

Catherine de Bar
Mère Mechtilde
du Saint Sacrement
(1614-1698)
* *
*
Les épreuves continuent pour Mère Mechtilde, tant en France qu’en Pologne. Elle
écrit, le 8 juin 1690, à ses filles de Pologne :
“Notre Seigneur nous a visitées par des maladies de coliques, de vomissements
et de fièvre, mais je crois
que toute la communauté y passera, car il y en a
déjà plus de 25... C’est un présent que Notre Seigneur nous fait, qu’il faut
recevoir de sa très sainte main, et adorer ses conduites. Il est vrai que nous
sommes dans un temps très pénible à soutenir, car l’on ne reçoit rien, et il
faut faire subsister la communauté...”
Dans une lettre adressée à la prieure, par le même courrier, Mère Mechtilde
demande des nouvelles de la communauté polonaise et prodigue ses conseils:
“Faites, très chère mère, autant de séraphins que de religieuses. Élevez-les
dans un grand amour vers le Saint-Sacrement et un grand zèle pour sa pure
gloire.”
Le 1er août 1690, elle poursuit: “Nous avons jusqu’à trente malades. C’est un
peu beaucoup. Pourvu que le service divin et l’adoration ne se quittent point,
nous serons trop heureuses.” Mais les malades ne guérissent point
entièrement et Mère Mechtilde se sent diminuer: “Je ressens bien cette année
que je diminue beaucoup. Comptez que je suis dans la soixante et seize...”
Puis elle ajoute, revenant aux malades: “Les médecins ne savent que dire et
ne peuvent en aucune manière soulager les malades. C’est un présent que Notre
Seigneur nous fait...”
Le 1er décembre 1690, Mère Mechtilde est encore inquiète: “La
communauté est assez doucement pour la santé: nos malades se rétablissent un peu
lentement... Puis, changeant de sujet, et revenant à la Pologne, Mère
Mechtilde constate, évoquant quelques religieuses qui devaient revenir en
France: Il n’y a aucune sûreté, ni sur la mer, ni sur la terre: l’on craint
beaucoup l’année prochaine pour les grandes guerres qui se préparent.”
Nous voici au 29 mai 1691. Quelques religieuses françaises, missionnaires en
Pologne vont bientôt pouvoir revenir en France. Et il semblerait que la reine de
Pologne soit revenue à de meilleurs sentiments. Mère Mechtilde a soixante dix
huit ans. Elle pense toujours que sa mort est proche et implore les prières de
ses sœurs polonaises.
Malgré son âge, Mère Mechtilde travaille toujours aux constitutions de son
Institut, mais le travail est sans cesse retardé. Le 26 mai 1694, elle écrit à
la prieure de Varsovie, Mère Marie de Jésus Petigot: “Je vous assure que le
retardement des constitutions est pour moi une bonne croix, parce qu’il est
impossible d’achever le reste, qui doit avoir rapport aux constitutions.”
À la même, Mère Mechtilde écrit le 11 mars 1695: “Mes nouvelles sont bien
languissantes. Je trouve que depuis que j’ai rempli mes 80 années, je suis plus
faible qu’à l’ordinaire... J’aurais bien voulu achever bien des choses avant que
je meure. Je voudrais faire réimprimer nos Constitutions... mais je ne suis pas
en état de faire cette dépense... Quand on pratique tout ce qui y est dit, tout
va en bénédiction; c’est un petit paradis... et c’est ce qui soutient les
maisons dans un état de perfection. La vôtre (celle de Pologne), très chère
mère, qui est commençante, serait admirable si elle pratiquait tous les
règlements...”
Mère Mechtilde aurait-elle pressenti que tout n’allait pas très droit, dans le
monastère de Varsovie? Le 4 juillet 1695, elle écrit à la mère Marie de Jésus de
Petigot, la prieure:
“Dieu me fait connaître qu’il y a entre vous quelque chose qui lui déplaît:
votre union n’est pas telle qu’elle doit être. Il y a déjà bien longtemps que
j’ai cette impression... Des gens venus de vos contrées m’ont confirmé les
sentiments que l’on me donnait intérieurement. Ces personnes m’ont assuré que
l’on disait que vous n’étiez point en union, mais plutôt en division, et que
cela commençait d’éclater et faisait de fort mauvaises impressions dans les
personnes de qualité, et que l’on disait que la reine, qui fait tout l’appui de
votre maison, commençait fort à se refroidir...
