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« Ces pages ont été
écrites pour la pure vérité »
L’apparition
de la très sainte vierge
sur la montagne de la salette
le samedi 19 septembre 1846
Simple
Réimpression du Texte Publié par Mélanie avec
l’Imprimatur
De Sa Gr Mgr
Sauveur-Louis, Comte ZOLA,
Évêque de Lecce, en 1879,
Suivi de quelques pièces justificatives
Le Tout Publié avec
l’Imprimatur du R. P. A. LEPIDI, O. P.,
Maître du Sacré-Palais,
Assistant Perpétuel de la Congrégation de l’Index,
Délivré à Rome le 6 Juin 1922

« Eh bien ! mes
enfants,
vous le ferez passer à tout mon peuple. »
Société
Saint-Augustin Paris – Rome – Bruges 1922
Imprimatur
Le 18 Septembre, veille de
la sainte Apparition de la Sainte Vierge, j’étais seule, comme à mon
ordinaire, à garder les quatre vaches de mes maîtres. Vers les 11 heures
du matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. À cette vue, je
m’effrayai, parce qu’il me semblait que tout le monde devait savoir que
je fuyais toutes sortes de compagnies. Cet enfant s’approcha de moi et
me dit : « Petite, je viens avec toi, je suis seul à corps. » À ces
paroles, mon mauvais naturel se fit bientôt voir, et, faisant quelques
pas en arrière, je lui dis : « Je ne veux personne, je veux rester
seule. » Puis, je m’éloignais, mais cet enfant me suivait en me disant :
« Va, laisse-moi avec toi, mon maître m’a dit de venir garder mes vaches
avec les tiennes ; je suis de Corps. »
Moi je m’éloignai de lui,
en lui disant que je ne voulais personne ; et après m’être éloignée, je
m’assis sur la gazon. Là, je faisais ma conversation avec les petites
fleurs du bon Dieu.
Un moment après, je regarde
derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit
aussitôt : « Garde-moi, je serai sage. » Mais mon mauvais naturel
n’entendit pas raison. Je me relève avec précipitation, et je m’enfuis
un peu plus loin sans rien lui dire, et je me remis à jouer avec les
fleurs du bon Dieu. Un instant après, Maximin était encore là à me dire
qu’il serait sage, qu’il ne parlerait pas, qu’il s’ennuierait d’être
tout seul, et que son maître l’envoyait auprès de moi, etc. … Cette
fois, j’en eus pitié, je lui fis signe de s’asseoir, et moi, je
continuai avec les petites fleurs du bon Dieu.
Maximin ne tarda pas à
rompre le silence. Il se mit à rire, (je crois qu'il se moquait de moi)
; je le regarde, et il me dit : « Amusons-nous, faisons un jeu. » Je ne
lui répondis rien, car j'étais si ignorante, que je ne comprenais rien
au jeu avec une autre personne, ayant toujours été seule. Je m'amusais
seule avec les fleurs, et Maximin, s'approchant tout à fait de moi, ne
faisait que rire en me disant que les fleurs n'avaient pas d'oreilles
pour m'entendre, et que nous devions jouer ensemble. Mais je n'avais
aucune inclination pour le jeu qu'il me disait de faire. Cependant je me
mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu'il devait passer
avec son maître allaient bientôt finir, et qu'ensuite il s'en irait à
Corps chez son père, etc. ...
Tandis qu'il me parlait, la
cloche de la Salette se fit entendre, c'était l'Angélus ; je fis signe à
Maximin d'élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un
moment le silence. Ensuite, je lui dis : « Veux-tu dîner ? — Oui, me
dit-il. Allons. » Nous nous assîmes ; je sortis de mon sac les
provisions que m'avaient données mes maîtres, et, selon mon habitude,
avant d'entamer mon petit pain rond, avec là pointe de mon couteau je
fis une croix sur mon pain, et au milieu un tout petit trou, en disant :
« Si le diable y est, qu'il en sorte, et si le bon Dieu y est, qu'Il y
reste » et vite, vite je recouvris le petit trou. Maximin partit d'un
grand éclat de rire, et donna un coup de pied à mon pain, qui s'échappa
de mes mains, roula jusqu'au bas de la montagne et se perdit.
J'avais un autre morceau de
pain, nous le mangeâmes ensemble ; ensuite nous fîmes un jeu ; puis
comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un
endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l'engageai à aller
en manger, ce qu'il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son
chapeau. Le soir nous descendîmes ensemble de la montagne, et nous nous
promîmes de revenir garder nos vaches ensemble.
Le lendemain, 19 Septembre,
je me retrouve en chemin avec Maximin ; nous gravissons ensemble la
montagne. Je trouvais que Maximin était très bon, très simple, et que
volontiers il parlait de ce dont je voulais parler ; il était aussi tris
souple, ne tenant pas à son sentiment ; il était seulement un peu
curieux, car quand je m'éloignais de lui, dès qu'il me voyait arrêtée,
il accourait vite pour voir ce que je faisais, et entendre ce que je
disais avec les fleurs du bon Dieu ; et s'il n'arrivait pas à temps, il
me demandait ce que j'avais dit: Maximin me dit de lui apprendre un jeu.
La mâtinée était déjà avancée ; je lui dis de ramasser des fleurs pour
faire le « Paradis ».
