
TABLE
INTRODUCTION
I
DANS LA CONTINUITÉ
DU CONCILE ET DU JUBILÉ
Le regard tourné vers le
Christ
Avec Marie, contempler
le visage du Christ
De l'Année du Rosaire à
l'Année de l'Eucharistie
II
L'EUCHARISTIE, MYSTÈRE LUMINEUX
«Il leur expliqua, dans
toute l'Écriture, ce qui le concernait» (Lc 24,27)
«Ils le reconnurent à la
fraction du pain» (Lc 24,35)
«Je suis avec vous tous
les jours» (Mt 28,20)
Célébrer, adorer,
contempler
III
L'EUCHARISTIE, SOURCE
ET ÉPIPHANIE DE COMMUNION
«Demeurez en moi, comme
moi en vous» (Jn 15,4)
Un seul pain, un seul
corps
«Un seul cœur et une
seule âme» (Ac 4, 32)
Le Jour du Seigneur
IV
L'EUCHARISTIE,
PRINCIPE ET PROJET DE «MISSION»
«À l'instant même, ils
se levèrent» (Lc 24,33)
Rendre grâce
La voie de la solidarité
Au service des plus
petits
CONCLUSION
NOTES
|
À L'ÉPISCOPAT,
AU CLERGÉ
ET AUX FIDÈLES
POUR L'ANNÉE DE L'EUCHARISTIE
OCTOBRE
2004–OCTOBRE 2005
● ● ●
INTRODUCTION
1. «Reste avec nous,
Seigneur, le soir approche» (Lc 24,29). Telle fut l'invitation
insistante que les deux disciples, faisant route vers Emmaüs le soir
même du jour de la résurrection, adressèrent au Voyageur qui s'était
joint à eux le long du chemin. Habités par de tristes pensées, ils
n'imaginaient pas que cet inconnu était bien leur Maître, désormais
ressuscité. Ils faisaient toutefois l'expérience d'un «désir ardent» et
profond (cf. ibid. 32), tandis qu'il leur parlait, leur
«expliquant» les Écritures. La lumière de la Parole faisait fondre la
dureté de leur cœur et «ouvrait leurs yeux» (cf. ibid., 31).
Entre les ombres du jour déclinant et l'obscurité qui envahissait leur
esprit, ce Voyageur était un rayon de lumière qui ravivait en eux
l'espérance et qui ouvrait leurs cœurs au désir de la pleine lumière.
«Reste avec nous», supplièrent-ils. Et il accepta. D'ici peu, le visage
de Jésus aurait disparu, mais le Maître «demeurerait» sous le voile du
«pain rompu», devant lequel leurs yeux s'étaient ouverts.
2. L'icône des disciples
d'Emmaüs aide bien à orienter une Année qui verra l'Église
particulièrement attentive à vivre le mystère de la Sainte Eucharistie.
Sur la route de nos interrogations et de nos inquiétudes, parfois de nos
cuisantes déceptions, le divin Voyageur continue à se faire notre
compagnon pour nous introduire, en interprétant les Écritures, à la
compréhension des mystères de Dieu. Quand la rencontre devient totale, à
la lumière de la Parole succède la lumière qui jaillit du «Pain de vie»,
par lequel le Christ réalise de la manière la plus haute sa promesse
d'être avec nous «tous les jours jusqu'à la fin du monde» (Mt
28,20).
3. La «fraction du pain»
—comme était appelée l'Eucharistie aux origines— est depuis toujours au
centre de la vie de l'Église. Par elle, le Christ rend présent, au long
du temps, son mystère de mort et de résurrection. En elle, Il est reçu
en personne comme «pain vivant descendu du ciel» (Jn 6,51) et,
avec Lui, nous est donné le gage de la vie éternelle, grâce auquel on
goûte par avance au banquet éternel de la Jérusalem céleste. À plusieurs
reprises, et récemment dans l'encyclique
Ecclesia de
Eucharistia, me situant dans la continuité de l'enseignement des
Pères, des Conciles œcuméniques et de mes Prédécesseurs eux-mêmes, j'ai
invité l'Église à réfléchir sur l'Eucharistie. Dans la présente Lettre,
je n'entends pas, par conséquent, proposer à nouveau l'enseignement déjà
donné, auquel je renvoie afin qu'il soit approfondi et assimilé. J'ai
toutefois considéré que, précisément dans ce but, une Année
entièrement consacrée à cet admirable sacrement pouvait être d'une
grande aide.
4. Comme on le sait, l'Année
de l'Eucharistie se déroulera d'octobre 2004 à octobre 2005.
L'occasion propice à une telle initiative m'a été offerte par deux
événements qui en scanderont opportunément le commencement et la fin: le
Congrès eucharistique international, programmé du 10 au 17 octobre
2004 à Guadalajara (Mexique), et l'Assemblée ordinaire du Synode des
Evêques, qui aura lieu au Vatican du 2 au 29 octobre 2005, avec pour
thème: «L'Eucharistie: source et sommet de la vie et de la mission de
l'Église». Pour me guider dans cette démarche, il y eut aussi une autre
considération:
la
Journée mondiale de la Jeunesse qui aura lieu cette même année et se
déroulera à Cologne du 16 au 21 août 2005. L'Eucharistie est le
centre vital autour duquel je désire que les jeunes se rassemblent pour
nourrir leur foi et leur enthousiasme. L'idée d'une telle initiative
eucharistique était déjà depuis un certain temps dans mon esprit: elle
constitue en effet le développement naturel de l'orientation pastorale
que j'ai entendu donner à l'Église, spécialement à partir des années
préparatoires au Jubilé, et que j'ai reprise ensuite au cours des années
suivantes.
