

* * *
Trois siècles avant la Petite Thérèse de Lisieux, Charles de Condren exaltera
l’enfance spirituelle, en la liant, toutefois, à la notion de sacrifice, ce qui
est tout à fait conforme à sa doctrine et à son siècle. Car, selon le Père de
Condren, il y a, dans les exigences de l’enfance spirituelle, toute la gravité
du sacrifice.
L’Incarnation véritable et totale de Jésus passe nécessairement par le stade de
l’enfance, avec ce que cela cache de fragilité, de dépendance, d’impuissance,
d’indigence et d’humiliation. L’enfance de Jésus est de nature sacrificielle:
“Son impuissance est source de vertu et de force pour opérer, sa dépendance doit
être notre direction et conduite, son indigence nous est plénitude et abondance
de grâces. C’est par ce mystère de l’enfance qu’il commence à se donner à nous,
qu’il commence notre conversion[1]...
L’enfance est le printemps de la grâce... La grâce de cet état est de rendre
petits à nos propres yeux.[2]”
Car la stupéfaction saisit notre cœur devant l’abaissement de Jésus.
Le Père de Condren note l’extrême misère de notre première enfance, celle
d’avant le Baptême, esclave du péché, ignorante et infirme. Jésus ne peut
supporter cet état dans lequel nous a mis le péché originel. Il veut donc nous
revêtir de Lui-même, c’est-à-dire de son esprit et d’une grâce venant de Lui
seul. Cet esprit et cette grâce sont esprit de pureté, de douceur, d’humilité,
en un mot l’esprit d’enfance spirituelle, et c’est ce que le Baptême opère en
nous.
Le fondement de toutes les vertus, c’est l’humilité: “Ayez toutes les vertus,
confirme Condren, si vous n’avez celle-là, vous ne pouvez plaire à Dieu, mais
quoique vous ayiez beaucoup d’imperfections, si vous avez l’humilité, vous avez
quelque chose qui plaît à Dieu.[3]”
Et de Condren conseille de refaire le trajet parcouru par Jésus, sur la
terre. “Comme le Verbe a mis ses grandeurs, ses attributs, en exinanition...
il faut mettre nos personnes, nos grandeurs, notre nature, nos inclinaisons, en
exinanition pour nous faire petits, quoique nous sentions y répugner et qu’elles
nous fassent peine.” Se faire petit est un véritable labeur tant cela est
contraire à la spontanéité de notre nature.
L’humilité est une méfiance à l’égard de nous-mêmes, et il nous est impossible
d’être humbles sans faire appel à l’Esprit-Saint. Être humble, c’est d’abord le
vouloir, c’est savoir ce que Dieu pense, c’est vouloir ce que Dieu veut, c’est
aimer ce qu’Il aime: “Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs
travaillent en vain.” Cette vertu nous transforme et fait de notre cœur un
”foyer de douceur,... car la douceur est la sœur de l’humilité...”
L’humilité c’est l’inclination qui nous permet d’accepter, à l’avance, ce que
Dieu nous demandera: “Il faut être dans l’inclination de sacrifier cette vie
en ce monde et nous-mêmes à Dieu avec Jésus-Christ. C’est entrer en son
sacrifice par lequel il sacrifiait tout le monde avec lui.” Ce sacrifice
d’enfance spirituelle se vit dans la pauvreté.
“La pauvreté de cœur est la première des Béatitudes évangéliques, afin de
n’avoir pensée que de Dieu et de n’être occupé que de lui.[4]”
La pauvreté spirituelle est un choix, quête du seul Bien: l’Être de Dieu. C’est
une pauvreté de désir, et non pas de résignation, c’est une soif, mais de Dieu.
La pauvreté spirituelle est craintive, car elle craint que Dieu s’éloigne à
cause de nos égarements, froideurs, indignités...