Nous nous mîmes tous les
deux à l'ouvrage ; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses
couleurs. l'Angélus du village se fit entendre, car le ciel était beau,
il n'y avait pas de nuages. Après avoir dit au bon Dieu ce que nous
savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un
petit plateau prés du petit ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir
le « Paradis ». Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite
nous prîmes notre petit repas ; puis, nous nous mîmes à porter des
pierres et à construire notre petite maison, qui consistait en un
rez-de-chaussée, qui soi-disant était notre habitation, puis un étage
au-dessus qui était selon nous le « Paradis ».
Cet étage était tout garni
de fleurs de différentes couleurs, avec des couronnes suspendues par des
tiges de fleurs. Ce « Paradis » était couvert par une seule et large
pierre, que nous avions recouverte de fleurs ; nous avions aussi
suspendu des couronnes tout autour. Le « Paradis » terminé, nous le
regardions ; le sommeil nous vint ; vous nous éloignâmes de là à environ
deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.
M'étant réveillée, et ne
voyant pas nos vaches, j'appelai Maximin et je gravis le petit
monticule. De là, ayant vu que nos vaches étaient couchées
tranquillement, je redescendais et Maximin montait, quand tout à coup je
vis une belle lumière, plus brillante que le soleil, et à peine ai-je pu
dire ces paroles : « Maximin, vois-tu, là-bas ? Ah ! mon Dieu ! » En
même temps je laisse tomber le bâton que j'avais en main. Je ne sais ce
qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me sentais
attirée, je me sentais un grand respect plein d'amour, et mon cœur
aurait voulu courir plus vite que moi.
Je regardais bien fortement
cette lumière qui était immobile, et comme si, elle se fût ouverte,
j’aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en
mouvement, et dans cette lumière une très belle Dame assise sur notre
« Paradis », ayant la tête dans ses mains. Cette belle Dame s'est levée,
elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit :
« Avancez, mes enfants, n’ayez pas peur ; je suis ici pour vous annoncer
une grande nouvelle ! » Ces douces et suaves paroles me firent voler
jusqu'à elle, et mon cœur aurait voulu se coller à elle pour toujours.
Arrivée bien près de la belle Dame, devant elle, à sa droite, elle
commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses
beaux yeux.
« Si mon peuple ne veut
pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils.
Elle est si lourde et si pesante, que je ne puis plus la retenir.
Depuis le temps que je
souffre pour vous autres ! Si je veux que mon Fils ne vous abandonne
pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous
n'en faites pas n cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne
pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres.
Je vous ai donné six
jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas
me l'accorder. C'est ce qui appesantit tant le bras de mon Fils.
Ceux qui conduisent les
charrettes, ne savent pas parler sans y mettre le Nom de mon Fils au
milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon
Fils.
Si la récolte se gâte,
ce n'est qu'à cause de vous autres.
Je vous l'ai fait voir
l'année passée par les pommes de terre ; vous n'en avez pas fait cas ;
c'est au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et
vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, à la
Noël il n'y en aura plus. »
Ici je cherchais à
interpréter la parole : pommes de terre ; je croyais comprendre que cela
signifiait pommes. La belle et bonne Dame, devinant ma pansée, reprit
ainsi :
« Vous ne me comprenez
pas, mes enfants ?. — Je vais vous le dire autrement. »
La traduction en français
est celle-ci :
« Si la récolte se gâte,
ce n'est rien que pour vous autres ; je vous l'ai fait voir l'année
passée par les pommes de terre, et vous n'en avez pas fait cas ; c'était
au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous
mettiez le Nom de mon Fils. Elles, vont continuer à se gâter, et à la
Noël il n'y en aura plus.
Si vous avez du blé, il
ne faut pas le semer.
Tout ce que vous
sèmerez, les bêtes le mangeront ; et ce qui viendra, tombera tout en
poussière quand vous le battrez. Il viendra une grande lamine. Avant que
la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un
tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les
tiendront ; les autres feront pénitence par la faim. Les noix
deviendront mauvaises ; les raisins pourriront. »
Ici, la belle Dame qui me
ravissait, resta un moment sans se faire entendre ; je voyais cependant
qu'elle continuait, comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses
aimables lèvres. Maximin recevait. alors son secret. Puis, s'adressant à
moi, la Très Sainte Vierge me parla et me donna un secret en français.
Ce secret, le voici tout entier, et tel qu'elle me l'a donné :
« Mélanie, ce je que je
vais vous dire maintenant, ne sera pas toujours secret : vous pourrez le
publier en 1858.
Les prêtres, ministres
de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences
et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l'amour de l'argent,
l'amour de l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des
cloaques d'impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la
vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux
personnes consacrées à Dieu lesquelles par leurs infidélités et leur
mauvaise vie crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés des personnes
consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent la vengeance et voilà
que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne
pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple ; il n'y a plus
d'âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans
tache à l’Éternel en faveur du monde.
Dieu va frapper d’une
manière sans exemple.
Malheur aux habitants de
la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se
soustraire à tant de maux réunis.
Les chefs, les
conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et
le démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces étoiles
errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire
périr. Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les
régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles ; on
souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes
à eux-mêmes, et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus
de trente-cinq ans.