5. Dans cette Lettre
apostolique, je me propose de souligner cette continuité d'orientation,
afin qu'il soit plus facile pour tous d'en recueillir la portée
spirituelle. Quant à la réalisation concrète de l'Année de
l'Eucharistie, je compte sur la sollicitude personnelle des Pasteurs
des Églises particulières, dont la dévotion envers un si grand Mystère
suggérera des démarches appropriées. Du reste, il ne sera pas difficile
à mes Frères Évêques de percevoir en quoi cette initiative, qui suit de
peu la conclusion de l'Année du Rosaire, se situe à un niveau
spirituel d'une telle profondeur qu'elle ne vient en aucune manière
gêner les programmes pastoraux des Églises particulières. Au contraire,
elle peut les éclairer efficacement, les ancrant, pour ainsi dire, dans
le Mystère qui constitue la racine et le secret de la vie spirituelle
des fidèles comme aussi de chaque initiative de l'Église locale. Je ne
demande donc pas d'interrompre les «chemins» pastoraux que les Églises
locales sont en train de réaliser, mais d'en accentuer la dimension
eucharistique, qui est propre à la vie chrétienne tout entière. Par
cette Lettre, je veux pour ma part offrir quelques orientations de
fond, dans la certitude que le peuple de Dieu, dans ses diverses
composantes, voudra bien accueillir ma proposition avec une prompte
docilité et un fervent amour.
I
DANS LA CONTINUITÉ
DU CONCILE ET DU JUBILÉ
Le regard tourné vers le
Christ
6. Il y a dix ans, par la
Lettre apostolique
Tertio millennio adveniente (10 novembre 1994), j'ai eu la joie
d'indiquer à l'Église le chemin de préparation au Grand Jubilé de
l'An 2000. Je percevais que cette occasion historique se profilait à
l'horizon comme une grande grâce. Je ne croyais pas, bien sûr, qu'un
simple passage chronologique, pourtant suggestif, pouvait par lui-même
comporter de grands changements. Après le commencement du Millénaire,
les faits se sont malheureusement chargés de mettre en évidence une
sorte de continuité extrêmement dure avec les événements qui avaient
précédé, et souvent avec les pires d'entre eux. À côté de perspectives
réconfortantes, un scénario s'est ainsi dessiné, qui laisse entrevoir de
sinistres ombres de violence et de sang qui n'en finissent pas de nous
attrister. Mais, en invitant l'Église à célébrer le Jubilé des deux
mille ans de l'Incarnation, j'étais bien convaincu —et je le suis
aujourd'hui plus que jamais!— de travailler pour le «long terme» de
l'humanité.
Le Christ en effet est au
centre non seulement de l'histoire de l'Église, mais aussi de l'histoire
de l'humanité. En Lui tout est récapitulé (cf.Ep 1,10; Col
1,15-20). Comment ne pas rappeler l'élan avec lequel le Concile
œcuménique Vatican II, citant le Pape Paul VI, confessa que le Christ
«est la fin de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les
désirs de l'histoire et de la civilisation, le centre du genre humain,
la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations»?1
L'enseignement du Concile a apporté de nouveaux approfondissements à la
connaissance de la nature de l'Église, ouvrant le cœur des croyants à
une compréhension plus attentive des mystères de la foi et des réalités
terrestres elles-mêmes à la lumière du Christ. En Lui, Verbe fait chair,
se révèle en effet non seulement le mystère de Dieu, mais le mystère
même de l'homme.2 En Lui, l'homme trouve rédemption et
plénitude.
7. Dans l'encyclique
Redemptor
hominis, au commencement de mon pontificat, j'ai amplement
développé cette thématique, que j'ai ensuite reprise en diverses autres
circonstances. Le Jubilé fut le moment propice pour attirer l'attention
des croyants sur cette vérité fondamentale. La préparation de ce grand
événement fut entièrement trinitaire et christocentrique. Bien sûr, dans
cette orientation générale, l'Eucharistie ne pouvait pas être oubliée.
Si aujourd'hui nous nous préparons à célébrer une Année de
l'Eucharistie, je rappelle volontiers que déjà dans la Lettre
apostolique
Tertio millennio adveniente j'écrivais: «L'An 2000 sera une
année eucharistique: dans le sacrement de l'Eucharistie, le Sauveur,
incarné dans le sein de Marie il y a vingt siècles, continue à s'offrir
à l'humanité comme source de vie divine».3 Le Congrès
eucharistique international, célébré à Rome, donna un caractère concret
à cette connotation du Grand Jubilé. Il vaut aussi la peine de se
rappeler que, en pleine préparation du Jubilé, dans la Lettre
apostolique
Dies Domini j'ai proposé à la méditation des croyants le thème
du «Dimanche» comme jour du Seigneur ressuscité et jour particulier de
l'Église. Je les ai alors tous invités à redécouvrir la célébration
eucharistique comme cœur du Dimanche.4
Avec Marie, contempler
le visage du Christ
8. L'héritage du
Grand Jubilé a été en quelque sorte recueilli dans la Lettre apostolique
Novo millennio ineunte.
Dans ce document qui constitue
en quelque sorte un programme, je suggérais la perspective d'un
engagement pastoral fondé sur la contemplation du visage du Christ, dans
le cadre d'une pédagogie ecclésiale capable de conduire au «haut degré»
de la sainteté, recherchée spécialement à travers l'art de la prière.5
Et, dans cette perspective, comment pouvaient être absents l'engagement
liturgique et tout particulièrement l'attention à la vie
eucharistique? J'écrivais alors: «Au vingtième siècle, spécialement
à partir du Concile, la communauté chrétienne a beaucoup grandi dans sa
façon de célébrer les sacrements, surtout l'Eucharistie. Il faut
persévérer dans cette direction, en donnant une importance particulière
à l'Eucharistie dominicale et au dimanche lui-même, entendu comme un
jour particulier de la foi, jour du Seigneur ressuscité et du don de
l'Esprit, vraie Pâque hebdomadaire».6 Dans le contexte de
l'éducation à la prière, j'invitais aussi à la pratique de la
Liturgie des Heures, par laquelle l'Église sanctifie les différentes
heures du jour et le rythme du temps selon l'articulation propre à
l'année liturgique.