La pauvreté de l’enfance spirituelle, renvoie à l’humilité. Les riches comme les
pauvres peuvent vivre en esprit de pauvreté et d’humilité. Dieu permet qu’il y
ait des riches, “et ces personnes doivent vivre avec leurs marques de
grandeur... St Jacques dit que le pauvre se doit glorifier dans son exaltation,
c’est-à-dire d’être dans un état que Dieu a voulu élever et sanctifier de sa
personne, et le riche au contraire dans son humilité, c’est-à-dire qu’il regarde
son état comme un état d’humilité et d’abaissement que Jésus-Christ a réprouvé
et dont il n’a pas voulu... Mais il veut qu’il y ait de ses membres qui y vivent
et qui s’y sauvent.”
L’esprit de pauvreté consiste à vivre dans l’état que Jésus a choisi pour nous.
C’est un état désemcombré de soi-même, tout simplement.
“Dieu demande de nous la simplicité du cœur... Il nous demande un œil simple,
c’est-à-dire la pureté du cœur. Il faut aller droit dans les chemins du service
de Dieu, sans tant de détours que nous faisons dans notre voie. La grâce de
cette perfection opérera en nous la grâce de marcher simplement dans la voie de
Dieu,...” à l’exemple de la Sainte Trinité ”dont l’essence divine est
commune aux trois personnes.“
Concrètement, être simple, c’est se déterminer pour Jésus-Christ et dire non à
tout ce qui n’est pas Lui. Condren nous demande d’abandonner tous nos vouloirs
personnels: “Pour honorer Dieu dans son unité, nous devons perdre notre
propre volonté et n’avoir que la sienne.” L’enfant spirituel, le simple de
cœur, modèle son jeune esprit sur les vues de l’Esprit-Saint. Et l’on en revient
encore à l’humilité. C’est l’abandon à la volonté de Dieu
L’abandon n’est pas la résignation, mais l’expression de la confiance en Dieu
notre Père: “Donnez-vous au Fils de Dieu avec confiance, et soyez assuré que
les petites peines que vous souffrez tourneront à votre salut... Nous ne sommes
rien et ne pouvons rien de nous-mêmes, et c’est une grâce que Dieu vous fait de
ressentir en vous-même votre impuissance et de vous rendre son secours
nécessaire en vos actions ordinaires.[5]”
Les sacrements sont les dons de Dieu aux hommes pour les ramener sur le chemin
de la confiance, le chemin de l’enfance spirituelle. Mais l’abandon à Dieu n’est
pas passif; il est la source de notre prière, l’ouverture naturelle à l’esprit
d’oraison.
Pour le Père de Condren, “l’oraison est une conversation de l’âme avec Dieu,”
pleine d’humilité et de respect, car la créature qui fait oraison découvre
sa petitesse extrême quand elle est en présence de Dieu, Tout-Puissant, plein de
grandeur et de Majesté. L’oraison est un devoir, car elle permet de
découvrir Jésus-Christ et de le prendre pour modèle.
Notre nature humaine finie a besoin de considérer “les divines perfections,
ses grandeurs admirables, et d’adorer sa majesté infinie.” Le temps de
l’oraison est aussi le temps privilégié où l’enfant de Dieu retrouve son Père.
“C’est le commencement de la vie au ciel.” L‘oraison n’est ni “une
paresse”, ni une “nonchalance”... mais une activité de notre esprit
qui vise à être “un même esprit avec Dieu,” ce qui suppose une ascèse et
un renoncement à soi-même.
Il est également de notre devoir d’imiter “celui dont la vie a été une
continuelle oraison, depuis le moment de son Incarnation jusqu’à sa mort.
Faire oraison, c’est entrer “en société avec Notre Seigneur, en son enfance,
en sa Passion, et en tous ses autres états... Et parce que nous sommes les
membres de son corps mystique, nous ne pouvons nous séparer de lui: il est notre
modèle.”