La Société est à la
veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on
doit s'attendre à être gouverné par une verge de fer et à boire le
calice de la colère de Dieu.
Que le vicaire de mon
Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome après l'année
1859 ; mais qu'il soit ferme et généreux, qu'il combatte avec les armes
de la foi et de l'amour ; je serai avec lui.
Qu'il se méfie de
Napoléon ; son cœur est double, et quand il voudra être à la fois Pape
et empereur, bientôt Dieu se retirera de lui : il est cet aigle, qui
voulant toujours s'élever, tombera sur l'épée dont il voulait se servir
pour obliger les peuples à se faire élever.
L'Italie sera punie de
son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ;
aussi elle sera livrée à la guerre ; le sang coulera de tous côtés : les
églises seront fermées ou profanées ; les prêtres, les religieux seront
chassés ; on les fera mourir, et mourir d'une mort cruelle. Plusieurs
abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se
sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes il se
trouvera même des Évêques.
Que le Pape se tienne en
garde contre les faiseurs de miracles, car le temps est venu que les
prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.
En l'année 1864, Lucifer
avec un grand nombre de démons seront détachés de l'enfer : ils
aboliront la foi peu à peu et même dans les personnes consacrées à
Dieu : ils les aveugleront d'une telle manière, qu'à moins d'une grâce
particulière ces personnes prendront l'esprit de ces mauvais anges :
plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront
beaucoup d'âmes.
Les mauvais livres
abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout
un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ;
ils auront un très grand pouvoir sur la nature : il y aura des églises
pour servir ces esprits. Des personnes seront transportées d'un lieu à
un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce qu'ils ne
se seront pas conduits par le bon esprit de l'Évangile, qui est un
esprit d'humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu. On fera
ressusciter des morts et des justes » (c'est-à-dire que ces morts
prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin
de mieux séduire les hommes ; ces soi-disant morts ressuscités, qui ne
seront autre chose que le démon sous ces figures, prêcheront un autre
Évangile contraire à celui du vrai Christ-Jésus, niant l'existence du
Ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme
unies à leurs corps.) « Il y aura en tous lieux des prodiges
extraordinaires, parce que la vraie foi s'est éteinte et que la fausse
lumière éclaire le monde. Malheur aux Princes de l'Église qui ne seront
occupés qu'à entasser richesses sur richesses, qu'à sauvegarder leur
autorité et à dominer avec orgueil !
Le Vicaire de mon Fils
aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l'Église sera livrée à
de grandes persécutions : ce sera le temps des ténèbres ; l'Église aura
une crise affreuse.
La sainte foi de Dieu
étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être
supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et
ecclésiastiques, tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ;
on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans
amour pour la patrie ni pour la famille.
Le Saint-Père souffrira
beaucoup. Je serai avec lui jusqu'à la fin pour recevoir son sacrifice.
Les méchants attenteront
plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni lui, ni
son successeur..., ne verront le triomphe de l'Église de Dieu.
Les gouvernants civils
auront tous un même dessein, qui sera d'abolir et de taire disparaître
tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l’athéisme,
au spiritisme et à toutes sortes de vices.
Dans l'année 1865, on
verra l'abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les
fleurs de l'Église seront putréfiées et le démon se rendra comme le roi
dés cœurs. Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se
tiennent en garde pour les personnes qu'ils doivent recevoir, parce que
le démon, usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres
religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l'amour
des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.
La France, l'Italie,
l'Espagne et l'Angleterre seront en guerre ; le. sang coulera dans les
rues ; le Français se battra, avec le Français, l'Italien avec l'Italien
;. ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un
temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l'Italie;. parce
que l'Évangile de Jésus-Christ n'est plus connu. Les méchants
déploieront toute leur malice ; on se tuera, on se massacrera
mutuellement jusque dans les maisons.
Au premier coup de son
épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront
d'épouvante, parce que les désordres et les crimes des hommes percent la
voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti ; plusieurs
grandes villes seront ébranlées et englouties par des tremblements de
terre : on croira que tout est perdu ; on ne verra qu'homicides, on
n'entendra que bruits d'armes et que blasphèmes. Les justes souffriront
beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront
jusqu'au Ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et
miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors
Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour
les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis soient mis à
mort. Tout à coup les persécuteurs de l'Église de Jésus-Christ et tous
les hommes adonnés au péché périront, et la terre deviendra comme un
désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les
hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié ; la charité
fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la sainte
Église, qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des
vertus de Jésus-Christ. L'Évangile sera prêché partout, et les hommes
feront de grands progrès dans la foi, parce qu'il y aura unité parmi les
ouvriers de Jésus-Christ, et que les hommes vivront dans la crainte de
Dieu.
Cette paix parmi les
hommes ne sera pas longue : vingt-cinq ans d'abondantes récoltes leur
feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines
qui arrivent sur la terre.
Un avant-coureur de
l'antéchrist, avec ses troupes de plusieurs nations, combattra contre le
vrai Christ, le seul Sauveur du monde ; il répandra beaucoup de sang, et
voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.
La terre sera frappée de
toutes sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront
générales) ; il y aura des guerres jusqu'à la dernière guerre, qui
sera alors faite par les dix rois de l'antéchrist, lesquels rois auront
tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde.
Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de fausse paix dans le
monde ; on ne pensera qu'à se divertir ; les méchants se livreront à
toutes sortes de péchés ; mais les enfants de la sainte Église, les
enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l'amour de Dieu
et dans les vertus qui me sont les plus chères. Heureuses les âmes
humbles conduites par l'Esprit-Saint ! Je combattrai avec elles jusqu'à
ce qu'elles arrivent à la plénitude de l'âge.
La nature demande
vengeance pour les hommes, et elle frémit d'épouvante dans l'attente de
ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes.
Tremblez, terre, et vous
qui faites profession de servir Jésus-Christ et qui au-dedans vous
adorez vous-mêmes, tremblez ; car Dieu va vous livrer à son ennemi,
parce que les lieux saints sont dans la corruption ; beaucoup de
couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d'Asmodée
et des siens.
Ce sera pendant ce temps
que naîtra l'antéchrist, d'une religieuse hébraïque, d'une fausse vierge
qui aura communication avec le vieux, serpent, le maître de l'impureté ;
son père sera Évêque ; en naissant, il vomira des blasphèmes, il aura
des dents ; en un mot ce sera le diable incarné ; il poussera des cris
effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d'impuretés. Il
aura des frères qui, quoiqu'ils ne soient pas comme lui des démons
incarnés, seront des enfants de mal ; à 12 ans, ils se feront remarquer
par leurs vaillantes victoires qu'ils remporteront ; bientôt, ils seront
chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l'enfer.
Les saisons seront
changées, la terre ne produira que de mauvais fruits les astres perdront
leurs mouvements réguliers, la lune ne reflétera qu'une faible lumière
rougeâtre ; l'eau et le feu donneront au globe de la terre des
mouvements convulsifs et d'horribles tremblements de terre, qui feront
engloutir des montagnes, des villes, (etc.).
Rome perdra la foi et
deviendra le siège de l'antéchrist.
Les démons de l'air avec
l'antéchrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et
les .hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses
fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté ; l'Évangile sera
prêché partout, tous les peuples et toutes les nations auront
connaissance de la vérité !
J'adresse un pressant
appel à la terre : j'appelle les vrais disciples du Dieu vivant et
régnant dans les cieux ; j'appelle les vrais imitateurs du Christ fait
homme, le seul et vrai Sauveur des hommes ; j'appelle mes enfants, mes
vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à
mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux
qui out vécu de mon esprit ; enfin j'appelle les Apôtres des derniers
temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris
du monde et d'eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l'humilité, dans le
mépris et dans le silence, dans l'oraison et dans la mortification, dans
la chasteté et dans l'union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du
monde. Il est temps qu'ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez,
et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous,
pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de
malheur. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et
l'honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit
nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.
L'Église sera éclipsée,
le monde sera dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elie remplis de
l'Esprit de Dieu ; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes
de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d'âmes seront consolées ;
ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et
condamneront les erreurs diaboliques de l'antéchrist.
Malheur aux habitants de
la terre ! Il y aura des guerres sanglantes et des famines ; des pestes
et des maladies contagieuses ; il y aura des pluies d'une grêle
effroyable d'animaux ; des tonnerres qui ébranleront des villes ; des
tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix
dans les airs ; les hommes se battront la tête contre les murailles ;
ils appelleront la mort, et d'un autre côté la mort fera leur supplice ;
le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre, si Dieu ne diminue le
temps de l'épreuve ? Par le sang, les larmes et les prières des justes,
Dieu se laissera fléchir ; Enoch et Elie seront mis à mort ; Rome
païenne disparaîtra ; le feu du Ciel tombera et consumera trois villes ;
tout l'univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire
parce qu'ils n'ont pas adoré le vrai Christ vivant parmi eux. Il est
temps ; le soleil s’obscurcit ; la foi seule vivra.
Voici le temps ; l'abîme
s'ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses
sujets, se disant le « Sauveur » du monde. Il s'élèvera avec orgueil
dans les airs pour aller jusqu'au ciel ; il sera étouffé par le souffle
de saint Michel Archange. Il tombera, et la terre, qui depuis trois
jours sera en de continuelles révolutions, ouvrira son sein plein de feu
; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouffres
éternels de l'enfer. Alors l'eau et le feu purifieront la terre et
consumeront toutes les œuvres de l'orgueil des hommes, et tout sera
renouvelé : Dieu sera servi et glorifié.
Ensuite la Sainte Vierge me
donna, aussi. en français, la Règle d'un nouvel Ordre religieux.
Après m'avoir donné la
Règle de ce nouvel Ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la
suite du Discours :
« S'ils se
convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé, et les
pommes de terre se trouveront ensemencées par les terres.
Faites-vous bien votre
prière, mes enfants ? »
Nous répondîmes tous les
deux :
« Oh ! non, Madame, pas
beaucoup. »
« Ah ! mes enfants, il
faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux
faire, dites un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et
que vous pourrez mieux faire, vous en direz davantage.
Il ne va que quelques
femmes un peu âgées à la messe ; les autres travaillent tout l'été le
Dimanche ; et l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la
messe que pour se moquer de la religion. Le carême, ils vont à la
boucherie comme les chiens.
