.
Au-dehors tout leur manquait, mais Dieu les fortifiait au-dedans par
sa grâce et par ses consolations.
-
Ils étaient étrangers au monde, mais
unis à Dieu et à ses amis familiers.
Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait;
mais ils étaient chéris de Dieu, et précieux devant lui.
Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple,
dans la charité, dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour
plus parfaits et plus agréables à Dieu.
Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie
religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la
perfection, que la multitude des tièdes ne nous porte au
relâchement.
-
Oh ! quelle ferveur en tous les
religieux au commencement de leur sainte institution ! quelle ardeur
pour la prière ! quelle émulation de vertu ! quelle sévère
discipline ! que de soumission ils montraient tous pour la règle de
leur fondateur !
Ce qui nous reste d'eux atteste encore la sainteté et la perfection
de ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds
le monde.
Aujourd'hui on compte pour beaucoup qu'un religieux ne viole point
sa règle, et qu'il porte patiemment le joug dont il s'est chargé.
O tiédeur, ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi
nous l'ancienne ferveur ! Maintenant tout fatigue notre lâcheté,
jusqu'à nous rendre la vie ennuyeuse.
Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exemples d'homme vraiment
pieux, vous ne laissiez pas entièrement s'assoupir en vous le désir
d'avancer dans la vertu !
-
La vie d'un vrai religieux doit
briller de toutes les vertus, de sorte qu'il soit tel intérieurement
qu'il paraît devant les hommes.
Et certes il doit être encore bien plus parfait au-dedans qu'il ne
le semble au-dehors, parce que Dieu nous regarde, et que nous devons
partout où nous sommes le révérer profondément et marcher en sa
présence purs comme des anges.
Nous devons chaque jour renouveler notre résolution, nous exciter à
la ferveur, comme si notre conversion commençait aujourd'hui
seulement, et dire:
Aidez-moi, Seigneur, dans mes saintes résolutions et dans votre
service; donnez-moi de bien commencer maintenant car ce que j'ai
fait jusqu'ici n'est rien.
-
La fermeté de notre résolution est la
mesure de notre progrès, et une grande attention est nécessaire à
celui qui veut avancer. Si celui qui forme les résolutions les plus
fortes se relâche souvent, que sera-ce de celui qui n'en prend que
rarement ou n'en prend que de faibles ?
Toutefois nous abandonnons nos résolutions de diverses manières et
la moindre omission dans nos exercices a presque toujours une suite
fâcheuse.
Les justes, dans leurs résolutions, comptent bien plus sur la grâce
de Dieu que sur leur propre sagesse; et quelque chose qu'ils
entreprennent, c'est en lui seul qu'ils mettent leur confiance.
Car l'homme propose et Dieu dispose, et la voie de l'homme
n'est pas en lui.
-
Si nous omettons quelquefois nos
exercices ordinaires par quelque motif pieux ou pour l'utilité de
nos frères, il nous sera facile ensuite de réparer cette omission.
Mais si nous les abandonnons sans sujet, par ennui ou par
négligence, c'est une faute grave et qui nous sera funeste.
Faisons tous nos efforts, et nous tomberons encore aisément en
beaucoup de fautes.
On doit cependant toujours se proposer quelque chose de fixe,
surtout à l'égard de ce qui forme le plus grand obstacle à notre
avancement.
Il faut examiner et régler également notre intérieur et notre
extérieur, parce que l'un et l'autre servent à nos progrès.
-
Ne pouvez-vous continuellement vous
recueillir, recueillez-vous au moins de temps en temps, au moins une
fois le jour, le matin ou le soir.
Le matin, formez vos résolutions; le soir, examinez votre conduite,
ce que vous avez été dans vos paroles, vos actions, vos pensées; car
peut-être en cela avez-vous souvent offensé Dieu et le prochain.
Tel qu'un soldat plein de courage, armez-vous contre les attaques du
démon.
Réprimez l'intempérance, et vous réprimerez plus aisément les autres
désirs de la chair.
Ne soyez jamais tout a fait oisif, mais lisez, ou écrivez, ou priez,
ou méditez, ou travaillez à quelque chose d'utile à la communauté.
Il ne faut cependant s'appliquer qu'avec discrétion aux exercices du
corps, et ils ne conviennent pas également à tous.
-
Ce qui sort des pratiques communes ne
doit point paraître au-dehors; il est plus sûr de remplir en secret
ses exercices particuliers.
Prenez garde cependant de négliger les exercices communs pour ceux
de votre choix. Mais après avoir accompli fidèlement et pleinement
les devoirs prescrits, s'il vous reste du temps, rendez-vous à
vous-même selon le mouvement de votre dévotion.