9. Puis, avec
l'indiction de l'Année du Rosaire et avec la publication de la Lettre
apostolique
Rosarium Virginis
Mariae,
j'ai repris le thème de la contemplation
du visage du Christ à partir de la perspective mariale, proposant
à nouveau le Rosaire. En effet, cette prière traditionnelle, si
recommandée par le Magistère et si chère au peuple de Dieu, a un
caractère nettement biblique et évangélique, centrée principalement sur
le nom et sur le visage de Jésus, fixé dans la contemplation des
mystères et dans la répétition des Je vous salue Marie. Son
déroulement répétitif constitue une sorte de pédagogie de l'amour,
visant à enflammer le cœur du même amour que celui que Marie nourrit
envers son Fils. C'est pourquoi, portant à une nouvelle maturation un
itinéraire pluriséculaire, j'ai voulu que cette forme privilégiée de
contemplation puisse parfaire son caractère de véritable «résumé de
l'Évangile», en y intégrant les mystères lumineux.7 Et
comment ne pas placer l'Eucharistie au sommet des mystères lumineux?
De l'Année du Rosaire à
l'Année de l'Eucharistie
10. Précisément au cœur de
l'Année du Rosaire, j'ai promulgué l'Encyclique
Ecclesia de
Eucharistia, par laquelle j'ai voulu illustrer le mystère de
l'Eucharistie dans son rapport unique et vital avec l'Église. J'ai
incité chacun à célébrer le Sacrifice eucharistique avec le zèle qu'il
mérite, en offrant à Jésus présent dans l'Eucharistie, même en dehors de
la Messe, un culte d'adoration digne d'un si grand Mystère. J'ai surtout
proposé à nouveau l'exigence d'une spiritualité eucharistique, montrant
Marie comme le modèle de la «femme eucharistique».8
L'Année de l'Eucharistie
s'inscrit donc sur une toile de fond qui s'est enrichie d'année
en année, tout en restant toujours parfaitement centrée sur le thème
du Christ et de la contemplation de son Visage. En un sens, elle est
proposée comme une année de synthèse, une sorte de sommet de tout le
chemin parcouru. On pourrait dire beaucoup de choses pour bien vivre
cette année. Je me limiterai à indiquer quelques perspectives qui
peuvent aider tous les fidèles à avoir des attitudes convergentes,
éclairées et fécondes.
II
L'EUCHARISTIE, MYSTÈRE LUMINEUX
«Il leur expliqua, dans
toute l'Écriture, ce qui le concernait» (Lc 24,27)
11. Le récit de
l'apparition de Jésus ressuscité aux deux disciples d'Emmaüs nous aide à
relever un premier aspect du mystère eucharistique qui doit toujours
être présent dans la dévotion du peuple de Dieu: l'Eucharistie
mystère lumineux! En quel sens peut-on le dire, et quelles sont les
implications qui en découlent pour la spiritualité et pour la vie
chrétienne?
Jésus s'est qualifié
lui-même de «lumière du monde» (Jn 8,12), et cette
caractéristique est bien mise en évidence par des moments de sa vie tels
que la Transfiguration et la Résurrection, où sa gloire divine
resplendit clairement. Dans l'Eucharistie, au contraire, la gloire du
Christ est voilée. Le Sacrement de l'Eucharistie est le «mysterium
fidei» par excellence. C'est donc précisément à travers le mystère
de son enfouissement total que le Christ se fait mystère lumineux, grâce
auquel le croyant est introduit dans la profondeur de la vie divine. Ce
n'est pas sans une heureuse intuition que la célèbre icône de la
Trinité, de Roublev, place de manière significative l'Eucharistie au
centre de la vie trinitaire.
12. L'Eucharistie est
lumière avant tout parce que, à chaque Messe, la liturgie de la Parole
de Dieu précède la liturgie eucharistique, dans l'unité des deux
«tables», celle de la Parole et celle du Pain. Cette continuité apparaît
dans le discours eucharistique de l'Évangile de Jean, où l'annonce de
Jésus passe de la présentation fondamentale de son mystère à
l'illustration de la dimension proprement eucharistique: «Ma chair est
la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson» (Jn6,55).
Comme nous le savons, c'est cela qui dérouta une grande partie des
auditeurs, conduisant Pierre à se faire le porte-parole de la foi des
autres Apôtres et de l'Église de tous les temps: «Seigneur, vers qui
pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jn
6,68). Dans le récit des disciples d'Emmaüs, le Christ lui-même
intervient pour montrer, «en partant de Moïse et de tous les prophètes»,
que «toute l'Écriture» conduit au mystère de sa personne (cf. Lc
24,27). Ses paroles font «brûler» le cœur des disciples, les soustraient
à l'obscurité de la tristesse et du désespoir, et suscitent en eux le
désir de demeurer avec Lui: «Reste avec nous, Seigneur» (Lc
24,29).
13. Dans la
Constitution
Sacrosanctum
Concilium, les Pères du
Concile Vatican II ont voulu que la «Table de la Parole» ouvrît
abondamment aux fidèles les trésors de l'Écriture.9 C'est
pourquoi ils ont permis que, dans la Célébration liturgique,
spécialement les lectures bibliques soient offertes dans une langue
compréhensible à tous. C'est le Christ lui-même qui parle lorsque, dans
l'Église, on lit les Saintes Écritures.10 En même temps, ils
ont recommandé au célébrant que l'homélie, en tant que partie intégrante
de la liturgie, ait pour but d'illustrer la Parole de Dieu et de
l'actualiser pour la vie chrétienne.11 Quarante ans après le
Concile, l'Année de l'Eucharistie peut être une occasion
importante pour les communautés chrétiennes de vérifier où elles en
sont sur ce point. Il ne suffit pas en effet que les passages
bibliques soient proclamés dans une langue compréhensible, si la
proclamation n'est pas faite avec le soin, la préparation préalable,
l'écoute recueillie, le silence méditatif, qui sont nécessaires pour que
la Parole de Dieu touche la vie et l'éclaire.