N'avez-vous pas vu du
blé gâté, mes enfants ? »
Tous les deux nous avons
répondu : « Oh ! non, Madame. »
La Sainte Vierge
s'adressant à Maximin : « Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir
vu une fois vers le Coin, avec ton père. L'homme de la pièce dit à ton
père : Venez voir comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit
deux ou trois épis dans sa main, il les frotta, et ils tombèrent en
poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n'étiez plus qu'à une
demi-heure de Corps, ton père te donna .un morceau de pain en te
disant : Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui
mangera l'année prochaine, si le blé se gâte comme cela ».
Maximin répondit : « C'est
bien vrai, Madame. je ne me le rappelais pas. »
La Très Sainte Vierge a
terminé son discours en français : « Eh bien ! mes enfants, vous le
ferez passer à tout mon peuple. »
La très belle Dame traversa
le ruisseau ; et à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous qui
la suivions (parce qu'elle attirait à elle par son éclat et plus encore
par sa bonté qui m'enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle
nous a dit encore :
« Eh bien ! mes enfants,
vous le ferez passer à tout mon peuple. »
Puis elle a continué de
marcher. jusqu'à l'endroit où j'étais montée pour regarder où étaient
nos vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l'herbe sans la faire
plier. Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s'arrêta, et vite je
me plaçai devant elle, pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir
quel chemin elle inclinait le plus à prendre ; car c'était fait de moi,
j'avais oublié et mes vaches et les maîtres chez lesquels j'étais en
service ; je m'étais attaché pour toujours et sans condition Ma
Dame ; oui, je voulais ne plus jamais, jamais la quitter ; je la suivais
sans arrière-pensée, et dans la disposition de la servir tant que je
vivrai.
Avec Ma Dame je
croyais avoir oublié le paradis ; je n'avais plus que la pensée de bien
la servir en tout ; et je croyais que j'aurais pu faire tout ce qu'Elle
m'aurait dit de faire, car il me semblait qu'Elle avait beaucoup de
pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui m'attirait à Elle ;
j'aurais voulu, avec les yeux fermés, m'élancer dans ses bras. Elle ne
m'a pas donné le temps de le faire. Elle s'est élevée insensiblement de
terre à une hauteur d'environ un mètre et plus ; et restant ainsi
suspendue en l'air un tout petit instant, ma belle Dame regarda le ciel,
puis la terre à sa droite et à sa gauche, puis Elle me regarda avec des
yeux si doux, si aimables et si bons, que je croyais qu'Elle m'attirait
dans son intérieur, et il me semblait. que mon cœur s'ouvrait au sien.
Et tandis que mon cœur se
fondait en une douce dilatation, la belle figure de ma bonne Dame
disparaissait peu à peu : il me semblait que la lumière en mouvement se
multipliait ou bien se condensait autour de la Très Sainte Vierge, pour
m'empêcher de La voir plus longtemps. Ainsi la lumière prenait la place
des parties du corps qui disparaissaient à mes yeux ; ou bien il
semblait que le corps de ma Dame se changeait en lumière en se fondant.
Ainsi la lumière en forme de globe s'élevait doucement en direction
droite.
Je ne puis pas dire si le
volume de lumière diminuait à mesure qu'elle s'élevait, ou bien si
c'était l'éloignement qui faisait que je voyais diminuer la lumière à
mesure qu'elle s'élevait ; ce que je sais, c'est que je suis restée la
tête levée et les yeux fixés sur la lumière, même après que cette
lumière, qui allait toujours s'éloignant et diminuant de volume, eut
fini par disparaître.
Mes jeux se détachent du
firmament, je regarde autour de moi, je vois Maximin qui me regardait,
je lui dis : « Mémin, cela doit être le bon Dieu de mon père, ou la
Sainte Vierge, ou quelque grande sainte. ». Et Maximin lançant la main
en l'air, il dit : « Ah ! si j’avais su ! »
Le soir du 19 septembre,
nous nous retirâmes un peu plus tôt qu'à l'ordinaire. Arrivée chez mes
maîtres, je m'occupais à attacher mes vaches et à mettre tout en ordre
dans l'écurie. Je n'avais pas terminé, que ma maîtresse vint à moi en
pleurant et me dit : « Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me dire
ce qui vous est arrivé sur la montagne ? » (Maximin n'ayant pas trouvé
ses maîtres, qui ne s'étaient pas encore retirés de leurs travaux, était
venu chez les miens, et avait raconté tout ce qu'il avait vu et
entendu). Je lui répondis : « Je voulais bien vous le dire, mais je
voulais finir mon ouvrage auparavant. » Un moment après, je me rendis
dans la maison, et ma maîtresse me dit : « Racontez ce que vous avez vu
; le berger de Bruite (c'était. le surnom de Pierre Selme, maître de
Maximin) m'a tout raconté. »
Je commence et vers la
moitié du récit mes maîtres arrivèrent de leurs champs ; ma maîtresse,
qui pleurait en entendant les plaintes et les menaces de notre tendre
Mère, dit : « Ah ! vous vouliez aller ramasser le blé demain ;
gardez-vous en bien, venez entendre ce qui est arrivé aujourd'hui à
cette enfant et au berger de Selme. » Et se tournant vers moi, elle dit
: « Recommencez tout ce que vous m'avez dit. » Je recommence ; et
lorsque j'eus terminé, mon maître dit : « C'est la Sainte Vierge, ou
bien une grande sainte, qui est venue de la part du bon Dieu ; mais
c'est comme si le bon Dieu était venu lui-même : il faut faire tout ce
que cette sainte a dit. Comment allez-vous faire pour dire cela à tout
son peuple ? » Je lui répondis : « Vous me direz comment je dois faire,
et je le ferai. » Ensuite il ajouta en regardant sa mère, sa femme et
son frère : « Il faut y penser. » Puis chacun se retira à ses affaires.
