

Qui, aujourd’hui, connaît encore Gaston de Renty ?
Qui oserait soutenir la Compagnie du
Saint-Sacrement, si décriée en son
temps, et dont Molière se moqua presque ouvertement dans son Tartuffe ? Et qui
oserait prétendre que Gaston de Renty, grand ami de saint Jean Eudes,
rencontrait fréquemment Marie des Vallées, profitait de ses conseils, et, pire,
qu’il écrivit un mémoire sur ses révélations ? Peu de monde...
Pourtant Gaston de Renty fut, avec saint Vincent
de Paul et Mr Séguier, grand trésorier de France, un membre éminent de la
Compagnie du Saint-Sacrement, et, pendant très longtemps, son supérieur...
Pourtant, c’est la Vierge Marie elle-même qui fit
se rencontrer Gaston de Renty et Marie des Vallées. Mais quel crédit les gens
sensés peuvent-ils accorder à ces fadaises ? Quel crédit peut-on accorder à une
Compagnie dont l’unique but était la conversion des mœurs ?...
Dans ces conditions, pourquoi essayer de faire
revivre, au moins un peu, un homme qui était essentiellement un mystique
fréquentant et défendant d’autres mystiques, et qui plus est, des mystiques
contestés ? Pourquoi ? Mais pour des raisons de simple justice, parce que Gaston
de Renty, simple laïc et père de famille tout à fait normal, s’était donné
totalement à Dieu. Parce que Gaston de Renty, fut conduit à diriger
spirituellement de nombreuses personnes, y compris des religieuses. Et surtout
parce que sa vie fut irréprochable, tellement que ceux qui le connaissaient
furent unanimes à le louer après sa mort.
I
Quelques jalons pour comprendre la vie
de Gaston de Renty.
Gaston de Renty est né en 1611, au château du
Bény-Bocage, dans le Calvados, du marquis de Renty et de Madeleine de Pastoureau
son épouse. Sa famille était originaire de l’Artois, et son grand-père, homme de
confiance d’Henri III, avait été gouverneur d’Alençon. Gaston passa sa petite
enfance, au Bény-Bocage jusqu’à l’âge de sept ans environ, puis vécut à Paris et
entra au collège de Navarre avant d’être envoyé à Caen au collège des Pères
Jésuites. À l’âge de dix-sept ans il fréquenta l’Académie militaire de Paris, et
il participa, aux côtés de son père, commandant de la Compagnie d’ordonnance du
comte de Soissons, à plusieurs campagnes.
On sait peu de choses de la jeunesse de Gaston de
Renty, sinon qu’il était passionné de mathématiques à tel point que pour y
travailler, il n’hésitait pas à se priver des nombreux divertissements qui lui
étaient présentés.
Selon le Père de Saint-Jure, qui fut son
confesseur, Gaston de Renty était un jeune noble, intellectuellement doué, et
très intégré dans son milieu social, donc soumis à toutes ses contraintes
mondaines. Il épousa en 1633, Isabelle de Balsac, issue d’une noble famille,
proche de la couronne.
Après sa “conversion”, il ne put se soustraire à
toutes ses obligations, car, marié et père de famille il était aussi fils unique
et héritier du patrimoine familial, les terres de Landelles, du Bény et de Citry
sur Marne.
Gaston avait dix-sept ans; c’était un jeune
mondain préoccupé de sciences et de savoir profane. Un jour un libraire insista,
à plusieurs reprises, pour qu’il lise le classique best-seller de l’époque :
L’Imitation de Jésus-Christ. La lecture de ce livre bouleversa Gaston qui se
mit à désirer quitter le monde et rentrer chez les Chartreux...
En décembre 1630, sans prévenir, il quitte sa
famille et prend le chemin de Notre-Dame des Ardilliers. Puis il écrit à son
père pour expliquer sa décision:
“Monsieur, après avoir combattu deux ans contre moi-même et résisté à toutes les
inspirations que Dieu a données pendant ce temps, j’ai été enfin contraint de
rompre à un si long délai pour quitter le monde, avouant n’avoir pas assez de
force pour entreprendre de faire mon salut en un lieu où se pratique le
contraire de ce que je voudrais faire...
Il faut vivre à la Cour comme à la Cour, et ne
pouvant servir deux maîtres, je conclus avec l’Évangile, que celui qui sert Dieu
le doit suivre... laissant aux morts ensevelir leurs morts, si nous avons un peu
de lumière, travaillons à réformer notre vie.”
Hélas! le Père de Gaston de Renty ne l’entend pas
ainsi, et il fait chercher son fils pour le ramener en Normandie, au château de
Renty. Le jeune Gaston participe alors aux travaux des États de Normandie, en
1630. Puis il participe à la reconstruction de l’église du Bény, d’après ses
propres plans. Il travaille même avec les ouvriers... Par ailleurs, et durant la
période qui nous occupe: années 1627 et suivantes, la Normandie est durement
éprouvée: famines, soulèvements populaires, pestes, etc... On trouvera souvent
Gaston de Renty sur le terrain, aidant Jean Eudes à soigner les malades...