«Ils le reconnurent à la
fraction du pain» (Lc 24,35)
14. Il est significatif que
les deux disciples d'Emmaüs, bien préparés par les paroles du Seigneur,
l'aient reconnu, alors qu'ils étaient à table, au moment du geste simple
de la «fraction du pain». Lorsque les esprits sont éclairés et que les
cœurs sont ardents, les signes «parlent». L'Eucharistie se déroule
entièrement dans le contexte dynamique de signes qui portent en
eux-mêmes un message dense et lumineux. C'est à travers les signes que
le mystère, d'une certaine manière, se dévoile aux yeux du croyant.
Comme je l'ai souligné dans
l'Encyclique
Ecclesia de Eucharistia, il est important de ne négliger aucune
dimension de ce Sacrement. En effet, la tentation de réduire
l'Eucharistie à ses dimensions personnelles est toujours présente en
l'homme, alors qu'en réalité il revient à ce dernier de s'ouvrir aux
dimensions du Mystère. «L'Eucharistie est un don trop grand pour
pouvoir supporter des ambiguïtés et des réductions».12
15. La dimension la plus
évidente de l'Eucharistie est sans aucun doute celle du repas.
L'Eucharistie est née au soir du Jeudi saint, dans le contexte du repas
pascal. Elle porte donc, inscrit dans sa structure même, le sens de
la convivialité: «Prenez, mangez... Puis, prenant la coupe, ... il
la leur donna, en disant: buvez-en tous...» (Mt 26,26.27). Cet
aspect exprime bien la relation de communion que Dieu veut établir avec
nous et que nous devons nous-mêmes développer les uns avec les autres.
On ne peut toutefois
oublier que le repas eucharistique a aussi, et c'est primordial, un sens
profondément et avant tout sacrificiel.13 Le Christ
nous y présente à nouveau le sacrifice accompli une fois pour toutes
sur le Golgotha. Tout en y étant présent comme Ressuscité, Il porte
les signes de sa passion, dont chaque Messe est le «mémorial», ainsi que
nous le rappelle la liturgie dans l'acclamation après la consécration:
«Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta
résurrection...». En même temps, tandis qu'elle rend présent le passé,
l'Eucharistie nous tourne vers l'avenir de l'ultime retour du Christ,
à la fin des temps. Cet aspect «eschatologique» donne au Sacrement
eucharistique une dynamique qui met en marche et qui donne au
cheminement chrétien le souffle de l'espérance.
«Je suis avec vous tous
les jours» (Mt 28,20)
16. Toutes ces dimensions
de l'Eucharistie se rejoignent dans un aspect qui, plus que tous les
autres, met notre foi à l'épreuve, à savoir celui du mystère de la
présence «réelle». Avec toute la tradition de l'Église, nous croyons
que, sous les espèces eucharistiques, Jésus est réellement présent. Il
s'agit d'une présence qui — comme l'a si bien expliqué le Pape Paul VI —
est dite «réelle» non par exclusion, comme si les autres formes de
présence n'étaient pas réelles, mais par antonomase, car, en vertu de
cette présence, le Christ tout entier se rend substantiellement présent
dans la réalité de son corps et de son sang.14 C'est pourquoi
la foi nous demande de nous tenir devant l'Eucharistie avec la
conscience que nous sommes devant le Christ lui-même. C'est sa présence
même qui donne à toutes les autres dimensions — repas, mémorial de la
Pâque, anticipation eschatologique — une signification qui va bien
au-delà d'un pur symbolisme. L'Eucharistie est mystère de présence, par
lequel se réalise de manière éminente la promesse de Jésus de rester
avec nous jusqu'à la fin du monde.
Célébrer, adorer,
contempler
17. L'Eucharistie, un grand
mystère! Mystère qui doit avant tout être bien célébré. Il faut
que la Messe soit placée au centre de la vie chrétienne et que, dans
chaque communauté, on fasse tout son possible pour qu'elle soit célébrée
de manière digne, dans le respect des normes établies, avec la
participation du peuple, y associant les divers ministres dans
l'exercice des tâches qui leur incombent, et avec une sérieuse attention
au caractère sacré du chant et de la musique liturgique. Au cours
de cette Année de l'Eucharistie, dans chaque communauté
paroissiale, un engagement concret pourrait consister à étudier de
manière approfondie la Présentation générale du Missel romain. Enfin, la
voie privilégiée pour entrer dans le mystère du salut, rendu présent à
travers les signes «sacrés», reste la voie qui consiste à suivre avec
fidélité le déroulement de l'Année liturgique. Que les Pasteurs aient à
cœur de développer une catéchèse «mystagogique», si chère aux
Pères de l'Église, car elle permet de découvrir la signification des
gestes et des paroles de la Liturgie, aidant ainsi les fidèles à passer
des signes au mystère et à enraciner en lui leur existence tout entière!
18. Il convient tout
particulièrement, aussi bien dans la célébration de la Messe que dans le
culte eucharistique hors de la Messe, de développer une vive
conscience de la présence réelle du Christ, en prenant soin d'en
témoigner par le ton de la voix, par les gestes, par les mouvements, par
le comportement tout entier. À cet égard, les normes rappellent —et j'ai
eu moi-même l'occasion de le rappeler récemment15—
l'attention qui doit être portée aux moments de silence dans la
célébration comme dans l'adoration eucharistique. En un mot, il est
nécessaire que les ministres et les fidèles traitent l'Eucharistie avec
un très grand respect.16 La présence de Jésus dans le
tabernacle doit constituer comme un pôle d'attraction pour un
nombre toujours plus grand d'âmes pleines d'amour pour lui et capables
de rester longuement à écouter sa voix et à entendre presque les
battements de son cœur. «Goûtez et voyez: le Seigneur est bon!» (Ps
33 [34], 9).