C'était après le souper.
Maximin et ses maîtres vinrent chez les miens pour raconter ce que
Maximin leur avait dit, et pour savoir ce qu'il y avait à faire : « Car,
dirent-ils, il nous semble que c'est la Sainte Vierge qui a été envoyée
par le bon Dieu ; les paroles qu'Elle a dites le font croire. Et Elle
leur a dit de le faire passer à tout son peuple ; il faudra peut- être
que ces enfants parcourent le monde entier pour faire connaître qu'il
faut que tout le monde observe les Commandements du bon Dieu, sinon de
grands malheurs vont arriver sur nous. » Après un moment de silence, mon
maître dit, en s'adressant à Maximin et à moi : « Savez-vous ce que vous
devez faire, mes enfants ? Demain, levez-vous de bon matin, allez tous
les deux à Monsieur le Curé, et racontez-lui tout ce que vous avez vu et
entendu ; dites-lui bien comment la chose s'est passée ; il vous dira ce
que vous avez à faire. »
Le 20 septembre, lendemain
de l'apparition, je partis de bonne heure avec Maximin. Arrivés à la
Cure, je frappe à la porte. La domestique de Monsieur le Curé vint
ouvrir, et demanda ce que nous voulions. Je lui dis (en français, moi
qui ne l'avais jamais parlé) : « Nous voudrions parler à Monsieur le
Curé. — « Nous voulons lui dire, Mademoiselle, qu'hier nous sommes allés
garder nos vaches sur la montagne des Baisses, et après avoir dîné,
etc., etc. » Nous lui racontâmes une bonne partie du discours de la Très
Sainte Vierge. Alors la cloche de l'église sonna ; c'était le dernier
coup de la Messe. Monsieur l'Abbé Perrin, Curé de la Salette, qui nous
avait entendus, ouvrit sa porte avec fracas : il pleurait ; il se
frappait la poitrine ; il nous dit : « Mes enfants, nous sommes perdus,
le bon Dieu va nous punir. Ah ! mon Dieu, c'est la Sainte Vierge qui
vous est apparue ! » Et il partit pour dire la Sainte Messe. Nous nous
regardâmes avec Maximin et la domestique ; puis Maximin me dit : « Moi,
je" m'en vais chez mon père, à Corps. » Et nous nous séparâmes.
N'ayant pas reçu d'ordre de
mes maîtres de me retirer aussitôt après avoir parlé à Monsieur le Curé,
je crus ne pas faire mal en assistant à la Messe. Je fus donc à
l'église. La Messe commence, et, après le premier Évangile, Monsieur le
curé se tourne vers le peuple, et essaie de raconter à ses paroissiens
l'apparition qui venait d'avoir lieu, la veille, sur une de leurs
montagnes, et les exhorte à ne plus travailler le Dimanche : sa voix
était entrecoupée par des sanglots, et tout le peuple était ému. Après
la Sainte Messe, je me retirai chez mes maîtres. Monsieur Peytard, qui
est encore aujourd'hui Maire de la Salette, y vint m'interroger sur le
fait de l'apparition ; et après s'être assuré de la vérité de ce que je
lui disais, il se retira convaincu.
Je continuai de rester au
service de mes maîtres jusqu'à la fête de la Toussaint. Ensuite je fus
mise comme pensionnaire chez les religieuses de la Providence, dans mon
pays, à Corps.
La Très Sainte Vierge était
très grande et bien proportionnée ; Elle paraissait être si légère
qu'avec un souffle on l'aurait fait remuer ; cependant Elle était
immobile et bien posée.
Sa physionomie était
majestueuse, imposante, mais non imposante comme le sont les seigneurs
d'ici-bas. Elle imposait une crainte respectueuse. En même temps que Sa
Majesté imposait du respect mêlé d'amour, Elle attirait à Elle. Son
regard était doux et pénétrant ; ses yeux semblaient parler avec les
miens, mais la conversation venait d'un profond et vif sentiment d'amour
envers cette beauté ravissante qui me liquéfiait. La douceur de son
regard, son air de bonté incompréhensible faisaient comprendre et sentir
qu'Elle attirait à Elle et voulait se donner; c'était une expression
d'amour qui ne peut pas s'exprimer avec la langue de chair ni avec les
lettres de l'alphabet.
Le vêtement de la Très
Sainte Vierge était blanc argenté et tout brillant ; il n'avait rien
de matériel : il était composé de lumière et de gloire, variant et
scintillant. Sur la terre il n’y a pas d'expression ni de comparaison à
donner.