Au nom de Dieu, ma très chère mère, voyez d’où peut venir cette désolation;
car rien n’est plus affligeant qu’une maison religieuse divisée, cela est bien
capable de faire mourir de douleur, car Notre Seigneur ne peut jamais être
honoré, ni glorifié dans une maison où il n’y a point de sincère union... Votre
maison doit embaumer tout le pays. Les filles du Saint Sacrement doivent vivre
comme des anges qui sont en actuelle adoration et qui ne vivent que de l’Esprit
de Jésus, sacrifié dans le divin mystère de l’autel. Il ne devrait rien avoir de
plus saint dans l’Église que les filles du Saint sacrement.“
Le 4 juillet 1695, Mère Mechtilde confiait à la mère Marie de Jésus Petigot, à
propos des dissenssions qui se manifestaient dans le monastère de Varsovie:
“Croyez, ma très chère mère, que pour être supérieure il ne faut pas croire
qu’on le peut emporter sur les autres. Il faut souvent obéir au lieu de
commander. Ne croyez pas vos propres lumières, ne croyez pas même que vos
lumières soient de Dieu, vous tomberiez dans une étrange erreur. Non, non, il
faut s’accommoder, comme dit la sainte règle, et croire que notre Seigneur fait
quelquefois connaître ses volontés par les plus jeunes. Rien ne plaît tant à
Dieu que le cœur humble; défiez-vous de vos propres sentiments.
Achetez la paix et l’union de vos filles, et ayez toujours un saint rapport
de vos sentiments aux leurs, pour le respect de la charité, que vous devez faire
régner partout et sur tout. Les supérieures doivent donner l’exemple et préférer
les sentiments des autres aux leurs propres, afin de les encourager à se
démettre elles-mêmes de leurs propres lumières et sentiments...
Si la nouvelle de votre division passe dans cette communauté, il en faudra
mourir de douleur, cela se répandra partout. Remédiez à ce mal, très chère mère,
avant qu’il soit plus grand. Prenez vos chères filles, conférez ensemble pour
tâcher de connaître d’où vient de si méchantes impressions que l’on a de votre
maison...”
Ce qui compte le plus, pour Mère Mechtilde, c’est la sainteté de l’Institut. À
la Mère Suzanne de la Passion Bompard, en Pologne, elle écrit, le 26 août 1694:
“Je vous conjure, très chère, de soutenir les intérêts de Dieu dans la
sainteté de son œuvre. Je vous dirai seulement ce qui fit mon plus grand poids
dans mon agonie: ce fut la sainteté de l’institut que je n’aurai jamais bien
remplie, et, si la sacrée Mère de Dieu ne fût venue à mon secours en me
déchargant du poids de l’institut, j’aurais péri immanquablement...
Vous êtes des premières
[1] avec la
chère mère de Sainte Madeleine: je vous conjure toutes deux de bien soutenir la
sainteté de l’institut. Il est si saint que les termes me manquent pour
l’exprimer. Vous l’apprendrez du très Saint Sacrement; c’est en sa sainte
présence que vous pénétrerez ses ineffables grandeurs et la sainteté où il veut
que ses victimes soient animées... Je tâcherai de vous envoyer les règlements de
toutes les charges et emplois de la religion. Si l’on veut les observer, la
maison sera dans la perfection. J’espérais les pouvoir faire imprimer, mais il
plaît à Notre Seigneur me tenir dans la croix avec des impuissances dont vous
seriez étonnées...”
Il s’est certainement passé quelque chose de très grave dans la communauté des
Bénédictines du Saint Sacrement de Varsovie, mais aujourd’hui on ne sait pas
exactement quoi, car les archives concernant cette douloureuse période ont
disparu, soit qu’elles aient été détruites volontairement, pour des raisons de
charité, soit qu’elles aient été brûlées avec le monastère en 1944. On peut
seulement en deviner la teneur à la lecture des lettres de Mère Mechtilde,
miraculeusement épargnées par le désastre de 1944.