Tous ne sauraient suivre les mêmes exercices: l'un convient mieux à
celui-ci, l'autre à celui-là.
On aime même à les diversifier selon les temps; il y en a qu'on
goûte plus aux jours de fêtes, et d'autres aux jours ordinaires.
Les uns nous sont nécessaires au temps de la tentation, les autres
au temps de la paix et du repos.
Autres sont les pensées qui nous plaisent dans la tristesse, ou
quand nous éprouvons de la joie en Dieu.
-
Il faut, vers l'époque des grandes
fêtes, renouveler nos pieux exercices et implorer avec plus de
ferveur les suffrages des saints.
Proposons-nous de vivre d'une fête à l'autre comme si nous devions
alors sortir de ce monde, et entrer dans l'éternelle fête.
Et pour cela préparons-nous avec soin dans ces saints temps par une
vie plus pieuse, par une plus sévère observance des règles, comme
devant bientôt recevoir de Dieu le prix de notre travail.
-
Et si ce moment est différé, croyons
que nous ne sommes pas encore bien préparés ni dignes de cette
gloire immense qui nous sera découverte en son temps, et redoublons
d'efforts pour nous mieux disposer à ce passage.
Heureux le serviteur, dit Saint Luc, que le
Seigneur, quand il viendra, trouvera veillant. Je vous dis en vérité
qu'il l'établira sur tous ses biens.
-
Cherchez un temps propre à vous
occuper de vous-même et pensez souvent aux bienfaits de Dieu.
Laissez là ce qui ne sert qu'à nourrir la curiosité. Lisez plutôt ce
qui touche le coeur que ce qui amuse l'esprit.
Retranchez les discours superflus, les courses inutiles; fermez
l'oreille aux vains bruits du monde, et vous trouverez assez de
loisir pour les saintes méditations.
Les plus grands saints évitaient autant qu'il leur était possible le
commerce des hommes et préféraient vivre en secret avec Dieu.
-
Un ancien a dit: Toutes les fois
que j'ai été dans la compagnie des hommes, j'en suis revenu moins
homme que je n'étais.
C'est ce que nous éprouvons souvent lorsque nous nous livrons à de
longs entretiens.
Il est plus aisé de se taire que de ne point excéder dans ses
paroles.
Il est plus aisé de se tenir chez soi que de se garder de soi-même
suffisamment au-dehors.
Celui donc qui aspire à la vie intérieure et spirituelle doit de
retirer de la foule avec Jésus.
Nul ne se montre sans péril s'il n'aime à demeurer caché.
Nul ne parle avec mesure s'il ne se tait volontiers.
Nul n'est en sûreté dans les premières places s'il n'aime les
dernières.
Nul ne commande sans danger s'il n'a pas appris à bien obéir.
-
Nul ne se réjouit avec sécurité s'il
ne possède en lui-même le témoignage d'une bonne conscience.
Cependant la confiance des saints a toujours été pleine de la
crainte de Dieu: quel que fût l'éclat de leurs vertus, quelque
abondantes que fussent leurs grâces, ils n'en étaient ni moins
humbles ni moins vigilants.
L'assurance des méchants naît, au contraire, de l'orgueil et de la
présomption, et finit par l'aveuglement.
Ne vous promettez point de sûreté en cette vie, quoique vous
paraissiez être un saint religieux ou un pieux solitaire.
-
Souvent les meilleurs dans l'estime
des hommes ont couru les plus grands dangers à cause de leur trop de
confiance.
Il est donc utile à plusieurs de n'être pas entièrement délivré des
tentations et de souffrir des attaques fréquentes, de peur que,
tranquilles sur eux-mêmes, ils ne s'élèvent avec orgueil ou qu'ils
ne se livrent trop aux consolations du dehors.
Oh ! si l'on ne recherchait jamais les joies qui passent, si jamais
l'on ne s'occupait du monde, qu'on posséderait une conscience pure !
Oh ! qui retrancherait toute sollicitude vaine, ne pensant qu'au
salut et à Dieu, et plaçant en lui toute son espérance, de quelle
paix et de quel repos il jouirait !
-
Nul n'est digne des consolations
célestes s'il ne s'est exercé longtemps dans la sainte componction.
Si vous désirez la vraie componction du coeur, entrez dans votre
cellule et bannissez-en le bruit du monde; selon qu'il est écrit:
Même sur votre couche, que votre coeur soit plein de
componction.
Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous perdrez
au-dehors.