La Sainte Vierge était
toute belle et toute formée d'amour ; en la regardant je languissais de
me fondre en elle. Dans ses atours, comme dans sa personne, tout
respirait la majesté, la splendeur, la magnificence d'une Reine
incomparable. Elle paraissait belle, blanche, immaculée, cristallisée,
éblouissante, céleste, fraîche, neuve comme une Vierge ; il semblait que
la parole Amour s'échappait de ses lèvres argentées et toutes pures.
Elle me paraissait comme une bonne Mère, pleine de bonté, d'amabilité,
d'amour pour nous, de compassion, de miséricorde.
La couronne de roses
qu'Elle avait sur la tête était si belle, si brillante, qu'on ne peut
pas s'en faire une idée ; les roses de. diverses couleurs n'étaient pas
de la terre ; c'était une réunion de fleurs qui entouraient la tête de
la Très Sainte Vierge en forme de couronne ; mais les roses se
changeaient ou se remplaçaient ; puis du cœur de chaque rose il sortait
une si belle lumière, qu'elle ravissait, et pendait les roses d'une
beauté éclatante. De la couronne de roses s'élevaient comme des branches
d'or, et une quantité d'autres petites fleurs mêlées avec des brillants.
Le tout formait un très
beau diadème, qui brillait tout seul plus que notre soleil de la terre.
La Sainte Vierge avait une
très jolie Croix suspendue à son cou. Cette Croix paraissait être dorée,
je dis dorée pour ne pas dire une plaque d'or ; car j'ai vu quelquefois
des objets dorés avec diverses nuances d'or, ce qui faisait à mes yeux
un bien plus bel effet qu'une simple plaque d'or. Sur cette belle Croix
toute brillante de lumière était un Christ, était Notre-Seigneur, les
bras tendus sur la Croix. Presque aux deux extrémités de la Croix d'un
côté il y avait un marteau, de l'autre une tenaille. Le Christ était
couleur de chair naturelle ; mais il brillait d'un grand éclat et la
lumière qui sortait de tout son corps paraissait comme des dards très
brillants, qui me fendaient le cœur du désir de me fondre en Lui.
Quelquefois le Christ paraissait être mort : Il avait la tête penchée,
et le corps était comme affaissé, comme pour tomber, s’Il n'avait pas
été retenu par les clous qui Le retenaient à la Croix.
J'en avais une vive
compassion, et j'aurais voulu redire au monde entier son amour inconnu,
et infiltrer dans les âmes des mortels l'amour le plus senti et la
reconnaissance la plus vive envers un Dieu qui n'avait nullement besoin
de nous pour être ce qu'Il est, ce qu'Il était et ce qu'Il sera toujours
; et pourtant, ô Amour incompréhensible à l'homme ! Il s'est fait homme,
et Il a voulu mourir, oui, mourir pour mieux écrire dans nos âmes et
dans. notre mémoire l'amour fou qu'Il a pour nous ! Oh ! que je suis
malheureuse de me trouver si pauvre en expression pour redire l'Amour,
oui, l'Amour de notre bon Sauveur pour nous ! mais, d'un autre côté, que
nous sommes heureux de pouvoir sentir mieux ce que nous ne pouvons
exprimer !
D'autres fois le Christ
semblait vivant ; Il avait la tête droite, les yeux ouverts, et
paraissait être sur la Croix par sa propre volonté. Quelquefois aussi Il
paraissait parler: Il semblait vouloir montrer qu'il était en Croix pour
nous, par amour pour nous, pour nous attirer à son Amour, qu'il a
toujours un amour nouveau pour nous, que son Amour du commencement et de
l'année 33 est toujours celui d'aujourd'hui et qu'à sera toujours.
La Sainte Vierge pleurait
presque tout le temps qu'Elle me parla. Ses larmes coulaient une à une
lentement jusque vers ses genoux ; puis comme des étincelles de lumière,
elles disparaissaient. Elles étaient brillantes et pleines d'amour.
J'aurais voulu la consoler, et qu'Elle ne pleurât plus. Mais il me
semblait qu'Elle avait besoin de montrer ses larmes pour mieux montrer
son Amour oublié par les hommes. J'aurais voulu me jeter dans ses bras
et Lui dire : « Ma bonne bière, ne pleurez pas ! je veux Vous aimer pour
tous les hommes de la terre. » Mais il me semblait qu'Elle me disait :
« Il y en a tant qui ne me connaissent pas ! »
J'étais entre la mort et la
vie, en voyant d'un côté tant d'amour, tant de désir d'être aimée, et
d'un autre «ôté tant de froideur, tant d'indifférence... Oh ! ma Mère,
Mère toute belle et toute aimable, mon amour, Cœur de mon cœur !
Les larmes de notre tendre
Mère, loin d'amoindrir son air de Majesté, de Reine et de Maîtresse,
semblaient au contraire l’embellir, la rendre plus- aimable, plus belle,
plus puissante, plus remplie d'amour, plus maternelle, plus ravissante ;
et j'aurais mangé ses larmes, qui faisaient sauter mon cœur de
compassion, et d'amour. Voir pleurer unie mère et une telle Mère, sans
prendre tous les moyens imaginables pour la consoler, pour changer ses
douleurs en joie, cela se comprend-il ! O Mère plus que bonne ! vous
avez été formée de toutes les prérogatives dont Dieu est capable ; vous
avez comme épuisé la puissance de Dieu ; vous êtes bonne et puis bonne
de la bonté de Dieu même ; Dieu s'est agrandi en vous formant son
chef-d'œuvre terrestre et céleste.