Après avoir écrit à la supérieure de la communauté, Mère Mechtilde écrit à
quelques anciennes de la communauté:
“J’ai le cœur navré de vous savoir dans la division, car Notre Seigneur n’y
peut être honoré, les ennemis de notre institut en triomphent. Il y a longtemps
que les démons nous ont menacées de ce que nous voyons aujourd’hui. J’en ai
écrit à la bonne mère prieure, et la prie instamment de réfléchir d’où peut
venir ce malheur, qu’elle fasse un peu d’examen pour voir si, de sa part, elle
n’y donne pas quelque sujet... Je vous prie, vous aussi, mes très chères filles,
voyez devant Dieu s’il n’y a rien de la vôtre qui puisse contribuer à ce
malheur.... Je vous conjure de voir ce qu’il faudrait faire pour réunir les
cœurs qui sont choqués... Je sais bien qu’il y a des choses dans la conduite qui
peinent, et qu’il y a bien de la difficulté à soutenir, mais courage!... Je suis
en esprit auprès de vous, mes très chères mères, où je vous dis mille choses,
pour voir les moyens de remettre tout dans l’ordre qu’il doit être.
Ce qui me touche sensiblement, ce sont les mauvais exemples que votre
jeunesse en tire... Il n’en faut pas tant pour perdre un monastère. Je crains
bien que, si la reine est une fois imbue de tout cela, elle ne se dégoûte et
qu’elle ne m’écrive, ce qu’elle a déjà fait une fois, qu’elle trouverait bien
d’autres religieuses qui feraient l’adoration perpétuelle. Ces personnes-là
[2] se choquent
très facilement. Mais le mal serait très grand et d’une fâcheuse humiliation
pour notre institut. L’on en dit déjà assez par le retour des chères mères qui
sont revenues! L’on dit partout que la reine n’en était pas contente.
Je remarque ce que l’on nous a dit plusieurs fois que les démons feraient
leurs efforts pour détruire l’Institut... C’est pourquoi, mes chères enfants, je
vous invite encore à souffrir un peu de temps pour éviter un tel malheur...”
Mère Mechtilde confirme cette confidence:[3]
“Vous seriez surprises des assauts que l’enfer nous livre très souvent, mais
quand il semble que tout est perdu, c’est là où nous voyons les protections de
cette divine Mère
[4]...”
Quelques jours plus tard, le 29 juillet 1695, Mère Mechtilde écrit aux mêmes :
“Je connais que le mal est bien plus grand que vous ne le comprenez
vous-mêmes, quoique vous en soyez
bien touchées. Oui, les maux sont venus à un
tel point que les jeunes sont renversées et sont dans des angoisses extrêmes,
jusqu’à produire dans le cœur de quelqu’une un sensible déplaisir d’être
religieuse. Voilà en vérité un grand mal que cette malheureuse désunion a causé.
Un autre, encore plus grand, c’est le scandale et la mauvaise édification parmi
vos domestiques séculières, et vos pensionnaires, qui concevront un grand mépris
pour l’état religieux...
La reine en tirera de mauvaises conséquences et produira du dégoût dans son
cœur. Je sais ce qu’elle m’en a écrit autrefois, que les causes n’étaient que
des ombres, comparées au mal présent.”
Enfin, le 5 août 1695, à toute la communauté de Varsovie. Mère Mechtilde avait
reçu, avec une extrême douleur, toutes les lettres de ses filles de Varsovie,
lesquelles se trouvaient dans des états affligeants. Elle leur répond par une
très longue lettre dont nous ne donnerons ici que quelques extraits:
“Je suis sensiblement touchée de voir une maison naissante dans une grande
division, qu’il m’est facile de croire que les ennemis de votre salut ont fait
ce grand désordre pour empêcher la gloire de Notre Seigneur, dans vos cœurs et
dans votre monastère. C’est un mal extrême et un des plus grands de ceux qui
peuvent affliger une maison religieuse, car c’en est quelquefois la ruine
totale...