La cellule qu'on quitte peu devient douce; fréquemment délaissée,
elle engendre l'ennui. Si dès le premier moment où vous sortez du
siècle, vous êtes fidèle à la garder, elle vous deviendra comme une
amie chère et sera votre consolation la plus douce.
-
Dans le silence et le repos, l'âme
pieuse fait de grands progrès et pénètre ce qu'il y a de caché dans
l'Ecriture.
Là elle trouve la source des larmes dont elle se lave et se purifie
toutes les nuits, et elle s'unit d'autant plus familièrement à son
Créateur qu'elle vit plus éloignée du tumulte du monde.
Celui donc qui se sépare de ses connaissances et de ses amis, Dieu
s'approchera de lui avec les saints anges.
Il vaut mieux être caché et prendre soin de son âme, que de faire
des miracles et de s'oublier soi-même
Il est louable dans un religieux de sortir rarement et de n'aimer ni
à voir les hommes ni à être vu d'eux.
-
Pourquoi voulez-vous voir ce qui ne
vous est point permis d'avoir ? Le monde passe, et sa
concupiscence.
Les désirs des sens entraînent çà et là; mais l'heure passée, que
rapportez-vous, qu'une conscience pesante et un coeur dissipé ?
Parce qu'on est sorti dans la joie, souvent on revient dans la
tristesse; et la veille joyeuse du soir attriste le matin.
Ainsi toute joie des sens s'insinue avec douceur; mais à la fin elle
blesse et tue.
Que pouvez-vous voir ailleurs que vous ne voyiez où vous êtes ?
Voilà le ciel, la terre, les éléments; or c'est d'eux que tout est
fait.
-
Où que vous alliez, que verrez-vous
qui soit stable sous le soleil ?
Vous croyez peut-être vous rassasier; mais vous n'y parviendrez
jamais.
Quand vous verriez toutes les choses à la fois, que serait-ce qu'une
vision vaine ?
Levez les yeux en haut vers Dieu et priez pour vos péchés et vos
négligences.
Laissez aux hommes vains les choses vaines; pour vous, ne vous
occupez que de ce que Dieu vous commande.
Fermez sur vous votre porte et appelez à vous Jésus, votre
bien-aimé.
Demeurez avec lui dans votre cellule: car vous ne trouverez nulle
part autant de paix.
Si vous n'étiez pas sorti et que vous n'eussiez pas entendu quelque
bruit du monde, vous seriez demeuré dans cette douce paix: mais
parce que vous aimez à entendre des choses nouvelles, il vous faut
supporter ensuite le trouble du coeur.
-
Si vous voulez faire quelque progrès,
conservez-vous dans la crainte de Dieu et ne soyez point trop libre;
mais soumettez vos sens à une sévère discipline et ne vous livrez
pas aux joies insensées.
Disposez votre coeur à la componction et vous trouverez la vraie
piété.
La componction produit beaucoup de bien, qu'on perd bientôt en
s'abandonnant aux vains mouvements de son coeur.
Chose étrange, qu'un homme en cette vie puisse se reposer pleinement
dans la joie, lorsqu'il considère son exil, et à combien de périls
est exposée son âme !
-
A cause de la légèreté de notre coeur
et de l'oubli de nos défauts, nous ne sentons pas les maux de notre
âme, et souvent nous rions vainement quand nous devrions bien plutôt
pleurer.
Il n'y a de vraie liberté et de joie solide que dans la crainte de
Dieu et la bonne conscience.
Heureux qui peut éloigner tout ce qui le distrait et l'arrête, pour
se recueillir tout entier dans une sainte componction.
Heureux qui rejette tout ce qui peut souiller sa conscience ou
l'appesantir.
Combattez généreusement: on triomphe d'une habitude par une autre
habitude.
Si vous savez laisser là les hommes, ils vous laisseront bientôt
faire ce que vous voudrez.
-
N'attirez pas à vous les affaires
d'autrui et ne vous embarrassez point dans celles des grands.
Que votre oeil soit ouvert sur vous d'abord; et avant de reprendre
vos amis, ayez soin de vous reprendre vous-même.
Si vous n'avez point la faveur des hommes, ne vous en attristez
point; mais que votre peine soit de ne pas vivre aussi bien et avec
autant de vigilance que le devrait un serviteur de Dieu et un bon
religieux.
Il est plus souvent utile et plus sûr de n'avoir pas beaucoup de
consolations dans cette vie, et surtout de consolations sensibles.
Cependant, si nous sommes privés de consolations divines, ou si nous
ne les éprouvons que rarement, la faute en est à nous, parce que
nous ne cherchons point la componction du coeur et que nous ne
rejetons pas entièrement les vaines consolations du dehors.