En 1633, Gaston a vingt deux ans ; il accepte de
se marier avec Élisabeth de Balsac qu’il aima tendrement. Il vécut dans son
domaine de Citry sur Marne et cinq enfants vinrent au monde, dont quatre
survivront. De temps en temps il paraissait à la cour, et servait le roi dans
ses armées. Pendant la Guerre de Lorraine en 1633, il commanda une compagnie de
cavalerie. Mais dès la mort de son père tué au combat en 1638, il se retira de
la cour et de l’armée pour mener la vie d’un gentilhomme campagnard n’ayant que
la sainteté pour ambition. C’est alors que Gaston de Renty s’engagea dans la
Compagnie du Saint-Sacrement, fondée en 1627 par Henri de Levis, Duc de
Ventadour, et soutenue par Saint Vincent de Paul et Monsieur Séguier [1].
Gaston de Renty fut également appelé par son Directeur de conscience à diriger
spirituellement quelques âmes religieuses.
Gaston de Renty voulait, dans sa jeunesse, devenir
chartreux. Ses parents, et Dieu en avaient disposé autrement et Gaston avait
accepté de fonder une famille...
Pourquoi Gaston de Renty qui avait voulu entrer
chez les chartreux, est-il finalement resté dans le monde ? D’abord par
obligation familiale, et puis comme il l’écrira plus tard à Mademoiselle de La
Chevalerie, une de ses dirigées :
“Tout autant que nous sommes des baptisés, nous
avons revêtu Jésus-Christ et les lieux, les habits ni les vœux n’augmentent rien
à la vocation chrétienne, mais sont des moyens faciles pour y arriver... Comme
le désordre peut se trouver partout, aussi la perfection peut s’y rencontrer.”
La condition fondamentale est la condition de
baptisé, le reste est affaire de discernement.
Le Père de Saint Jure commencera la biographie de
Gaston de Renty par ces lignes: “La
perfection d’un homme ne consiste point en la perfection de l’état qu’il a
embrassé, mais à faire précisément la volonté de Dieu, et à se comporter d’une
éminente manière en la condition où il l’a mis, Dieu, pour ne point priver tout
à fait Monsieur de Renty de la gloire et du mérite de la Religion, lui en a
donné la volonté et inspiré le dessein, pour l’accomplissement duquel il a fait
ses efforts; mais ayant résolu de le proposer à toutes les personnes mariées qui
sont dans l’Église, comme un patron parfait et achevé de toutes les vertus
nécessaires à l’état de mariage, il l’y a appelé, dont il disait avec certitude
qu’il n’en pouvait point douter.”
Gaston de Renty pouvait être sûr de n’avoir pas
failli à sa vocation.
En 1639, Gaston de Renty suit une mission prêchée
par les Pères de l’Oratoire, et il est probable que c’est là qu’il rencontra le
Père de Condren, successeur de Bérulle à la direction de l’Oratoire et rédacteur
de ses Règles. Charles de Condren sera le directeur spirituel de Renty pendant
deux ans, et il aura une profonde influence sur son dirigé, en particulier sur
la nécessité de la communion fréquente. Gaston de Renty écrira plus tard au Père
de Saint-Jure, son second directeur:
“Je me confesse d’ordinaire les jeudis selon
l’ordre qui m’en a été donné, et je communie quasi tous les jours, m’y sentant
attiré et en avoir grand besoin.“
Plus tard, à l’une de ses dirigées, la Mère
Élisabeth de la Trinité, il conseillera :
“Communiez tous les jours et donnez-vous à Dieu
tout-à-fait. Il le faut et tout de bon... Allez, allez hardiment à la Sainte
Communion, non par dignité mais par nécessité.”
Bientôt, Gaston de Renty, qui a choisi l’Unique
nécessaire, s’engage dans le renoncement total, tout en restant dans le monde:
il est admis en 1639 dans la Compagnie du Saint-Sacrement. Ainsi, à 28 ans,
Gaston de Renty, marié et père de quatre enfants entre dans une radicale vie
évangélique, en plein monde, car toutes les conditions de vie sont des lieux de
salut, et peuvent faire brûler les âmes d’un véritable amour de Dieu:
“Brûlons en tout pour Dieu, partout pour Dieu dans le combat d’ici-bas.”
À l’une de ses dirigées laïques il écrira :
“Votre
vocation particulière maintenant c’est de n’en avoir point de celles que la
coutume de ce siècle détermine pour l’ordinaire, mais de rechercher la
perfection chrétienne dans votre état, ne rougissant pas de professer au milieu
du monde l’honneur que vous portez à Jésus-Christ... Dieu ne veut-il point des
serviteurs et des servantes partout ?”