Hélas! mes chères filles, un peu d’application à la présence de Dieu et de
mortifications, pour vous rendre fidèles à la grâce, auraient empêché que la
nature et le démon ne vous eussent jetées dans cet état déplorable... Comme il
n’y a rien de plus saint dans l’Église, que l’Institut que vous avez professé,
le démon a eu ce pouvoir de vous faire quitter les saines pratiques que vous
devez avoir toujours en usage, pour vous rabaisser dans des sentiments humains
qui n’ont d’autre motif que de satisfaire l’amour-propre...
Vous voyez qu’il faut porter sa croix de quelque part qu’elle nous arrive...
à l’exemple de Notre Seigneur qui doit être notre modèle partout et dans toutes
les occasions de pratiquer la vertu .. que ses victimes doivent observer...”
“La principale vertu, c’est la sainte obéissance, sans quoi nous ne pouvons
être vraies religieuses, ni faire aucune chose qui soit agréable à Dieu... La
religion établit des supérieures dans chaque monastère pour donner lieu aux
religieuses d’obéir. Il faut les regarder comme celles que Dieu a choisies pour
tenir sa place et pour lui confier son autorité, c’est pourquoi il faut les
respecter et leur obéir simplement et sincèrement, comme à Dieu même, ce sont
les paroles de notre sainte règle; c’est le moyen de conserver le bon ordre dans
une maison religieuse et d’y vivre de la sainteté que nous y professons, car
sans l’obéissance, il n’y a rien dans une religieuse qui puisse plaire à Dieu...
Ce n’est pas l’habit qui fait la vraie religieuse, mais l’observation des
vœux et les engagements de sa profession qui la fait vivre d’une vie renoncée,
c’est-à-dire dans une continuelle mortification de ses sens, de la nature et de
son propre esprit qui veut toujours régner...”
“Par la présente, je vous sollicite à vous remettre dans la charité et saine
cordialité les unes envers les autres, et de rendre à votre supérieure les
devoirs que vous lui devez... Confondez les démons qui prétendent détruire
l’œuvre de Dieu, réunissez-vous toutes par son divin Esprit, sacrifiant, chacune
en particulier, les raisons qui la tiennent dans la désunion... Vous réparerez,
par ce moyen, les scandales de votre division, qu’il faut réparer sous peine de
damnation, vous le savez, très chères.
Souvenez-vous que vous êtes toutes les premières, (les premières Bénédictines
du Saint Sacrement en Pologne) et qu’il faut que celles qui entrent dans votre
maison marchent sur vos pas. Jugez quel malheur éternel si vous ne leur donnez
pas, par vos exemples, l’édification que vous devez et par les saintes pratiques
que l’on doit voir en toutes vos conduites, surtout: celles de l’obéissance et
d’une très profonde humilité qui ne permet pas à l’esprit humain de s’élever par
orgueil et par fierté.”
Le même jour et par le même courrier, Mère Mechtilde écrivait à la mère Marie de
Jésus, prieure, à qui elle envoyait deux nouvelles sœurs françaises: “Je vous
conjure de prévenir la reine et de l’obliger d’agréer ces deux sujets... Prenez
donc votre temps pour prévenir la reine, parce que ces deux chères mères,
partiront dans trois ou quatre jours...
Je crois que vos chères filles vous feront voir la lettre que je leur écris
pour les solliciter à se remettre dans une parfaite union. L’état de notre
maison est des plus affligeants... Priez la sacrée Mère de Dieu... Il faut que
tout le monde se quitte soi-même, pour rentrer dans une parfaite union
universelle. Je ne veux que Dieu en tout...
Peu à peu les choses vont s’améliorer, mais Mère Mechtilde continue à suivre de
près la communauté de Varsovie. Un an plus tard, le 6 juillet 1696, elle écrit à
la sœur de Saint Bernard :
“Nous faisons des prières pour demander à Notre Seigneur, par sa très sainte
Mère, qu’il pacifie tout, car rien n’est plus affligeant que de savoir une
maison de l’Institut dans une telle désolation. Je sais que vous souffrez
beaucoup sans y pouvoir mettre de remède. Mais si vous êtes fidèle à Dieu dans
les persécutions et dans les tentations que l’Enfer vous livre, la force divine
de Jésus-Christ, par sa très sainte Mère, triomphera de tout, et vous verrez les
secours de sa grâce qui vous surprendront...