-
Reconnaissez que vous êtes indignes
des consolations célestes et que vous méritez plutôt de grandes
tribulations.
Quand l'homme est pénétré d'une parfaite componction, le monde
entier lui est alors amer et insupportable.
Le juste trouve toujours assez de sujets de s'affliger et de
pleurer.
Car en considérant soit lui-même, soit les autres, il sait que nul
ici-bas n'est sans tribulations; et plus il se regarde
attentivement, plus profonde est sa douleur.
Le sujet d'une juste affliction et d'une grande tristesse
intérieure, ce sont nos péchés et nos vices, dans lesquels nous
sommes tellement ensevelis, que rarement pouvons-nous contempler les
choses du ciel.
-
Si vous pensez plus souvent à votre
mort qu'à la longueur de la vie, nul doute que vous n'auriez plus
d'ardeur pour vous corriger.
Et si vous réfléchissiez sérieusement aux peines de l'enfer et au
purgatoire, je crois que vous supporteriez volontiers le travail et
la douleur, et que vous ne redouteriez aucune austérité.
Mais parce que ces vérités ne pénètrent point jusqu'au coeur, et que
nous aimons encore ce qui nous flatte, nous demeurons froids et
négligents.
-
Souvent c'est langueur de l'âme, et
notre chair misérable se plaint si aisément.
Priez donc humblement le Seigneur qu'il vous donne l'esprit de
componction, et dites avec le prophète: Nourrissez-moi,
Seigneur, du pain des larmes; abreuvez-moi du calice des pleurs.
-
En quelque lieu que vous soyez, de
quelque côté que vous vous tourniez, vous serez misérable si vous ne
revenez vers Dieu.
Pourquoi vous troublez-vous de ce que rien n'arrive comme vous le
désirez et comme vous le voulez ? A qui est-ce que tout succède
selon sa volonté ? Ni à vous, ni à moi, ni à aucun homme sur la
terre.
Nul en ce monde, fût-il roi ou pape, n'est exempt d'angoisses et de
tribulations.
Qui donc a le meilleur sort ? Celui, certes, qui sait souffrir
quelque chose pour Dieu.
-
Dans leur faiblesse et leur peu de
lumière, plusieurs disent: Que cet homme a une heureuse vie ! qu'il
est riche, grand, puissant, élevé !
Mais considérez les biens du ciel, et vous verrez que tous ces biens
du temps ne sont rien; que toujours très incertains, ils sont plutôt
un poids qui fatigue, parce qu'on ne les possède jamais sans
défiance et sans crainte.
Avoir en abondance les biens du temps, ce n'est pas là le bonheur de
l'homme: la médiocrité lui suffit.
C'est vraiment une grande misère de vivre sur la terre.
Plus un homme veut avancer dans les voies spirituelles, plus la vie
présente lui devient amère, parce qu'il sent mieux et voit plus
clairement l'infirmité de la nature humaine et sa corruption.
Manger, boire, veiller, dormir, se reposer, travailler, être
assujetti à toutes les nécessités de la nature, c'est vraiment une
grande misère et une grande affliction pour l'homme pieux qui
voudrait être dégagé de ses liens terrestres, et délivré de tout
péché.
-
Car l'homme intérieur est en ce monde
étrangement appesanti par les nécessités du corps.
Et c'est pourquoi le prophète demandait avec d'ardentes prières d'en
être affranchi, disant: Seigneur, délivrez-moi de mes
nécessités.
Malheur donc à ceux qui ne connaissent point leur misère ! et
malheur encore plus à ceux qui aiment cette misère et cette vie
périssable !
Car il y en a qui l'embrassent si avidement, leur misère, qu'ayant à
peine le nécessaire en travaillant ou en mendiant, ils
n'éprouveraient aucun souci du royaume de Dieu s'ils pouvaient
toujours vivre ici-bas.
-
O coeurs insensés et infidèles, si
profondément enfoncés dans les choses de la terre qu'ils ne goûtent
rien que ce qui est charnel !
Les malheureux ! ils sentiront douloureusement à la fin combien
était vil, combien n'était rien ce qu'ils ont aimé.
Mais les saints de Dieu, tous les fidèles amis de Jésus-Christ ont
méprisé ce qui flatte la chair et ce qui brille dans le temps; toute
leur espérance, tous leurs désirs aspiraient aux biens éternels.
Tout leur coeur s'élevait vers les biens invisibles et
impérissables, de peur que l'amour des choses visibles ne les
abaissât vers la terre.