En cette année,
puisse l'adoration eucharistique en dehors de la Messe,
constituer un souci tout spécial des communautés paroissiales et
religieuses! Restons longuement prosternés devant Jésus présent dans
l'Eucharistie, réparant ainsi par notre foi et notre amour les
négligences, les oublis et même les outrages que notre Sauveur doit
subir dans de nombreuses parties du monde. Dans l'adoration,
puissions-nous approfondir notre contemplation personnelle et
communautaire, en nous servant aussi de textes de prière toujours
imprégnés par la Parole de Dieu et par l'expérience de nombreux
mystiques anciens ou plus récents! Le Rosaire lui-même, entendu dans son
sens le plus profond, biblique et christocentrique, que j'ai recommandé
dans la Lettre apostolique
Rosarium Virginis
Mariae, pourra être une
voie particulièrement adaptée à la contemplation eucharistique, réalisée
en compagnie de Marie et à son école.17
En cette année,
puissions-nous, dans la procession traditionnelle, vivre avec une
ferveur particulière la solennité du Corpus Domini. Que la foi en
Dieu qui, en s'incarnant, s'est fait notre compagnon de route soit
proclamée en tout lieu et particulièrement dans les rues de nos cités et
dans nos maisons, comme expression de notre amour plein de
reconnaissance et comme source inépuisable de bénédictions!
III
L'EUCHARISTIE, SOURCE
ET ÉPIPHANIE DE COMMUNION
«Demeurez en moi, comme
moi en vous» (Jn 15,4)
19. Aux disciples d'Emmaüs
qui demandaient à Jésus de rester «avec» eux, ce dernier répondit par un
don beaucoup plus grand: il trouva le moyen de demeurer «en» eux par le
sacrement de l'Eucharistie. Recevoir l'Eucharistie, c'est entrer en
communion profonde avec Jésus. «Demeurez en moi, comme moi en vous» (Jn
15,4). Cette relation d'union intime et mutuelle nous permet
d'anticiper, en quelque manière, le ciel sur la terre. N'est-ce pas
là le plus grand désir de l'homme? N'est-ce pas cela que Dieu s'est
proposé en réalisant dans l'histoire son dessein de salut? Il a mis dans
le cœur de l'homme la «faim» de sa Parole (cf. Am 8,11), une faim
qui sera assouvie uniquement dans l'union totale avec Lui. La communion
eucharistique nous est donnée pour «nous rassasier» de Dieu sur cette
terre, dans l'attente que cette faim soit totalement comblée au ciel.
Un seul pain, un seul
corps
20. Mais cette intimité
spéciale, qui se réalise dans la «communion» eucharistique, ne peut être
comprise d'une manière appropriée, ni pleinement vécue, hors de la
communion ecclésiale. C'est ce que j'ai maintes fois souligné dans
l'Encyclique
Ecclesia de Eucharistia. L'Église est le Corps du Christ: on
chemine «avec le Christ» dans la mesure où on est en relation «avec son
Corps». Le Christ pourvoit à la création et à la promotion de cette
unité grâce à l'effusion de l'Esprit Saint. Et lui-même ne cesse de la
promouvoir à travers sa présence eucharistique. En effet, c'est
précisément l'unique Pain eucharistique qui fait de nous un seul Corps.
L'Apôtre Paul l'affirme: «Parce qu'il n'y a qu'un seul pain, à plusieurs
nous ne sommes qu'un seul corps: car tous nous participons à ce pain
unique» (1Co 10,17). Dans le mystère eucharistique, Jésus édifie
l'Église comme communion, selon le modèle suprême évoqué dans la
prière sacerdotale: «Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi,
qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as
envoyé» (Jn 17,21).
21. Si l'Eucharistie est
source de l'unité ecclésiale, elle en est aussi la plus grande
manifestation. L'Eucharistie est épiphanie de communion.
C'est pour cela que l'Église pose des conditions pour pouvoir prendre
part de manière plénière à la Célébration eucharistique.18
Les diverses restrictions doivent nous pousser à prendre toujours plus
conscience de tout ce qu'exige la communion à laquelle Jésus nous
appelle. Il s'agit d'abord de la communion hiérarchique,
fondée sur la conscience des différents rôles et ministères, et
continuellement confirmée aussi dans la prière eucharistique par les
mentions du Pape et de l'Évêque diocésain. Il s'agit ensuite de la
communion fraternelle, nourrie par une «spiritualité de
communion», qui nous pousse à des sentiments d'ouverture réciproque,
d'affection, de compréhension et de pardon.19
«Un seul cœur et une
seule âme» (Ac 4, 32)
22. Lors de chaque Messe,
nous sommes appelés à nous confronter avec l'idéal de communion que le
livre des Actes des Apôtres donne comme modèle pour l'Église de
toujours. C'est l'Église rassemblée autour des Apôtres, convoquée par la
Parole de Dieu, capable d'un partage qui ne concerne pas uniquement les
biens spirituels, mais aussi les biens matériels (cf. Ac 2,42-47;
4,32-35). En cette Année de l'Eucharistie, le Seigneur nous
invite à nous rapprocher le plus possible de cet idéal. Que soient vécus
avec un engagement particulier les moments déjà suggérés par la Liturgie
pour la «Messe stationale», où l'Évêque célèbre dans sa cathédrale, avec
ses prêtres et ses diacres, avec la participation du peuple de Dieu dans
toutes ses composantes. Là réside la principale «manifestation» de
l'Église.20 Mais il sera louable de déterminer d'autres
occasions significatives, même au niveau des paroisses, pour que le
sens de la communion grandisse, en puisant dans la Célébration
eucharistique une ferveur renouvelée.