C’est la mission de 1639, sous l’influence de
Charles de Condren, qui avait conduit Gaston de Renty à s’engager dans une voie
de plus grand renoncement. Le Père de Saint-Jure écrira plus tard, dans sa vie
de Gaston de Renty : “Il se retira tout
à fait de la cour, il dit adieu à tous les emplois de vanité et d’ambition, pour
ne plus s’occuper qu’à ceux qui pouvaient glorifier Dieu et secourir le
prochain... Il prit à cœur l’exercice de l’oraison et disait pour cela tous les
jours le grand office, se levant même la nuit pour réciter matines, et après il
faisait une heure de méditation: de sorte qu’il demeurait toutes les nuits en
prière deux ou trois heures, même dans la plus grande rigueur de l’hiver... Il
allait un jour la semaine visiter et instruire les pauvres malades de
l’Hôtel-Dieu, et un autre jour ceux de sa paroisse, il en donnait un autre aux
prisonniers, et en d’autres il se trouvait à des assemblées de piété
[2].”
Gaston de Renty avait le souci de toujours mêler
Dieu à ses activités, et vivait habituellement en présence de la Trinité. Il
n’hésitait pas à écrire au Père Saint Jure :
“Je porte pour l’ordinaire, mais avec beaucoup
d’infidélités et si grandes en tout ce que je dis ici que je ne l’écris qu’à
regret, parce que je ne suis que vice et péché, je porte, dis-je, pour
l’ordinaire en moi une vérité expérimentale et une plénitude de la présence de
la Très Sainte Trinité, ou bien je m’élève par une simple vue à Dieu... Je fais
tout ce que la divine providence m’enjoint, regardant, non pas les choses ni
pour leur grandeur ni pour leur petitesse en mon endroit, mais seulement l’ordre
de Dieu et la gloire qu’elles lui peuvent rendre.”
À partir de 1640, Gaston de Renty, supérieur de la
Compagnie du Saint Sacrement, se voit confier la direction spirituelle de dames
pieuses de la noblesse. La Compagnie de Caen sera fondée par Gaston lui-même en
1642. En feront partie, entre autres, M.de Bernières-Louvigny [3],
le Père Hyacinthe Chalvet, dominicain, la Mère Mechtilde du Saint-Sacrement,
fondatrice des Bénédictines adoratrices du Saint-Sacrement, Saint Jean Eudes,
Mgr d’Angennes, évêque de Bayeux, ainsi que Mgr Cospéan, évêque de Lisieux, et
grand ami de saint jean Eudes.
Le Père de Saint Jure [4] nous
fait savoir que, dès 1641, Gaston de Renty apprit à faire un certain nombre
d’opérations chirurgicales. Il se fit également instruire en médecine et à
confectionner des médicaments...
Notons, d’autre part, que Gaston de Renty fut,
avec M. Olier, à l’origine de la Compagnie de la Passion, dont l’objectif était
de lutter contre le duel. Il fonda également, avec Henri Buch, la confrérie des
frères cordonniers et tailleurs.
Gaston de Renty qui vivait en la continuelle
présence de Dieu était extraordinairement actif. Il mourut jeune, en 1649, à
trente neuf ans, épuisé par le travail et de très dures mortifications.
Gaston de Renty, présent sur ses terres normandes,
connaissait l’existence de Marie des
vallées par l’intermédiaire de sœur Marie
du Saint-Sacrement, du Carmel de Pontoise, dont la prieure, Mère Jeanne de
Jésus, était la sœur du chancelier Séguier. Mais il ne l’avait jamais
rencontrée. Pourtant Saint Jean Eudes l’incitait à entrer en relation avec elle,
ce qui se fit en novembre 1641. Ce jour-là, à l’église où elle priait, Marie des
Vallées demanda à la Sainte Vierge:
– Qui est celui-ci ?
– C’est celui que je vous avais promis. Ouvrez-lui
votre cœur, c’est le bon enfant. Il est à moi: je vous l’associe avec ceux qui
vous sont venus voir.
Dès lors, des relations étroites s’établirent
entre Jean Eudes, prêtre, Gaston de Renty, et Marie des Vallées, laïcs tous les
deux. En 1642, peu après la mort de la Sœur Marie du Saint-Sacrement du carmel
de Pontoise, Gaston retourna en Normandie. Il rencontra Marie des Vallées et
entreprit la rédactions d’un Mémoire sur ses révélations. Ce mémoire,
témoigne de l’influence qu’eut sur lui Marie des Vallées. En le remettant à la
supérieure du carmel de Beaune, il écrivait :
“Ce livre, dans lequel vous verrez la conduite
d’une âme beaucoup souffrante (sic) et qui vous dira des nouvelles de l’Enfer.”
Et il poursuivait:
“Il est vrai que cette conduite est si
extraordinaire que peu de personnes sont capables de la recevoir; c’est pourquoi
vous la communiquerez à celle qu’il vous plaira de la maison.[5]”
Un peu plus tard, Gaston de Renty écrivit à la
même personne : “Je crois que le petit
écrit vous servira particulièrement pour vous montrer que la raison de nos maux
est dans l’immortification de notre nature et que c’est là le siège de
l’ennemi...”