Soyez fidèle à vos obligations; ne communiquez points vos sentiments pour
décharger votre cœur, qui vous ferait dire plusieurs choses qui le pourraient
blesser ou, du moins, troubler sa tranquillité... Vivez dans l’esprit d’un
continuel sacrifice, qui doit faire la vie d’une victime. L’on ne peut en ce
monde éviter plusieurs contradictions mais la victime fidèle laisse les morts
ensevelir les morts. Elle surpasse tout pour se rendre à celui à qui elle est
immolée, n’ayant point d’autre tendance que de lui plaire, sans envisager ses
propres intérêts. Elle les anéantit de tout son cœur, par le sacrifice actuel,
faisant consister son bonheur à n’avoir que Dieu en vue sur toutes choses, son
amour et son règne faisant toute sa fortune...”
Le 6 avril 1698, Mère Mechtilde s’était éteinte doucement, après une vie
constamment semée d’épreuves. Pour les Bénédictines du Saint-Sacrement, il y
aura, en Pologne, quelques périodes de calme et même de prospérité. Cependant
les épreuves seront encore nombreuses, et cela jusqu’à nos jours, pour les
moniales de Mère Mechtilde.
La mort du roi Jean Sobieski, le 17 juin 1696, fut une grande perte pour les
moniales. La reine quitta bientôt Varsovie, puis vers 1700, partit pour Rome. À
la demande de la supérieure de Paris, la reine entreprit des démarches pour
fonder un monastère de Bénédictines du Saint-Sacrement à Rome. Ces démarches
n’aboutirent pas, mais contribuèrent à l’approbation des Constitutions de
l’Institut, par le pape Clément XI, le 1er août 1705.
Mère Radegonde, ne voulait pas que la reine se mêlât des affaires du
monastère, d’où de nouvelles querelles, qui finirent par la démission de Mère
Radegonde, le départ pour la France d’autres religieuses, et l’élection de mère
Petigot, “selon le désir de la reine.” D’autres religieuses françaises
arrivèrent à Varsovie, venant de Toul. En réalité, il est maintenant connu que
le monastère de Varsovie s’était trouvé dans des conditions matérielles très
pénibles: “La reine, Marie-Casimire, après la mort de Jean Sobieski, quitta la
Pologne. Étant elle-même dans de grandes difficultés pécuniaires, elle n’était
plus en état de remplir ses obligations envers le monastère. Toute une année les
religieuses vécurent dans une extrême misère...[5]”
Mère Mechtilde étant décédée en 1698, nous aurions pu arrêter notre récit
ici. Les événements qui suivent n’intéressent plus une étude consacrée à
“L’École Française”. Il a toutefois paru judicieux, afin de contenter certaines
curiosités, d’évoquer quelques grandes étapes du développement des Bénédictines
du Saint-Sacrement en Pologne jusqu’aux drames terribles de la guerre 1939-1945.
En mai 1708, une peste épouvantable s’abattit sur Varsovie, et les
bénédictines tombèrent malades.” Il y eut 22000 décès à Varsovie, et de
nombreuses sœurs moururent. Ordre fut alors donné à plusieurs bénédictines de
Varsovie de partir avec deux pensionnaires. Ce petit groupe s’installa à
Przemysl.
Pour arranger les choses, la guerre civile faisait rage partout en Pologne,
et la ville de Przemysl était continuellement pillée. Finalement les
bénédictines du Saint Sacrement trouvèrent refuge à Lwow et s’y installèrent le
13 juin 1709. En juin 1715, l’évêque de Poznam, consacra l’église du monastère
de Lwow. Des années passèrent, prospères. Un pensionnat pour jeunes filles
assurait des revenus réguliers.
Cependant comme toutes les œuvres du Seigneur, les fondations de Pologne
furent particulièrement persécutées: le démon redoutait-il tellement les
adoratrices du Saint Sacrement? Probablement, car les contre-temps, les
contradictions, les difficultés, les deuils, accablèrent aussi la petite
communauté de Lwow, et ce n’est que le 9 avril 1721 que la fondation de Lwow fut
enfin établie officiellement
Les bénédictines du Saint Sacrement de Lwow connurent d’abors une longue
période de prospérité, mais après le partage de la Pologne, le 5 août 1774, et
jusqu’en 1917, de nouvelles et douloureuses épreuves s’abattirent sur le
monastère. Il n’est pas question d’entrer ici dans les détails, mais il peut
être intéressant de rappeler quelques éévénements racontés dans l’Historique du
Monastère de Lwow. (1709-1978)
“En 1798, le monastère des bénédictines du Saint Sacrement souffrait une
grande disette et était écrasé par les impôts de toutes sortes. Les revenus ne
suffisaient pas à les couvrir...”