-
Ne perdez pas, mon frère, l'espérance
d'avancer dans la vie spirituelle: vous en avez encore le temps,
c'est l'heure.
Pourquoi remettez-vous toujours au lendemain l'accomplissement de
vos résolutions ? Levez-vous et commencez à l'instant, et dites:
Voici le temps d'agir, voici le temps de combattre, voici le temps
de me corriger.
Quand la vie vous est pesante et amère, c'est alors le temps de
mériter.
Il faut passer par le feu et par l'eau, avant d'entrer dans le
lieu de rafraîchissement.
Si vous ne vous faites violence, vous ne vaincrez pas le vice.
Tant que nous portons ce corps fragile, nous ne pouvons être sans
péché, ni sans ennui et sans douleur.
Il nous serait doux de jouir d'un repos exempt de toute misère; mais
en perdant l'innocence par le péché, nous avons aussi perdu la vraie
félicité.
Il faut donc persévérer dans la patience, et attendre la miséricorde
de Dieu jusqu'à ce que l'iniquité passe et que ce qui est
mortel en vous soit absorbé par la vie.
-
Oh ! qu'elle est grande la fragilité
qui toujours incline l'homme au mal.
Vous confessez aujourd'hui vos péchés et vous y retombez le
lendemain.
Vous vous proposez d'être sur vos gardes et une heure après vous
agissez comme si vous ne vous étiez rien proposé.
Nous avons donc grand sujet de nous humilier et de ne nous jamais
élever en nous-mêmes, étant si fragiles et inconsistants.
Nous pouvons perdre en un moment par notre négligence ce qu'à peine
avons-nous acquis par la grâce avec un long travail.
-
Que sera-ce de nous à la fin du jour
si nous sommes si lâches dès le matin ?
Malheur à nous si nous voulons goûter le repos, comme si déjà nous
étions en paix et en assurance, tandis qu'on ne découvre pas dans
notre vie une seule trace de vraie sainteté !
Nous aurions bien besoin d'être instruits encore, et formés à de
nouvelles moeurs comme des novices dociles, pour essayer du moins
s'il y aurait en nous quelque espérance de changement et d'un plus
grand progrès dans la vertu.
-
C'en sera fait de vous bien vite
ici-bas: voyez donc en quel état vous êtes.
L'homme est aujourd'hui, et demain il a disparu, et quand il n'est
plus sous les yeux, il passe bien vite de l'esprit.
O stupidité et dureté du coeur humain, qui ne pense qu'au présent et
ne prévoit pas l'avenir !
Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être
tel que vous seriez s'il vous fallait mourir aujourd'hui.
Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort.
Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort.
Si aujourd'hui vous n'êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ?
Demain est un jour incertain: et que savez-vous si vous aurez un
lendemain ?
-
Que sert de vivre longtemps puisque
nous nous corrigeons si peu ?
Ah ! une longue vie ne corrige pas toujours; souvent plutôt elle
augmente nos crimes.
Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour !
Plusieurs comptent les années de leur conversion; mais souvent,
qu'ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles !
S'il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de
vivre si longtemps.
Heureux celui à qui l'heure de sa mort est toujours présente, et qui
se prépare chaque jour à mourir !
Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous
passerez par cette voie.
-
Le matin, pensez que vous n'atteindrez
pas le soir; le soir, n'osez pas vous promettre de voir le matin.
Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne
vous surprenne jamais.
Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue: car
le Fils de l'homme viendra à l'heure qu'on n'y pense pas.
Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout
autrement de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d'avoir été
si négligent et si lâche.
-
Qu'heureux et sage est celui qui
s'efforce d'être tel dans la vie qu'il souhaite d'être trouvé à la
mort.
Car rien ne donnera une si grande confiance de mourir heureusement,
que le parfait mépris du monde, le désir ardent d'avancer dans la
vertu, l'amour de la régularité, le travail de la pénitence,
l'abnégation de soi-même et la constance à souffrir toutes sortes
d'adversités pour l'amour de Jésus-Christ.
Vous pourrez faire beaucoup de bien tandis que vous êtes en santé;
mais, malade, je ne sais ce que vous pourrez.
Il en est peu que la maladie rend meilleurs, comme il en est peu qui
se sanctifient par de fréquents pèlerinages.
-
Ne comptez point sur vos amis ni sur
vos proches, et ne différez point votre salut dans l'avenir; car les
hommes vous oublieront plus vite que vous ne pensez.
Il vaut mieux y pourvoir de bonne heure et envoyer devant soi un peu
de bien, que d'espérer dans le secours des autres.