Durant l’été 1642, après la première visite de
Gaston de Renty à Marie des Vallées, le Père Potier lui adressa une lettre:
“Notre bonne sœur a vu Notre Seigneur qui vous tient par la main et vous mène à
la montagne de perfection qui est très haute et très difficile. Elle a vu
Notre-Dame qui vous faisait entrer dans son jardin, et elle-même cueillait
quatre belles fleurs qu’elle a liées ensemble et vous les a données à votre main
droite, et vous, les ayant acceptées, vous les avez élevées par-dessus votre
tête. La première fleur est la violette de l’humilité. la deuxième, la rose de
la charité, la troisième, le lys de la chasteté et la quatrième, l’œillet double
de la compassion des âmes détenues du péché et des corps détenus des infirmités
corporelles et humaines... Le jardin de Notre-Dame s’appelle l’Amour divin.”
Gaston, souhaitant écrire le mémoire dont il a été
question plus haut, le Père Potier termina sa lettre par ces mots:
“Si vous avez agréable de demander au Père Eudes
qu’il vous donne la lecture des écrits qu’il a faits ici, vous trouverez
beaucoup de choses qui vous aideront bien à parvenir à ce que vous désirez.”
En juin et juillet 1646, Saint Jean Eudes prêcha,
à la demande des de Renty, une mission sur leurs propres domaines, au
Bény-Bocage, en Normandie. Gaston de Renty y assista, entouré de son épouse et
de ses enfants, du 25 au 29 juillet. Marie des Vallées vint passer quatre jours
en leur compagnie. Elle s’entretint longuement avec Gaston de Renty. Rendant
compte de cette visite à Mère Élisabeth, de Beaune, Gaston de Renty écrivit, au
sujet de Marie:
“... Elle est un trésor en la terre. Il faut de
telles colonnes en divers cantons du monde pour supporter le faix des iniquités
du siècle et lui prolonger la durée jusqu’à l’accomplissement du nombre des
élus.” (Lettre 130)
Renouveler l’esprit du christianisme, c’était la
mission de Marie des Vallées, qui, tout comme Gaston de Renty ne pouvait que
constater l’état impressionnant de délabrement de l’Église et de nombreux
ecclésiastiques, à cette époque. Inévitablement, de grandes épreuves allaient
accabler Gaston de Renty: campagne de calomnies et douloureux procès intentés
contre lui par sa propre mère.
Selon le modèle vécu par Marie des Vallées,
la Confrérie du Saint Sacrement sera appelée à vivre l’effacement total de la
personnalité devant la personne divine. Ses membres étaient invités à s’anéantir
au point qu’il ne reste plus rien d’eux, à la manière de l’hostie consacrée dont
le pain n’est que l’apparence visible, le revêtement extérieur. Quand on sait
combien les Messieurs du Saint Sacrement ont été décriés, calomniés,
méprisés, etc,.. on comprend la réalité de ces paroles et l’héroïsme
qu’impliquait un tel engagement.
Gaston de Renty laissait le Seigneur travailler en
lui et achever une œuvre que les hommes de son temps ne connaissaient pas, à
cause de sa discrétion, et qui restera longtemps, sinon toujours, impénétrable à
tous ceux qui, même ecclésiastiques, suivent la sagesse du monde. Les vies de
Gaston de Renty et de Marie des Vallées, ont été tout entières consacrées à la
conversion du monde. Mais leur sainteté est restée voilée, indiscernable,
dérobée à la curiosité des hommes. Dieu seul connaissait la richesse de ces deux
âmes dont la sainteté n’était connue que de Lui seul. S’écartant trop du domaine
commun, elles ne pouvaient être qu’incomprises, blâmées, voire méprisées,
calomniées. L’incompréhension a duré plus trois siècles...
Depuis 1627, la Normandie était très éprouvée.
C’est durant ces périodes troublées que Gaston de Renty avait rencontré Marie
des Vallées, sur les conseils de Saint Jean Eudes, son aîné de dix ans, avec qui
il entretenait des relations très étroites dans l’apostolat et dans le soin des
malades et l’assistance aux pauvres. La rencontre des deux hommes s’était faite
en 1631.
En 1631, une grande peste sévissait dans la région
de Caen, et Jean Eudes se dévouait corps et âme au soin des malades. Gaston fut
profondément bouleversé à la vue de ces misères. Dix ans plus tard, Gaston aura
acquit les connaissances médicales qui lui permettront de soigner et de guérir
de nombreux malades. Il se fit vite une réputation d’apothicaire, et fut très
remarqué pour ses qualités d’infirmier et de médecin. Voici ce que le Père de
Saint-Juré a écrit de lui : “Étant à
Dijon, les pauvres malades le cherchaient en troupes et pour toutes sortes
d’infirmités.”
Gaston de Renty, en effet, portait en lui le génie
de l’amour. A-t-il fait des miracles? Le Père Saint-Jure rapporte que Gaston de
Renty voyait souvent à Beaune, la Mère Marie-Thérèse de Jésus-Languet, à qui il
faisait parfois des confidences:
“Avec beaucoup de confiance, il lui raconta qu’il
y avait peu de jours qu’une femme étant malade à la mort pour une mauvaise
couche et abandonnée des médecins, on le vint quérir pour voir si dans cette
extrémité il pourrait avec ses remèdes lui donner quelques soulagement, il s’y
en va. Et je lui en fis un, dit Gaston
de Renty, continuant son récit, un remède
que je savais bien n’avoir pas la force de guérir une telle maladie, mais quoi?