Le Jour du Seigneur
23. En cette année, je
souhaite tout particulièrement qu'on s'engage de manière spéciale pour
redécouvrir et vivre pleinement le Dimanche comme Jour du Seigneur et
jour de l'Église. Je serais heureux si l'on méditait à nouveau ce que
j'ai écrit dans la Lettre apostolique
Dies Domini. En effet, «c'est justement lors de la Messe
dominicale que les chrétiens revivent avec une intensité particulière
l'expérience faite par les Apôtres réunis le soir de Pâques, lorsque le
Ressuscité se manifesta devant eux (cf. Jn 20,19). Dans ce petit
noyau de disciples, prémices de l'Église, se trouvait présent d'une
certaine façon le peuple de Dieu de tous les temps».21 Durant
cette année de grâce, les prêtres, dans leur engagement pastoral, auront
une attention encore plus grande pour la Messe dominicale, en tant
que célébration au cours de laquelle la communauté paroissiale se
retrouve d'un seul cœur, y voyant aussi la participation habituelle des
divers groupes, mouvements, associations, qui y sont présents.
IV
L'EUCHARISTIE,
PRINCIPE ET PROJET DE «MISSION»
«À l'instant même, ils
se levèrent» (Lc 24,33)
24. Après avoir reconnu le
Seigneur, les deux disciples d'Emmaüs «se levèrent à l'instant même»
(cf. Lc 24,33) pour communiquer ce qu'ils avaient vu et entendu.
Lorsqu'on a fait une véritable expérience du Ressuscité, se nourrissant
de son corps et de son sang, on ne peut garder pour soi seul la joie
éprouvée. La rencontre avec le Christ, approfondie en permanence dans
l'intimité eucharistique, suscite dans l'Église et chez tout chrétien
l'urgence du témoignage et de l'évangélisation. Je l'ai précisément
souligné dans l'homélie où j'ai annoncé l'Année de l'Eucharistie,
me référant aux paroles de Paul: «Chaque fois que vous mangez ce pain et
que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu'à
ce qu'il vienne» (1Co 11,26). L'Apôtre met en étroite relation le
banquet et l'annonce: entrer en communion avec le Christ dans le
mémorial de la Pâque signifie en même temps faire l'expérience de la
nécessité de se faire missionnaires de l'événement actualisé dans ce
rite.22 L'envoi à la fin de chaque Messe constitue une
consigne qui pousse le chrétien à s'engager pour la diffusion de
l'Évangile et pour l'animation chrétienne de la société.
25. Pour une telle mission,
l'Eucharistie ne procure pas seulement la force intérieure, mais aussi
—en un sens— le projet. Elle est en effet une manière d'être qui,
de Jésus, passe chez le chrétien et, par le témoignage de ce dernier,
vise à se répandre dans la société et dans la culture. Pour que cela se
réalise, il est nécessaire que chaque fidèle assimile, dans la
méditation personnelle et communautaire, les valeurs que l'Eucharistie
exprime, les attitudes qu'elle inspire, les propositions de vie qu'elle
suscite. Pourquoi ne pas voir en cela la consigne spéciale qui
pourrait jaillir de l'Année de l'Eucharistie?
Rendre grâce
26. Un élément fondamental
de ce projet provient de la signification même du mot
«eucharistie»: action de grâce. En Jésus, dans son sacrifice, dans son
«oui» inconditionnel à la volonté du Père, il y a le «oui», le «merci»
et l'«amen» de l'humanité entière. L'Église est invitée à rappeler cette
grande vérité aux hommes. Il est urgent que cela soit réalisé surtout
dans notre culture sécularisée, qui est imprégnée de l'oubli de Dieu et
qui favorise la vaine autosuffisance de l'homme. Incarner le projet
eucharistique dans la vie quotidienne, dans les milieux de travail et de
vie —en famille, à l'école, à l'usine, dans les conditions de vie les
plus diverses — signifie, entre autre chose, témoigner que la réalité
humaine ne se justifie pas sans la référence au Créateur: «La
créature sans son Créateur s'évanouit».23 Cette référence
transcendante, qui nous engage à un «merci» permanent —à une attitude
eucharistique précisément— pour ce que nous avons et pour ce que nous
sommes, ne porte pas préjudice à la légitime autonomie des réalités
terrestres,24 mais elle la fonde au sens le plus authentique,
en lui assignant, dans le même temps, ses justes limites.
En cette Année de
l'Eucharistie, puissent les chrétiens s'engager avec plus de force
pour témoigner de la présence de Dieu dans le monde! N'ayons pas peur de
parler de Dieu et de porter la tête haute les signes de la foi. La
«culture de l'Eucharistie» promeut une culture du dialogue et donne à
cette dernière force et nourriture. On se trompe lorsqu'on pense que la
référence publique à la foi peut porter atteinte à la juste autonomie de
l'État et des Institutions civiles, ou bien que cela peut même
encourager des attitudes d'intolérance. Si historiquement des erreurs en
la matière n'ont pas manqué, même chez les croyants, comme j'ai eu
l'occasion de le reconnaître lors du Jubilé, cela ne doit pas être porté
au compte des «racines chrétiennes», mais de l'incohérence des chrétiens
en ce qui a trait à leurs racines. Celui qui apprend à dire «merci» à la
manière du Christ crucifié pourra être un martyr, mais il ne sera jamais
un bourreau.
La voie de la solidarité
27. L'Eucharistie n'est pas
seulement une expression de communion dans la vie de l'Église; elle est
aussi un projet de solidarité pour l'humanité tout entière. Dans
la célébration eucharistique, l'Église renouvelle continuellement sa
conscience d'être «signe et instrument» non seulement de l'union intime
avec Dieu, mais aussi de l'unité de tout le genre humain.25
Chaque Messe, même célébrée de manière cachée et dans une région retirée
du monde, porte toujours le signe de l'universalité. Le chrétien qui
participe à l'Eucharistie apprend par elle à se faire artisan de
communion, de paix, de solidarité, dans toutes les circonstances de
la vie. L'image de notre monde déchiré, qui a inauguré le nouveau
millénaire avec le spectre du terrorisme et la tragédie de la guerre,
appelle plus que jamais les chrétiens à vivre l'Eucharistie comme une
grande école de paix, où se forment des hommes et des femmes qui, à
différents niveaux de responsabilité dans la vie sociale, culturelle,
politique, deviennent des artisans de dialogue et de communion.