Nous sommes tous des pécheurs indigents, et l’oraison est l’occasion de nous
humilier devant Dieu: “Comme nous avons plus besoin de Dieu pour vivre que de
notre cœur même, nous recevons continuellement de lui ce qui est nécessaire à la
vie; aussi sommes-nous obligés d’avoir recours continuellement à lui et à cet
entretien et oraison par laquelle nous reconnaissons notre indigence, lui
exposons nos besoins et lui demandons ce qui nous est nécessaire.”
La miséricorde divine nous fait éprouver notre misère, mais ne la condamne pas,
au contraire, car c’est lui qui nous inspire à solliciter sa bonté.
Tout le monde doit faire oraison: “La plupart des hommes croient que c’est un
don et une grâce particulière de Dieu faite à quelques-uns et à laquelle tout le
monde ne doit pas prétendre.” Quelle erreur! Comment pourrions-nous nous
acquitter de nos tâches liées à la charité, sans le secours de la prière
permanente?
L’adoration est aussi sacrifice: elle demande donc de sortir de soi-même, de
s’oublier, de pénétrer dans l’Esprit de Dieu: “Nous ne pouvons de nous-mêmes
faire oraison. Nous devons... faire abnégation de notre esprit, ne voulant nous
entretenir avec Dieu qu’en l’esprit de Jésus-Christ, parce qu’il est vrai que
nous sommes incapables de traiter avec lui par notre esprit... En qualité de
pécheurs nous ne pouvons nous trouver devant Dieu” infiniment distant de
nous. Pour adorer Dieu tel qu’Il est, nous devons “prier Jésus-Christ
qu’il nous anéantisse en nous-mêmes.”
Dans ses Instructions spirituelles, de Condren conseille:
“Laissez-vous à lui, dans l’esprit de tout ce qu’il est,... ne voulant
rechercher que sa propre gloire, vous dépouillant de tout votre intérêt, et
n’ayant d’autre dessein que de le glorifier.”
Faire oraison, c’est penser Dieu tel qu’il est, et corrélativement nous penser
tels que nous sommes. “Il faut donc que nous perdions nos pensées pour
l’honorer tel qu’il est, et que nous trouvions bon d’entrer dans son esprit
inconnu pour sortir du nôtre que nous connaissons... sinon nous sommes
ridicules, nous méprisons Dieu et nous nous rendons incapables de recevoir les
grâces de Dieu.[6]”
Adorer Dieu c’est découvrir notre misère et la grandeur de Dieu. “L’adoration
requiert de nous que nous nous sacrifiions entièrement à Dieu, car l’adoration
parfaite dit le sacrifice... soumission de la créature pour rendre honneur à
Dieu.” La contemplation des perfections divines et des mystères de la vie de
Jésus peut alimenter notre oraison.
La première partie de l’oraison dominicale contient les “besoins” de Dieu: que
son Règne arrive, que sa volonté soit faite. Selon les propres termes du Père de
Condren: “l’oraison est un véritable brasier de charité...” D’abord amour
de Dieu, puis mouvement d’amour vers les hommes, à cause de l’amour qu’on porte
à Dieu: “Non seulement nous désirons l’établissement de Dieu en nous,
mais aussi dans tous les autres, et même en éminence par dessus nous, étant bien
aises de tenir le bas lieu du Royaume de Dieu... Ce serait peu aimer Dieu que de
ne l’aimer que glorieux et absolu en nous, mais nous devons ainsi désirer de
même en tous les autres.”
Le Père de Condren insiste sur ce point : “Que les choses que vous demandez
en l’oraison soient universelles et en disposition générale
de charité, c’est-à-dire si vous demandez par exemple quelque vertu,
demandez-la non seulement pour vous, mais encore pour votre prochain, pour votre
maison et pour l’Église. L’oraison est d’autant plus agréable à Dieu qu’elle est
faite avec plus de charité.”
Si la prière concernant nos propres besoins ne doit pas être l’essentiel de
notre oraison, nous devons cependant savoir exprimer à Dieu nos vraies
nécessités, afin de rester dans la dépendance du Père. C’est ce qu’exprime avec
perfection la deuxième partie de l’oraison dominicale que nous a donnée
Jésus-Christ.