Je n’avais rien de meilleur, je priai Dieu d’y donner la bénédiction si c’était
sa gloire et le bien de la patiente, il le fit: car je viens de la voir qui se
porte bien.”
La mère Marie-Thérèse lui demanda s’il faisait
souvent ainsi; il lui répondit: “Oui,
quand on l’en priait; car, ajouta-t-il, ce sont souvent de pauvres gens qui
n’ont rien pour se soulager, ni moi aussi. Notre Seigneur n’est pas attaché aux
remèdes, il faut avoir de la foi où nous ne pouvons rien; Dieu par sa bonté me
l’a donnée.”
La Mère répliqua :
– “Mais c’est donc un miracle?” Il
répartit :
– “Dieu n’en fait-il pas tous les jours pour
nous ?
– ”Vous en faites donc pour les pauvres ?
Il répondit à cela, avec humilité et de fort bonne
grâce :
– ”Ma Mère appelle miracle ce que Notre Seigneur
fait pour moi, je n’y ai point de part si ce n’est de donner aux pauvres ce que
j’ai, prenez-le comme vous voudrez, je n’y fait point de réflexion que pour
remercier Notre Seigneur quand ils sont guéris.”
À cela on peut aussi ajouter que, lors d’un voyage
de retour de Beaune à Citry, non loin de Paris, son épouse, qui l’accompagnait,
fut atteinte d’une violente fièvre. La voyant à toute extrémité, Gaston fit un
vœu à Notre-Dame de grâce, et son épouse ne tarda pas à guérir.
Gaston de Renty, thaumaturge effacé, vécut dans
une étroite union avec le Christ. Il était vraiment le Bon Enfant que la
Sainte Vierge avait promis de donner à Marie des Vallées. Mais c’était un
prodige d’humilité, et sa vie entière se passa “à
se faire tourbe pour ensemencer le Royaume.”
En 1640, Gaston de Renty fut nommé supérieur de la
Compagnie du Saint Sacrement et directeur spirituel de plusieurs personnes. De
son côté, Jean Eudes était nommé supérieur de l’Oratoire de Caen. En juillet
1641, à Landelles, Jean Eudes prêcha une retraite, à la demande de Gaston de
Renty, et c’est en août de la même année, lors d’une retraite qu’il prêcha à
Coutances, que Jean Eudes fit la connaissance de Marie des Vallées.
En 1642, la Compagnie du Saint-Sacrement s’établit
à Poitiers. Son but: la justice pour les pauvres et la suppression des duels. La
même année, Gaston de Renty fondait la Compagnie du Saint-Sacrement de Caen,
composée de “personnes d’un mérite extraordinaire,” tels Mr de
Bernières-Louvigny, trésorier de France, le Père Hyacinthe Chalvet, dominicain,
la Mère Mechtilde du Saint-Sacrement, Saint Jean Eudes, etc. Par ailleurs, et
autant qu’il le put, Gaston de Renty soutint les missions et les initiatives de
Saint Jean Eudes. C’est ainsi qu’en juin 1646, Saint Jean Eudes et ses
missionnaires vinrent prêcher une mission dans la propriété de Gaston de Renty,
au Bény-Bocage.
Gaston de Renty a défendu Jean Eudes lors des
nombreuses difficultés que ce dernier traversait, notamment lors de ses démêlés
avec l’Oratoire. Il n’hésita pas à écrire au supérieur de l’Oratoire de Caen
tandis qu’on empêchait Jean Eudes de fonder un séminaire en Normandie:
“Plût à Dieu que tous prophétisassent par
occasion ou autrement; pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, c’est le
principal... Jésus-Christ ne m’apprend point à diviser Jésus-Christ, mais à
désirer que tout se passe sans zèle amer, et sans contention, mais selon la
charité qui est bénigne... Pourquoi reprocherait-on à Jean Eudes d’avoir appris
tout ce qu’il sait à l’Oratoire, et d’aller le distribuer ailleurs?...”
En 1643 Gaston de Renty fut obligé de séjourner
plusieurs mois à Dijon: sa mère, qui avait
rêvé pour son fils des réussites
terrestres, était furieuse de ses orientations trop pieuses. Aussi voulut-elle
le déshériter. Gaston qui voulait préserver les biens de ses enfants, dut suivre
le procès devant le Parlement de Dijon. C’est alors qu’il entra en contact,
d’abord avec le Carmel de Dijon, puis avec celui de Beaune, et il devint le
directeur spirituel de la prieure, Mère Thérèse de Jésus-Languet.
En septembre 1644, il rencontra Marguerite du
Saint-Sacrement, et, grâce à elle, entra plus avant dans l’esprit du
Saint-Enfant Jésus. Il en fit la confidence au supérieur de l’Oratoire de
Dijon : “... le Saint-Enfant Jésus m’a
fait la très grande grâce de se donner à connaître à moi, de s’ouvrir et, en
Lui, je trouve tout et y suis renvoyé pour tout... L’innocence, la pureté et la
simplicité divines me montrent de grandes choses, lesquelles me tirent à y
entrer; mais mon impureté a bien de la peine à cette si grande netteté.”