Il y eut ensuite un grave incendie qui ravagea une partie du monastère... Les
années 1830-1831 furent très difficiles: famine et choléra sévissaient dans la
ville. Aussi les parents reprirent-ils leurs filles par crainte de l’épidémie:
conséquence, plus de revenus pour les religieuses.
L’Église conventuelle, commencée en 1743, n’était toujours pas terminée... et
ce n’est qu’en 1903 que les travaux purent reprendre. Le 12 mai 1904, l’église,
achevée, fut consacrée et ouverte aux fidèles. À cette époque, les moniales
étaient soutenues et aidées par Mg Weber, archevêque du lieu, mais le 26 mai
1906 il partit pour Rome et entra dans la congrégation des Résurrectionnistes.
En 1787, Saint Clément Hofbauer, venu avec ses Rédemptoristes habiter près du
monastère des Bénédictines, devint le confesseur des sœurs. Mais la tranquillité
de la vie conventuelle ne dura pas... Après le deuxième partage de la Pologne en
1794, les épreuves recommencèrent: les locaux et l’église subirent des
dépravations. Le noviciat fut interdit. Puis, après l’écrasement de
l’insurrection de 1863, le régime tsariste confisqua le domaine des religieuses,
et ferma de nouveau le noviciat. Les religieuses vieillissaient mais
continuaient cependant à assurer l’adoration. Ce n’est que le 12 août 1905, et
sous la pression d’un mouvement révolutionnaire, que les autorités cédèrent et
permirent la réouverture du noviciat.
“L’armée russe occupa Lwow le 3 septembre 1914 et ne se retira que le 22 juin
1915... La situation devint très difficile,... mais après 145 ans d’occupation
étrangère, le monastère se trouva dans la Pologne ressuscitée... En 1920,
l’école du monastère reçut les droits d’État en qualité d’école primaire... Le
25 juin 1925 le monastère fut consacré au Sacré-Cœur de Jésus.”
– 1er septembre 1939, “Hitler attaque la Pologne. la deuxième
guerre mondiale commençait. Lwow fut bombardée dès le premier jour par les
avions allemands, et les jours suivants les attaques se répétèrent” La famine
s’installa.
– 20 septembre 1939, “Les Allemands cédèrent à la Russie toute la partie
orientale de cette province polonaise, jusqu’à la ville de Przemysl. Le 22
septembre, les chars soviétiques occupèrent Lwow...
– 22 juin 1941, “Hitler, enivré par ses victoires, attaqua l’armée russe...
et l’armée allemande occupa Lwow le 25 juin.”
– 25 mars 1943, “Les moniales se consacrèrent au Cœur Immaculé de Marie. Afin
d’obtenir sa protection.”
Mais la contre offensive soviétique commença, et Lwow fut bombardée par les
avions russes. Le grand bombardement débuta le soir du 1 mai 1944. L’église
subit des dégâts considérables.
– 26 juillet 1944 l’armée soviétique envahit Lwow. Seules les personnes
travaillant à l’extérieur avaient droit à des cartes de pain et d’alimentation.
– 14 août 1945, 127 sœurs de la Miséricorde, expulsées, se réfugièrent chez
les moniales, puis les soldats occupèrent le monastère, du moins ce qui en
restait. Les moniales durent pourvoir à l’entretien de 350 soldats. Elles
étaient surchargées de travail, mais au moins, elles purent s’approvisionner.
– 2 juin 1946, les moniales doivent quitter leur monastère. Elles arrivèrent
à Plawniowice le 10 juin. Enfin, les moniales furent transférées à Bardo où
l’adoration perpétuelle fut établie le 15 septembre 1960.
– Le 8 décembre 1975, les sœurs de Bardo arrivèrent à Wroclaw. En Entre
temps, les bénédictines avaient fondé une nouvelle maison à Siedlece.