Au service des plus
petits
28. Il y a encore un point
sur lequel je voudrais attirer l'attention parce que sur lui se joue
d'une manière notable l'authenticité de la participation à
l'Eucharistie, célébrée dans la communauté: c'est l'élan qui s'en dégage
en vue d'un engagement effectif dans l'édification d'une société plus
équitable et plus fraternelle. Dans l'Eucharistie, notre Dieu a
manifesté la forme extrême de l'amour, bouleversant tous les critères de
pouvoir qui règlent trop souvent les rapports humains, et affirmant de
façon radicale le critère du service: «Si quelqu'un veut être le premier
de tous, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous» (Mc
9,35). Ce n'est pas un hasard si, dans l'Évangile de Jean, nous ne
trouvons pas le récit de l'institution eucharistique, mais celui du
«lavement des pieds» (cf. Jn13,1-20): en s'agenouillant pour
laver les pieds de ses disciples, Jésus explique sans équivoque le sens
de l'Eucharistie. À son tour, saint Paul rappelle avec vigueur que n'est
pas permise une célébration eucharistique où ne resplendit pas la
charité manifestée dans le partage concret avec les plus pauvres (cf.
1Co 11,17-22.27-34).
Pourquoi alors ne pas faire
de cette Année de l'Eucharistie un temps au cours duquel les
communautés diocésaines et paroissiales s'emploieraient de manière
spéciale, par des actions fraternelles, à lutter contre telle ou telle
forme des nombreuses pauvretés de notre monde? Je pense au drame de la
faim qui tourmente des centaines de millions d'êtres humains, je pense
aux maladies qui meurtrissent les pays en voie de développement, à la
solitude des personnes âgées, aux problèmes des chômeurs, aux
tribulations des immigrés. Ce sont des maux qui affectent —bien que de
différentes manières— même les régions les plus opulentes. Nous ne
pouvons pas nous faire d'illusion: c'est à l'amour mutuel et, en
particulier, à la sollicitude que nous manifesterons à ceux qui sont
dans le besoin que nous serons reconnus comme de véritables disciples du
Christ (cf. Jn13,35; Mt 25,31-46). Tel est le critère qui
prouvera l'authenticité de nos célébrations eucharistiques.
CONCLUSION
29. O Sacrum Convivium,
in quo Christus sumitur! L'Année de l'Eucharistie naît de
l'émerveillement de l'Église face à ce grand Mystère. C'est un
émerveillement qui ne cesse d'envahir mon esprit et dont est née
l'Encyclique
Ecclesia de Eucharistia. Je ressens comme une grande grâce de la
vingt-septième année de mon ministère pétrinien que je vais commencer de
pouvoir maintenant inviter toute l'Église à contempler, à louer, à
adorer de façon toute spéciale cet ineffable Sacrement. Puisse l'Année
de l'Eucharistie être pour tous une précieuse occasion pour devenir
toujours plus conscients du trésor incomparable que le Christ a confié à
son Église. Qu'elle soit un stimulant pour que la célébration de
l'Eucharistie soit plus vivante et plus fervente, d'où naîtra une
existence chrétienne transformée par l'amour.
Laissées au jugement des
Pasteurs des Églises particulières, de nombreuses initiatives pourront
être réalisées dans cette perspective. La Congrégation pour le Culte
divin et la Discipline des Sacrements ne manquera pas d'offrir, à ce
sujet, des suggestions et des propositions utiles. Je ne demande pas
toutefois que l'on fasse des choses extraordinaires, mais que toutes les
initiatives soient empreintes d'une profonde intériorité. Si le fruit de
cette Année consistait seulement à raviver la célébration de la Messe
dominicale dans toutes les communautés chrétiennes et à faire
croître l'adoration eucharistique en dehors de la Messe, cette
Année de grâce aurait atteint un résultat significatif. Cependant, il
est bon de viser vers le haut et de ne pas nous contenter de mesures
médiocres, parce que nous savons pouvoir toujours compter sur l'aide de
Dieu.
30. À vous, chers Frères
dans l'Épiscopat, je confie cette année, sûr que vous accueillerez
mon invitation avec toute votre ardeur apostolique.
Vous, les prêtres,
qui chaque jour redites les paroles de la consécration et qui êtes des
témoins et des annonciateurs du grand miracle d'amour qui advient par
vos mains, laissez-vous interpeller par la grâce de cette Année
spéciale, célébrant chaque jour la Messe avec la joie et la ferveur de
la première fois, et demeurant volontiers en prière devant le
Tabernacle.
Que ce soit une année de
grâce pour vous, les diacres, qui êtes de près engagés dans le
ministère de la Parole et dans le service de l'Autel. Vous aussi,
lecteurs, acolytes, ministres extraordinaires de la communion, ayez
une conscience vive du don qui vous est fait dans les tâches de service
qui vous sont confiées en vue d'une digne célébration de l'Eucharistie.
Je m'adresse en particulier
à vous, futurs prêtres: dans la vie du Séminaire, cherchez à
faire l'expérience qu'il est doux non seulement de participer chaque
jour à la Messe, mais aussi de s'attarder longuement dans le dialogue
avec Jésus Eucharistie.
Vous tous, hommes et
femmes consacrés, appelés par votre consécration même à une
contemplation plus prolongée, rappelez-vous que Jésus dans le Tabernacle
vous attend auprès de lui, pour déverser dans vos cœurs l'expérience
intime de son amitié, qui seule peut donner sens et plénitude à votre
vie.