Gaston de Renty approfondit encore davantage cette
dévotion car des lumières lui avaient été données au cours de ses oraisons. Il
écrivit, en 1645, à Mère Élisabeth de la Trinité :
“Le Saint Enfant Jésus me lia plus que jamais il y
a trois jours à sa Sainte enfance par cette vue qu’Il me donna et me fit
entendre après la Sainte Communion : je voyais que tous les autres états, hors
la grâce de la sainte enfance, nous devons les attendre en obéissance et non les
choisir, comme la croix ; nous ne devons présumer de notre usage, enfin il faut
que Dieu nous y conduise, et ensuite à sa gloire. Mais de nous-mêmes nous devons
faire élection et de tous côtés nous rendre au silence, à la séparation,
soumission et docilité du Saint Enfant Jésus, qui de Verbe de Dieu s’est
lui-même anéanti; et de là, sur cette base, il s’est laissé conduire en
obéissance par tous les états de sa vie jusqu’à la mort en croix et en sa
gloire; il ne s’est pas crucifié et n’a pas choisi ses états, c’est donc, ma
chère sœur, par la grâce que nous trouvons en la sainte enfance qu’il nous faut
laisser conduire selon tous les décrets de Dieu sur nous sans discernement.”
Le mystère de l’enfance est celui qui ouvre la
porte à tous les autres mystères.
Après la mort de Marguerite du Saint-Sacrement, le
26 mai 1648, Gaston de Renty écrivit:
“Je n’étais que pierre, si ce n’est depuis que ma Sœur Marguerite vint me
visiter. Bon Dieu! que de grâces et de mystères!“
Le Père de Saint-Juré rapporte que, au cours d’une
oraison, “Gaston de Renty avait connu
qu’il aurait un grand emploi pour la Nouvelle France, que l’on sait lui être
arrivé principalement en la fondation de l’Église dans l’île de Montréal.”
La Compagnie du Saint-Sacrement, tenue par le
secret, avait fondé la Société de Notre-Dame de Montréal qui avait pour misssion
d’implanter durablement, sur le sol canadien, des fondations chrétiennes. Gaston
de Renty sera le principal organisateur d’une vaste entreprise, pour la gloire
de Dieu. Il sera appuyé, dans ses différentes tractations par la Reine régente,
le chancelier et le Parlement. Certains pensent, avec Raymond Triboulet[6],
que Gaston de Renty peut être mis au premier rang des fondateurs de Montréal et
des bâtisseurs du Canada français.
Gaston de Renty fut un des grands représentants de
l’École Française de spiritualité. D’abord imprégné par la pensée de Bérulle,
Gaston de Renty eut des liens très étroits avec Charles de Condren (qui fut son
Directeur spirituel pendant deux ans), et avec Monsieur Olier, curé de la
paroisse Saint Sulpice et fondateur du séminaire de Saint Sulpice, et avec qui
il fonda la Compagnie de la Passion pour lutter contre le duel. Comme eux, il
fut un familier de l’Écriture, et surtout de l’Évangile. Quoiqu’il fût un laïc
on lui confia la direction spirituelle de quelques âmes qu’il conduisit dans la
liberté de la grâce.
Gaston de Renty fut pendant onze ans le supérieur
de la Compagnie du Saint-Sacrement fondée par Saint Vincent de Paul et Monsieur
Séguier. Après la mort de Charles de Condren, Gaston de Renty prit comme
directeur le Père de Saint Juré, jésuite de sensibilité bérullienne. Enfin,
Gaston de Renty était également très intime avec saint Jean Eudes.
Gaston de Renty n’a pas fait d’études de
théologie, il n’a pas de doctrine spirituelle spécifique, mais il a lu saint
Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire, Gertrude d’Helfta, Catherine de Sienne
et Catherine de Gênes, Thérèse d’Avila, etc, et il s’efforce de suivre leurs
conseils. Par ailleurs il a complètement assimilé le Nouveau Testament. Il
connaît aussi la plupart des grands mystiques qui lui sont contemporains : saint
Jean Eudes, Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, et bien sûr Marie des Vallées.
On doit remarquer que c’est surtout dans l’oraison
que Gaston de Renty a acquis sa grande connaissance des mystères divins,
connaissance qu’il saura partager à tous ceux à qui il écrit.
Gaston de Renty a donné à son directeur spirituel,
le Père Saint-Jure le schéma de sa journée-type:
– lever vers cinq heures, et invocation du “bon
Ange”, et de quelques saints, récitation de l’Angélus, consécration à la Sainte
Vierge, et, à la chapelle, adoration, oraison et lecture de deux chapîtres du
nouveau Testament.
– en fin de matinée, messe et angélus.
– midi, dîner en silence avec lecture spirituelle.
– en fin d’après-midi, visite au Saint-Sacrement
et une heure d’oraison.