Si vous n'avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s'inquiétera
de vous dans l'avenir ?
Maintenant le temps est d'un grand prix. Voici maintenant le
temps propice, voici le jour du salut.
Mais, ô douleur ! que vous fassiez un si vain usage de ce qui
pourrait vous servir à mériter de vivre éternellement !
Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure,
pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l'obtiendrez.
-
Ah ! mon frère, de quel péril, de
quelle crainte terrible vous pourriez vous délivrer si vous étiez à
présent toujours en crainte de la mort !
Etudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu'à l'heure de la
mort vous ayez plus sujet de vous réjouir que de craindre.
Apprenez maintenant à mourir au monde afin de commencer alors à
vivre avec Jésus-Christ.
Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller
librement à Jésus-Christ.
Châtiez maintenant votre corps par la pénitence afin que vous
puissiez alors avoir une solide confiance.
-
Insensés, sur quoi vous promettez-vous
de vivre longtemps, lorsque vous n'avez pas un seul jour d'assuré ?
Combien ont été trompés et arrachés subitement de leur corps !
Combien de fois avez-vous ouï dire: Cet homme a été tué d'un coup
d'épée; celui-ci s'est noyé, celui-là s'est brisé en tombant d'un
lieu élevé; l'un a expiré en mangeant, l'autre en jouant; l'un a
péri par le feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un
autre par la main des voleurs !
Et ainsi la fin de tous est la mort, et la vie des hommes
passe comme l'ombre.
-
Qui se souviendra de vous après votre
mort, et qui priera pour vous ?
Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez,
car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous
la mort.
Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles.
Ne pensez qu'à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu.
Faites-vous maintenant des amis, en honorant les saints
et en imitant leurs oeuvres, afin qu'arrivé au terme de cette
vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.
-
Vivez sur la terre comme un voyageur
et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien.
Conservez votre coeur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que
vous n'avez point ici-bas de demeure permanente.
Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les
jours vers le ciel afin que votre âme, après la mort, mérite de
passer heureusement à Dieu.
-
En toutes choses regardez la fin, et
reportez-vous au jour où vous serez là, debout devant le Juge sévère
à qui rien n'est caché, qu'on n'apaise point par des présents, qui
ne reçoit point d'excuses, mais qui jugera selon la justice.
Pécheur misérable et insensé ! que répondrez-vous à Dieu, qui sait
tous vos crimes, vous qui tremblez quelquefois à l'aspect d'un homme
irrité ?
Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien
prévoir, vers ce jour où nul ne pourra être excusé ni défendu par un
autre, mais où chacun sera pour soi un fardeau assez pesant ?
Maintenant votre travail produit son fruit: vos larmes sont agréées,
vos gémissements écoutés, votre douleur satisfait à Dieu et purifie
votre âme.
-
Il a ici-bas un grand et salutaire
purgatoire, l'homme patient qui, en butte aux outrages, s'afflige
plus de la malice d'autrui que de sa propre injure; qui prie
sincèrement pour ceux qui le contristent, et leur pardonne du fonds
du coeur; qui, s'il a peiné les autres, est toujours prêt à demander
pardon; qui incline à la compassion plus qu'à la colère; qui se fait
violence à lui-même, et s'efforce d'assujettir entièrement la chair
à l'esprit.
Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et retrancher ses
vices, que d'attendre de les expier en l'autre vie.
Oh ! combien nous nous trompons nous-mêmes par l'amour désordonné
que nous avons pour notre chair.
-
Que dévorera ce feu, sinon vos péchés
?
Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez
votre chair, plus ensuite votre châtiment sera terrible et plus vous
amassez pour le feu éternel.
L'homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le
plus péché.
Là les paresseux seront percés par des aiguillons ardents, et les
intempérants tourmentés par une faim et une soif extrêmes.
Là les voluptueux et les impudiques seront plongés dans une poix
brûlante et dans un soufre fétide; comme des chiens furieux, les
envieux hurleront dans leur douleur.
-
Chaque vice aura son tourment propre.
Là les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à
la plus misérable indigence.
Là une heure sera plus terrible dans le supplice, que cent années
ici dans la plus dure pénitence.
Ici quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis: là
nul repos, nulle consolation pour les damnés.
Soyez donc maintenant plein d'appréhension et de douleur pour vos
péchés, afin de partager, au jour du jugement, la sécurité des
bienheureux.
Car les justes alors s'élèveront avec une grande assurance
contre ceux qui les auront opprimés et méprisés.
Alors se lèvera pour juger celui qui se soumet aujourd'hui
humblement aux jugements des hommes.