La Très Sainte Vierge avait
un tablier jaune. Que dis-je, jaune ? Elle avait un tablier plus
brillant que plusieurs soleils ensemble. Ce n'était pas une étoffe
.matérielle, c'était un composé de gloire, et cette gloire était
scintillante et d'une beauté ravissante. Tout en la Très Sainte Vierge
me portait fortement, et me faisait comme glisser à adorer et à
aimer mon Jésus dans tous les états de sa vie mortelle.
La Très Sainte Vierge avait
deux chaînes, l'une un peu plus large que l'autre. À la plus étroite
était suspendue la Croix dont j'ai fait mention plus haut. Ces chaînes
(puisqu'il faut donner le nom de chaînes) étaient comme des rayons de
gloire d'un grand éclat variant et scintillant.
Les souliers (puisque
souliers il faut dire) étaient blancs, mais un blanc argenté, brillant ;
il y avait des roses autour. Ces roses étaient d'une beauté
éblouissante, et du cœur de chaque rose sortait une flamme de lumière
très belle et très agréable à voir. Sur les souliers il y avait une
boucle en or, non en or de la terre, mata bien dé l'or du Paradis.
La vue de la Très Sainte
Vierge était elle-même un paradis accompli ; Elle avait en Elle tout ce
qui pouvait satisfaire, car la terre était oubliée.
La Sainte Vierge était
entourée de deux lumières. La première lumière, plus prés de la Très
Sainte Vierge, arrivait jusqu'à nous ; elle brillait d'un éclat très
beau et scintillant. La seconde lumière s'étendait un peu plus autour de
la Belle Dame, et nous nous trouvions dans celle-là ; elle était
immobile (c'est-à-dire qu'elle ne scintillait pas), mais bien plus
brillante que notre pauvre soleil de la terre. Toutes ces lumières ne
faisaient pas mal aux yeux, et ne fatiguaient nullement la vue.
Outre toutes ces lumières,
toute cette splendeur, il sortait encore des groupes ou faisceaux de
lumières ou des rayons de lumière du Corps de la Sainte Vierge, de ses
habits et de partout.
La voix de la Belle Dame
était douce ; elle enchantait, ravissait, faisait du bien au cœur : elle
rassasiait, aplanissait tous les obstacles, calmait, adoucissait. Il me
semblait que j'aurais toujours voulu manger de sa belle voix, et mon
cœur semblait danser ou vouloir aller à sa rencontre pour se liquéfier
en Elle.
Les yeux de la Très Sainte
Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue
humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il
faudrait le langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge
Immaculée, Chef-d'œuvre de sa toute puissance.
Les yeux de l'auguste Marie
paraissaient mille et mille fois plus beaux que les brillants, les
diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient
comme deux soleils ; ils étaient doux, de la douceur même, clairs comme
un miroir. Dans ses yeux on voyait le Paradis ; ils attiraient à Elle ;
il semblait qu'Elle voulait se donner et attirer. Plus je La regardais,
plus je La voulais voir ; plus je La voyais, plus je L'aimais, et je
L'aimais de toutes mes forces.
Les yeux de la belle
Immaculée étaient comme la porte de Dieu, d'où l'on voyait tout ' ce qui
peut enivrer l'âme. Quand mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère
de Dieu et la mienne, j'éprouvais au dedans de moi-même une heureuse
révolution d'amour et de protestation de l'aimer et de me fondre
d'amour.
En nous regardant, nos yeux
se parlaient à leur mode, et je, l'aimais tant, que j'aurais voulu
l'embrasser dans le milieu de ses yeux qui attendrissaient mon âme, et
semblaient l'attirer et la faire fondre avec la sienne. Ses yeux me
plantèrent un doux tremblement dans tout mon être ; et je craignais de
faire le moindre mouvement qui pût lui être désagréable tant soit peu.
Cette seule vue des yeux de
la plus pure des Vierges aurait suffi pour être le Ciel d'un bienheureux
; aurait suffi pour faire entrer une âme dans la plénitude des volontés
du Très-Haut parmi tous les événements qui arrivent dans le cours de la
vie mortelle ; aurait suffi pour faire faire à cette âme de continuels
actes de louanges, de remerciement, de réparation et d'expiation. Cette
seule vue concentre l'âme en Dieu et la rend comme une morte-vivante, ne
regardant toutes les choses de la terre, même les choses qui paraissent
les plus sérieuses, que comme (es amusements d'enfants ; elle ne
voudrait entendre parler que de Dieu et de ce qui touche à sa gloire.
Le péché est le seul mal
qu'Elle voit sur la terre, Elle en mourrait de douleur si Dieu ne la
soutenait. Amen.
CASTELLAMARE, le 21
novembre 1878.
MARIE. DE LA CROIX, Victime
de Jésus,
née MÉLANIE CALVAT, Bergère de la Salette.
Nihil obstat :
imprimatur.
Datum Lycii ex Curia Epli die15 Nov. 1879
Vicarius Generalis
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