– puis souper en famille pendant lequel on lit le
martyrologue, instruction des enfants.
– de 21h à 22h, oraison, et coucher.
On ne peut manquer de remarquer l’attention que
Gaston de Renty attache à l’oraison. Il décrit son oraison:
“Cette oraison n’est point par raisonnement ni par
recherche, mais par un loyal amour qui tend toujours à donner plutôt qu’à
recevoir. L’obscurité de la foi est à l’âme plus certaine que toutes les
lumières qu’elle peut avoir, et dont elle doit user avec respect et action de
grâce et non par complaisance ni par attache; il n’y a point là de bandement
d’esprit. Cette oraison ne fait point mal à la tête, c’est un état de présence
modeste dans laquelle on se tient devant Dieu, attendant de son esprit ce qu’il
lui plaira de mettre en nous, que nous recevons en simplicité et confiance,
comme s’il nous parlait.”
Pendant l’oraison l’âme peut recevoir des grâces.
“Les grâces sont les rosées qui journellement entretiennent la sève”, dit
de Renty, qui ajoute: “Mais les grâces toutes remplies de douceurs ne sont
pas les plus assurées.” Ce qui importe, c’est de vivre de la foi.
Pourtant de Renty ne méprise pas les grâces
sensibles, dons de Dieu. Il écrit au Père Saint-Jure :
“Je n’ai rien de sensible, sinon parfois quelque
trait passager, mais quand je sonde ma volonté, je la trouve quelquefois si vive
qu’elle me dévorerait si le même Seigneur qui l’anime,... ne la retenait pas.
J’entre en chaleur et en feu et jusqu’au bout des doigts je sens que tout parle
pour son Dieu, et se répand au long et au large dans son immensité, qu’il s’y
dissout et s’y perd pour le glorifier. Je ne puis exprimer ceci comme il est; je
ne m’arrête point à tout ce qui se passe en moi, je retombe toujours dans mon
néant...”
Gaston de Renty écrit encore au Père de Saint
Jure :“
J’ai eu la grâce par diverses fois d’avoir des
connaissances très intimes du mystère ineffable caché en Dieu depuis tous les
siècles, et manifesté maintenant à ses saints... Ces connaissances causent
autant d’étonnement que d’amour et à dire selon mon sentiment, l’homme éclairé
et pénétré de ces vérités ne demeure plus homme, mais il est anéanti et tout son
désir est de se perdre et de se liquéfier afin de changer de nature et entrer en
l’esprit de Jésus-Christ pour en lui, n’agir plus que par lui.”
C’est ainsi que Gaston a participé mystiquement au
mystère de l’Incarnation. À une carmélite de Dijon, sœur Marie du
Saint-Sacrement Froissard, il écrit en mars 1644 :
“Si nous avions un peu d’entrée dans ce mystère
(de l’Incarnation),
quel abandon ferions-nous de nous-mêmes et à quel
anéantissement ne nous réduirions-nous pas pour suivre en tout et partout ce que
la divine volonté voudra faire de nous.”
Mais les œuvres attendent aussi Gaston de Renty,
et il écrit : “Après avoir beaucoup joui de Dieu et goûté et écouté sa voix,
il le faut aller servir, car c’est ici une vie d’action et d’œuvre, vie de
servitude. Il faut donc l’aller servir en nous (par des pratiques
d’ascétisme) et au prochain qui sont les
deux seuls objets d’indigence dans lesquels nous pouvons réparer son honneur
méprisé, sa gloire déshonorée et son règne aboli par les injures qu’il y
souffre.”
L’oraison à montré à Gaston de Renty qu’il faut
aller servir Dieu en nous; cela se fait par l’ascétisme. Gaston mortifie son
corps et se dépouille des biens dont il peut se défaire sans nuire à sa famille.
Autant que possible, il se prive des commodités dont il pourrait jouir: le but
qu’il veut atteindre, c’est la désappropriation de lui-même. À une religieuse,
il écrit: “Comme notre enfance naturelle
est tirée du néant, notre Enfance de grâce ne peut semblablement être que nous
ne soyons dans l’anéantissement de notre propre par une mort véritable et
habituelle de nous-même.”
L’ascèse qu’il s’impose rend Gaston débordant de
joie. Il confie à la Mère Élisabeth de l’enfant Jésus:
“Je suis content, adorant et me soumettant à la
volonté de Dieu; je ne veux rien plus, et ne travaillerai ni pour la
consolation, ni pour la sécheresse. Je bénis Dieu en tout temps. Et bien que je
sois ainsi, s’il s’offre une occasion de parler pour affaire, ou consoler les
autres, Notre-Seigneur me donne en abondance. Après cela je demeure comme
auparavant.”
Le 3 décembre 1644, Gaston de Renty écrit, de son
sang :
“Je Vous donne ma liberté, ô mon Dieu, et Vous
demande le Néant, où il faut que le chrétien arrive pour surgir purement vers
Vous. Quelques jours plus tard, il
écrit au Père Saint-Juré: “En cette
disposition de tranquille ferveur il n’y a sorte de martyre, sorte de grandeur
ni de petitesse, d’ornement ni de dépouillement, qui ne passe par l’esprit, et
que l’âme n’accepte pour rendre à Dieu de l’honneur. On voudrait être roi pour
tout régir et le dernier des pauvres pour tout souffrir et cela hors de raison
et par excès de raison.”