Vous tous, les fidèles,
redécouvrez le don de l'Eucharistie comme lumière et force pour votre
vie quotidienne dans le monde, dans l'exercice de votre profession et
dans les situations les plus diverses. Redécouvrez-le surtout pour vivre
pleinement la beauté et la mission de la famille.
Enfin, j'attends beaucoup
de vous,les jeunes, tandis que je vous rappelle le rendez-vous de
la
Journée mondiale de la Jeunesse
à Cologne.
Le thème choisi —Nous sommes venus l'adorer (Mt 2,2)— peut
vous suggérer de manière particulière l'attitude juste pour vivre cette
année eucharistique. Dans votre rencontre avec Jésus caché sous les
espèces eucharistiques, apportez tout l'enthousiasme de votre âge, de
votre espérance, de votre capacité à aimer.
31. Les exemples des saints
sont devant nos yeux. Dans l'Eucharistie, ils ont trouvé la nourriture
pour leur chemin de perfection. Combien de fois n'ont-ils pas versé des
larmes d'émotion en faisant l'expérience d'un si grand mystère et
combien de fois n'ont-ils pas vécu des heures indicibles de joie «sponsale»
devant le Sacrement de l'Autel? Par-dessus tout, que la Vierge Sainte,
qui a incarné dans toute son existence la logique de l'Eucharistie, nous
aide. «L'Église, regardant Marie comme son modèle, est appelée aussi à
l'imiter dans son rapport avec ce Mystère très saint».26 Le
Pain eucharistique que nous recevons est la chair immaculée du Fils: «Ave
verum corpus natum de Maria Virgine». En cette Année de grâce,
puisse l'Église, soutenue par Marie, trouver un nouvel élan pour sa
mission et reconnaître toujours davantage dans l'Eucharistie la source
et le sommet de toute sa vie!
Que ma Bénédiction,
porteuse de grâce et de joie, vous rejoigne tous!
Du Vatican, le 7 octobre
2004, mémoire de Notre-Dame du Rosaire, en la vingt-sixième année de mon
pontificat.
IOANNES
PAULUS PP. II
● ● ●
NOTES
1Const. past.
sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n.45.
2Cf. ibid.,
n.22.
3N. 55: AAS
87 (1995), p.38; La Documentation catholique 91 (1994),
pp.1030-1031.
4Cf. nn.32-34:
AAS 90 (1998), pp.732-734; La Documentation catholique 95
(1998), pp.666-667.
5Cf. nn.30-32:
AAS 93 (2001), pp.287-289; La Documentation catholique 98
(2001), pp.78-79.
6Ibid.,
n. 35: l.c., pp.290-291; La Documentation catholique 98
(2001), p.80.
7Cf. Lettre
apost. Rosarium Virginis Mariæ (16 octobre 2002), nn.19.21:
AAS 95 (2003), pp.18-20; La Documentation catholique 99
(2002), pp.958-960.
8Encycl.
Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n.53: AAS 95 (2003),
p.469; La Documentation catholique 100 (2003), p.387.
9Cf. n.51.
10Cf. ibid.,
n.7.
11Cf. ibid.,
n.52.
12Encycl.
Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n.10: AAS 95 (2003),
p.439; La Documentation catholique 100 (2003), p.371.
13Cf. ibid.,
n.10: l.c., p.439; La Documentation catholique 100 (2003),
p.371; Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements,
Instruction Redemptionis Sacramentum sur certaines choses à
observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie, n.38: La
Documentation catholique 101 (2004), p.468.
14Cf. Encycl.
Mysterium fidei (3 septembre 1965), n.39: AAS 57 (1965),
p.764; La Documentation catholique 62 (1965), col.1643; S.
Congrégation des Rites, Instruction Eucharisticum mysterium sur
le culte du mystère eucharistique, n.9: AAS 59 (1967), p.547;
La Documentation catholique 64 (1967), col.1098-1099.
15Cf. Message
Spiritus et Sponsa, pour le XLe anniversaire de la
Constitution Sacrosanctum Concilium sur la Sainte Liturgie (4
décembre 2003), n.13: AAS 96 (2004), p.425; La Documentation
catholique 101 (2004), p.55.
16Congr. pour le
Culte divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Redemptionis
Sacramentum sur certaines choses à observer et à éviter concernant
la très sainte Eucharistie (25 mars 2004): La Documentation
catholique 101 (2004), pp.458-490.
17Ibid.,
n. 137: l.c., p.483.
18Cf. Encycl.
Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n.44: AAS 95 (2003),
p.462; La Documentation catholique, 100 (2003), p.383; Code de
Droit canonique, can. 908; Code des Canons des Églises orientales,
can. 702; Conseil pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens,
Directoire œcuménique (25 mars 1993), nn.122-125, 129-131: AAS
85 (1993), pp.1086- 1089; La Documentation catholique 90
(1993), pp.630-631; Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre
Ad exsequendam (18 mai 2001): AAS 93 (2001), p.786.
19Cf.
Jean-PaulII, Lettre apost. Novo millennio ineunte (6janvier
2001), n.43; AAS 93 (2001) p.297; La Documentation catholique,
98 (2001), p.83.
20Cf. Conc. œcum.
Vat. II, Const. sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium,
n.41.
21N. 33: AAS
90 (1998), p.733; La Documentation catholique, 95 (1998),
p.666-667.
22Cf. Homélie
lors de la fête du Corps et du Sang du Christ (6juin 2004): La
Documentation catholique 101 (2004), pp.602-603.
23Conc. œcum.
Vat. II, Const. past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium
et spes, n.36.
24Cf. ibid.
25Cf. Conc. œcum.
Vat. II, Const. dogm. sur l'Église Lumen gentium, n.1.
26Encycl.
Ecclesia de Eucharistia (17 avril 2003), n.53: AAS 95 (2003),
p.469; La Documentation catholique 100 (2003), p.387.
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