Le Père de Condren mentionne plusieurs catégories d’oraison :
– Les oraisons de pénitence, associées aux oraisons de privation, de
peine, ou de sacrifice : ces oraisons qui sous-entendent: combat, effort,
ascèse, ont une réelle valeur sacrificielle.
Pour entrer en oraison, il faut accepter une lutte allant à contre-courant de
nos tendances naturelles. Si des pensées étrangères nous traversent, c’est que
nous n’aimons pas assez Dieu. Le Père conseille à une dame: “ Demandez
pardon du manquement que vous avez commis de vous être si facilement séparée de
lui et de sa divine présence pour vous occuper d’une autre pensée... Avouez que
vous n’êtes pas digne de converser avec Dieu, puisque la moindre pensée des
choses du monde vous en sépare si facilement; mais si vous désirez être plus
attentive à l’oraison et éviter les distractions qui vous arrivent, ayez soin de
faire un continuel usage de la pensée que Dieu vous donne[7]...”
Le combat est à mener, non seulement en nous, mais aussi autour de nous.
– Les oraisons de sécheresse, de nuit, d’inquiétude, de stérilité de
notre esprit: “Ici, il faut patienter dans l’impatience, résister doucement
mais virilement.” Surtout, il ne faut pas abandonner: “Ne laissez point
votre oraison, encore que vous y ayez de la peine; s’il plaît à Dieu de vous
faire faire pénitence, vous n’y perdrez pas le temps... C’est un sacrifice que
vous lui faites d’une partie de la journée... C’est quelque chose de perdre son
temps pour Dieu... Dieu veut que vous fassiez pénitence en sa présence, il faut
le vouloir avec lui...
L’oraison, c’est souvent le temps “des nuits, des ténèbres.” Les oraisons
désertiques sont souvent de notre faute, mais Dieu peut aussi les vouloir, en
vue de ”notre salut”. L’oraison nous conduit à une expérience de Dieu,
mais cette expérience se vit “en bosse et en creux.”
– Les oraisons consolées “plus conformes aux sens et à
l’amour-propre, parce que dans les consolations que Dieu nous envoie, et les
grâces que Dieu fait, il y a plus de danger d’amour propre, propriété et
impureté d’intention que dans les délaissements et les afflictions.”
Il y a deux sortes de consolations :
– les consolations sensibles souvent obstacles et ennemies de notre progrès
spirituel,
– les consolations que l’Esprit-Saint seul autorise en nous révélant
“qu’accepter sa pauvreté par esprit de pénitence, et par hommage à la justice
divine” nous mettent dans un état de reconnaissance envers Dieu
Aimons-nous Dieu pour Lui-même, ou aimons-nous ses seuls dons? Pour le Père de
Condren l’expérience crucifiante est aussi une consolation: “C’est la marque
d’une bonne oraison... lorsqu’elle (l’âme) ne trouve pas étrange si elle est
privée des grâces qu’elle reçoit ordinairement. Car cela montre qu’elle n’est
pas attachée aux grâces, mais à Dieu qui, quelquefois, retire ses grâces
actuelles ou assistance en l’oraison pour le plus grand bien de l’âme.”
L’oraison est une expérience d’amour, et il n’y a pas d’amour qui soit rassasié.
Est-ce pour cela que la meilleure oraison est “l’oraison de la Passion”?
Notre amour pour Dieu ne peut s’approfondir que si Dieu creuse en nous un
puits d’amour. “L’oraison de la Passion porte mortification de l’Esprit,
séparation ou plutôt privation de l’usage de l’esprit.” Dieu ne nous quitte
que pour que nous nous élancions vers Lui: oraison de pure adoration, fuite
éperdue de l’âme qui recherche le Bien-Aimé sans pouvoir le saisir: “Je ne
serai jamais content que vous ne soyiez tout à moi, et moi tout à vous.[8]”
”La vie présente est le noviciat de l’éternité.” Pour le Père de Condren,
en effet, toute notre vie spirituelle, sur la terre, prépare notre éternité.