Nous nous inspirons ici de la lettre circulaire du monastère de Varsovie du 31
août 1944.
Le monastère de Varsovie connut, au cours de son existence, des périodes de
grandes souffrances, dont la plus sensible fut certainement l’obligation de
fermer le noviciat en 1863. Le noviciat ne fut autorisé à rouvrir qu’en 1905. En
1918, il n’y avait encore que peu de novices et la misère régnait. À partir de
1927 la communauté commença à rajeunir, et au début de l’année 1939, il y avait
48 religieuses: de grands travaux, urgents, de restauration pouvaient être
entrepris. Mais, le 1er septembre 1939, la deuxième guerre mondiale éclatait et
Varsovie fut soumise à de très violents bombardements.
Au printemps 1943, le ghetto juif de Varsovie, situé à 250 mètres environ du
monastère, se soulevait... Les canonnades, les incendies et les tueries durèrent
deux mois.
À Varsovie, le monastère et son église n’avaient pas eu trop à souffrir des
bombardements de septembre 1939. Mais pendant l’insurrection de Varsovie, du
1er au 31 août 1944, le bombardement de l’église et du monastère fut tel que
tout fut écrasé. Il y eut beaucoup de morts, dont 34 religieuses qui avaient été
ensevelies vivantes dans les sous-sols du monastère. Même les archives furent la
proie des flammes. C’est un vrai miracle que l’on put retrouver dans les cendres
les lettres de Mère Mechilde.
– 1er août 1944, le soulèvement de Varsovie.
– 6 août, la communauté descend se réfugier dans les caves avec le Saint
Sacrement. De nombreux civils viennent aussi se réfugier chez les sœurs. Mais
des espions se glissent dans cette foule, et bientôt le monastère sert de cible
à l’artillerie allemande. Un hôpital de fortune est installé dans les caves du
bâtiment.
– 13 août, le lanterneau supplombant la coupole de l’Église est touché; il
s’effondrera quelques heures plus tard. La destruction du monastère se poursuit.
L’eau manque, il n’y a plus de médicaments, les blessés pullulent: c’est
hallucinant.
– 30 août, les religieuses se préparent à une mort imminente: ce jour-là, les
sacramentines, (bénédictines du Saint Sacrement), sous l’action de la grâce,
demandent, individuellement, à faire l’offrande de leur vie. On ne sut jamais
qui fit cette offrande, ni à qui la permission fut refusée. On sait seulement
que les quelques rescapées n’avaient pas fait cette démarche.
– 31 août 1944, 30 moniales et environ un millier de personnes se trouvaient
dans la cave située sous l’Église. Un avion lâcha des bombes: l’église
s’effondra écrasant dans ses décombres toutes les personnes qui se trouvaient en
dessous. Puis un incendie se déclara. Un char allemand prit sous son feu ce qui
restait encore debout. Seulement quelques personnes furent sauvées. Mais
immédiatement les pillards arrivèrent!!! Dans cette horrible catastrophe, 34
bénédictines et un millier de personnes avaient péri.
Les soldats allemands obligèrent les survivants du quartier à évacuer les lieux;
sous les brutalités de la soldatesque allemande, une longue et hallucinante
marche commença dans un paysage cauchemardesque, jusqu’à la Gare de l’Ouest. Des
scènes déchirantes se passèrent, les familles étant séparées, hommes d’un côté,
femmes et enfants de l’autre... Il fallut monter dans des trains. Après de
multiples péripéties, les femmes arrivèrent à Lowicz. Les sœurs furent reçues
par des bénédictines.
– Le 20 septembre 1944, les sacramentines rescapées trouvèrent asile à
Staniatki. Elles y restèrent jusqu’au 2 mars 1945. Le 2 mars 1945, quelques
sœurs purent rentrer à Varsovie. Peu à peu le monastère sera reconstruit. En
1951, l’église sera ouverte au culte, mais ce n’est que le 19 Mai 1973, que le
Cardinal Wyszynski pourra procéder à sa consécration.
Le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla était élu pape. Il prenait le nom de
Jean-Paul II.
[5] Chronique
du monastère de Lwow, de 1687 à 1708.



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