Alors l'humble et le pauvre auront une grande confiance; et de tous
côtés l'épouvante environnera le superbe.
-
Alors on verra qu'il fut sage en ce
monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable pour
Jésus-Christ.
Alors on s'applaudira des tribulations souffertes avec patience,
et toute iniquité sera muette.
Alors tous les justes seront transportés d'allégresse, et tous les
impies consternés de douleur.
Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait toujours
été nourrie dans les délices.
Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux
perdront tout leur éclat.
Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais
tout brillant d'or.
Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que
toute la puissance du monde; et une obéissance simple, élevée plus
haut que toute la prudence du siècle.
-
Alors on trouvera plus de joie dans la
pureté d'une bonne conscience que dans une docte philosophie.
Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance que
tous les trésors de la terre.
Alors le souvenir d'une pieuse prière vous sera de plus de
consolation que celui d'un repas splendide.
Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que de longs
entretiens.
Alors les oeuvres saintes l'emporteront sur les beaux discours.
Alors vous préférerez une vie de peine et de travail à tous les
plaisirs de la terre.
Apprenez donc maintenant à supporter quelques légères souffrances
afin d'être alors délivré de souffrances plus grandes.
Eprouvez ici d'abord ce que vous pourrez dans la suite.
Si vous ne pouvez maintenant souffrir ce peu de chose, comment
supporterez-vous les tourments éternels ?
Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d'impatience, que
sera-ce donc alors des tortures de l'enfer ?
Il y a, n'en doutez point, deux joies qu'on ne peut réunir: vous ne
pouvez goûter ici-bas les délices du monde, et régner ensuite avec
Jésus-Christ.
-
Si vous aviez vécu jusqu'à ce jour
dans les honneurs et les voluptés, de quoi cela vous servirait-il,
s'il vous fallait mourir à l'instant ?
Donc tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul.
Car celui qui aime Dieu de tout son coeur ne craint ni la mort, ni
le supplice, ni le jugement, ni l'enfer, parce que l'amour parfait
nous donne un sûr accès près de Dieu.
Mais celui qui aime encore le péché, il n'est pas surprenant qu'il
redoute la mort et le jugement.
Cependant, si l'amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon
qu'au moins la crainte du feu vous retienne.
Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurait longtemps
persévérer dans le bien, mais il tombera bientôt dans les pièges du
démon.
-
Soyez vigilant et fervent dans le
service de Dieu et faites-vous souvent cette demande: Pourquoi es-tu
venu ici, et pourquoi as-tu quitté le siècle ?
N'était-ce pas afin de vivre pour Dieu et devenir un homme spirituel
?
Embrasez-vous du désir d'avancer parce que vous recevrez bientôt la
récompense de vos travaux, et qu'alors il n'y aura plus ni crainte
ni douleur.
Maintenant un peu de travail, et puis un grand repos; que dis-je ?
une joie éternelle !
Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera
sans doute fidèle et magnifique dans ses récompenses.
Vous devez conserver une ferme espérance de parvenir à la gloire;
mais il ne faut pas vous livrer à une sécurité trop profonde de peur
de tomber dans le relâchement ou la présomption.
-
Un homme qui flottait souvent, plein
d'anxiété, entre la crainte et l'espérance, étant un jour accablé de
tristesse, entra dans une église; et, se prosternant devant un autel
pour prier, il disait et redisait en lui-même: Oh ! si je savais que
je dusse persévérer ! Aussitôt il entendit intérieurement cette
divine réponse: Si vous le saviez, que voudriez-vous faire ? Faites
maintenant ce que vous feriez alors, et vous jouirez de la paix.
Consolé à l'instant même et fortifié, il s'abandonna sans réserve à
la volonté de Dieu et ses agitations cessèrent.
Il ne voulut point rechercher avec curiosité ce qui lui arriverait
dans l'avenir; mais il s'appliqua uniquement à connaître la volonté
de Dieu et ce qui lui plaît davantage, afin de commencer et
d'achever tout ce qui est bien.
-
Espérez en Dieu, dit le
Prophète, et faites le bien; habitez en paix la terre, et vous
serez nourri de ses richesses. Une chose refroidit en
quelques-uns l'ardeur d'avancer et de se corriger: la crainte des
difficultés, et le travail du combat.
En effet, ceux-là devancent les autres dans la vertu, qui
s'efforcent avec plus de courage de se vaincre eux-mêmes dans ce qui
leur est le plus pénible et qui contrarie le plus leur penchant.
Car l'homme fait d'autant plus de progrès et mérite d'autant plus de
grâce, qu'il se surmonte lui-même et se mortifie davantage.