C’est l’indifférence spirituelle, mais désirée,
vécue dans la contemplation de la plénitude de Dieu. C’est aussi le moteur de
toutes les actions qui nous conduisent à la sainteté.
Gaston de Renty vécut comme un véritable ascète;
cependant, sa doctrine en la matière est teintée de beaucoup de prudence. Il
estime que l’abandon à la volonté de Dieu vaut mieux que toutes les pénitences.
Il écrit à la Mère Élisabeth de la Trinité :
“Je travaille à vous conserver pour souffrir plus
longtemps en servant Dieu... Faites la pénitence de ne pas faire celles que vous
avez en vue... vous liant à l’ordre que Dieu vous a donné, et non par la pente
que vous sentez en vous.”
L’acceptation des épreuves qui nous sont envoyées
est une pénitence plus sûre, car l’orgueil y trouve moins son compte.
Gaston de Renty écrit encore à Mère Élisabeth:“Il
est plus important d’assujettir son esprit que son corps, de ne ruiner pas son
corps.” Car, “le démon est
d’ailleurs tout à fait capable d’inspirer à quelqu’un qui souffre un excès de
pénitences corporelles. L’ennemi peut-il porter une âme à la pénitence? Oui, et
en ceci il le fait pour vous débiliter et le corps et l’esprit, et, après, vous
donner sujet d’être à vous-même, pour après vous prendre à son avantage et sur
votre fond. Notre Seigneur ne le permettra pas, soyez obéissante jusqu’à la mort
de la croix...”
En effet, la meilleure ascèse est celle qu’on
subit parce qu’on ne l’a pas choisie.
“La véritable loi est celle de l’Esprit-Saint qui nous conduit sur les chemins
que le Christ veut pour nous.”
Et de Renty n’hésite pas à poursuivre :
“... Je vous assure, ma sœur, qu’il est bien plus
aisé de se donner la discipline que de veiller à se tenir en abnégation tout le
jour et renoncement de ses passions, qu’il est bien plus facile de porter une
chaîne que de supporter les petites croix qui se présentent, sans murmurer, en
silence, et sans cela, nous ne satisfaisons point à la pénitence que
Jésus-Christ demande de nous pour le suivre.”
Gaston de Renty a été le supérieur de la Compagnie
du Saint-Sacrement pendant onze ans, soit environ le tiers de la durée de vie de
la Compagnie. Tout se passait, dans la Compagnie, dans la plus extrême
discrétion: le bien se faisait sans bruit. Les membres de la Compagnie furent
moqués, décriés. Ils furent, a-t-on dit, ceux qui servirent de modèle au
Tartuffe de Molière. C’est très dommage, car c’est oublier que toutes les
grandes figures religieuses de l’époque en firent partie: Vincent de Paul, de
Condren, J.J.Olier, Bossuet, Alain de Solminihac : le saint évêque de Cahors, et
tant d’autres.
C’est oublier aussi toutes les grandes œuvres qui
se firent sous son impulsion, donc, en grande partie, sous l’impulsion de Gaston
de Renty. L’Hôpital Général de Paris, le Séminaire des Missions Étrangères
furent l’œuvre des membres de la Compagnie du Saint-Sacrement. Partout où l’on
souffrait de maladie, aux galères, dans les missions, il y avait des membres de
la Compagnie pour soulager les misères. Quand les guerres, la peste, les famines
sévissaient, ils étaient là. Qui le sait encore de nos jours ?
Les membres de la Compagnie priaient aussi
beaucoup, et aucune des œuvres qu’ils entreprirent ne le fut sans grande
préparation dans la prière. La Compagnie fut implantée dans une cinquantaine de
villes du Royaume. C’est la Compagnie aussi, qui sous l’impulsion de Gaston de
Renty, soutint la société qui est à l’origine de la fondation de Montréal, au
Canada, en 1641.
Gaston, de Renty s’impliqua beaucoup dans les
œuvres charitables. Mais les services que l’on doit rendre au prochain sont
aussi spirituels. Gaston de Renty écrivait beaucoup aux personnes dont il avait
la charge spirituelle. Sa correspondance est volumineuse: on a conservé 435
lettres. Écrire, c’était pour lui une occasion de parler de Dieu. Pour de Renty,
la correspondance était l’occasion d’exercer une charité.
Gaston de Renty entretint une correspondance très
suivie avec la Mère Élisabeth de la Trinité, du Carmel de Beaune. Il écrivit
beaucoup aussi à la Sœur Marguerite du Saint-Sacrement et à d’autres carmélites
du Carmel de Dijon, dont la Sœur Françoise de la Sainte Trinité Pajot. Il ne
faut pas oublier non plus le Père Saint-Juré et la Mère Thérèse de Jésus
Languet, fondatrice du Carmel de Macon.



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