-
Il est vrai que tous n'ont pas
également à combattre pour se vaincre et mourir à eux-mêmes.
Cependant un homme animé d'un zèle ardent avancera bien plus, même
avec de nombreuses passions, qu'un autre à cet égard mieux disposé,
mais tiède pour la vertu.
Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement: s'arracher
avec violence à ce que la nature dégradée convoite, et travailler
ardemment à acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin.
Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les
défauts qui vous déplaisent le plus dans les autres.
-
Profitez de tout pour votre
avancement. Si vous voyez de bons exemples ou si vous les entendez
raconter, animez-vous à les imiter.
Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde
de commettre la même faute; ou, si vous l'avez quelquefois commise,
tâchez de vous corriger promptement.
Comme votre oeil observe les autres, les autres vous observent
aussi.
Qu'il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux,
fervents, fidèles observateurs de la règle !
Qu'il est triste, au contraire, et pénible d'en voir qui ne vivent
pas dans l'ordre et qui ne remplissent pas les engagements auxquels
ils ont été appelés !
Qu'on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation,
et en détournant son coeur à des choses dont on n'est point chargé !
-
Souvenez-vous de ce que vous avez
promis, et que Jésus crucifié vous soit toujours présent.
Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de
Jésus-Christ, d'avoir jusqu'ici fait si peu d'efforts pour y
conformer la vôtre, quoique vous soyez depuis si longtemps entré
dans la voie de Dieu.
Un religieux qui s'exerce à méditer sérieusement et avec piété la
vie très sainte et la passion du Sauveur, y trouvera en abondance
tout ce qui lui est utile et nécessaire, et il n'a pas besoin de
chercher hors de Jésus quelque chose de meilleur.
Ah ! si Jésus crucifié entrait dans notre coeur, que nous serions
bientôt suffisamment instruits !
-
Un religieux fervent reçoit bien ce
qu'on lui commande et s'y soumet sans peine.
Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation et
ne trouve de tous côtés que la gêne, parce qu'il est privé des
consolations intérieures et qu'il lui est interdit d'en chercher
au-dehors.
Un religieux qui s'affranchit de sa règle est exposé à des chutes
terribles.
Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera
toujours dans l'angoisse; car toujours quelque chose lui déplaira.
-
Comment font tant d'autres religieux
qui observent, dans les cloîtres, une si étroite discipline ?
Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très
pauvrement et grossièrement vêtus.
Ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent
matin, font de longues prières, de fréquentes lectures, et observent
en tout une exacte discipline.
Considérez les chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres
religieux et religieuses de différents ordres, qui se lèvent toutes
les nuits pour chanter les louanges de Dieu.
Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné
d'un si saint exercice lorsque déjà tant de religieux commencent à
célébrer le Seigneur.
-
Oh ! si vous n'aviez autre chose à
faire qu'à louer de coeur et de bouche, perpétuellement, le Seigneur
notre Dieu ! Si jamais vous n'aviez besoin de manger, de boire, de
dormir, et que vous puissiez ne pas interrompre un seul moment ces
louanges ni les autres exercices spirituels ! Vous seriez alors
beaucoup plus heureux qu'à présent, assujetti comme vous l'êtes au
corps et à toutes ses nécessités.
Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités et que
nous n'eussions à songer qu'à la nourriture de notre âme, que nous
goûtons, hélas, si rarement !
-
Quand un homme en est venu à ne
chercher sa consolation dans aucune créature, c'est alors qu'il
commence à goûter Dieu parfaitement, et qu'il est, quoiqu'il arrive,
toujours satisfait.
Alors il ne se réjouit d'aucune prospérité et aucun revers ne le
contriste; mais il s'abandonne tout entier, avec une pleine
confiance, à Dieu qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien
ne périt, rien ne meurt, pour qui au contraire tout vit, et à qui
tout obéit sans délai.
-
Souvenez-vous toujours que votre fin
approche et que le temps perdu ne revient point. Les vertus ne
s'acquièrent qu'avec beaucoup de soins et des efforts constants.
Dès que vous commencerez à tomber dans la tiédeur, vous tomberez
dans le trouble.
Mais si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande
paix et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce
de Dieu et de l'amour de la vertu.
L'homme fervent et zélé est prêt à tout.
Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions que de
supporter les fatigues du corps.
Celui qui n'évite pas les petites fautes tombe peu à peu dans
les grandes.
Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le
jour avec fruit.
Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous; et quoiqu'il en
soit des autres, ne vous négligez pas vous-même.
Vous ne ferez de progrès qu'autant que vous vous ferez violence.
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