Mais notre faiblesse est telle que Jésus nous a donné un modèle, sa Mère:
“Nous devons vivre en elle avec lui, et avec elle en lui et pour Lui.” Marie
n’a pas été épargnée par les vicissitudes de la vie; mais, unie étroitement à
son Fils, elle partagea aussi avec Lui ses mystères de joie et de gloire.
Durant toute la vie mortelle de la Sainte Vierge, le Père lui demandera de
partager l’exinanition de son Fils: “Il faut regarder cette voie d’exinanition
de Jésus-Christ étendue par l’opération de Dieu en l’âme de la Vierge. Aussi
commence-t-elle au même moment en elle qu’elle commence en son Fils.[9]”
L’abaissement de Marie devait durer toute sa vie; c’est ce qu’estime Charles de
Condren: “Dieu ayant suspendu par un miracle très grand tous les effets de
gloire qui devaient accompagner sa grâce de maternité et sa qualité d’épouse,
elle demeure dépouillée jusqu’à son Assomption de toute la gloire qui lui est
due.” L’exinanition de Marie doit être la réplique de celle de son fils.
Cela est particulièrement visible au moment de la Présentation de Jésus au
Temple, quand le vieillard Syméon dit à Marie: “Cet enfant... sera en butte à
la contradiction, et toi-même une épée te transpercera l’âme.” Cette fête,
dit le Père de Condren, est “la fête du commencement des douleurs de la
Vierge.”
L’oblation de Marie sera effective dès le moment où Jésus est racheté.
Puis, c’est la fuite en Égypte, etc... Mais l’oblation de Marie est vécue au
plus profond d’elle-même, comme dans l’ombre: elle seule sait que son Fils sera
crucifié, quoique sans en connaître les détails. Le Très-Haut a donné Jésus à
Marie pour qu’à son tour elle Le livre aux hommes, jusqu’au Calvaire.
Chez Élisabeth, aux bergers, aux Mages et jusqu’à la Croix, Marie ne cesse de
nous donner son Fils, don de la plus sublime des charités: “Marie produit son
Fils, elle l’expose dès sa naissance aux hommes, se conformant à son Fils,
lequel voulait non seulement entrer en elle, mais aussi, par elle, être et
appartenir à nous.”
Au Calvaire, Jésus-livré, nous donne sa Mère, Marie nous adopte, et ce faisant,
adopte toute l’Église. Mais Marie ne peut nous aimer que si nous sommes une
survivance de Jésus: “Je ne doute point aussi que l’Église ne veuille
conserver avec un très grand soin le monument le plus exprès de l’adoption des
chrétiens par la Mère de Dieu et la plus vive image qui lui reste de l’union de
Saint Jean à la Vierge, et en lui, de tous les membres de Jésus-Christ.[10]”
Le Père de Condren exigera un vrai culte marial de ses Oratoriens: “Bien que
vous ne soyez pas dignes de regarder la Sainte Vierge, ni de penser à elle...
vous vous porterez avec toute l’Église triomphante... et avec toutes les bonnes
âmes qui sont au monde, à honorer la Vierge de toutes vos forces... Vous prierez
pour les intentions de la Sainte Vierge, pour son accomplissement et plénitude
dans l’Église, pour qu’elle soit reconnue et honorée, et vous vous donnerez à
elle pour y travailler de tout votre pouvoir.[11]”
On pourrait ajouter: à l’imitation du Père de Condren, “qui rendait par son
chapelet et autres oraisons, les devoirs à la Très Sainte Vierge.” Car la
dévotion mariale est une condition pour vivre avec Jésus, pour entrer dans son
intimité: “Il nous faut lier à l’âme de la Sainte Vierge qui eut plus de part
de connaissance et d’estime des grandeurs de son Fils, que tous les hommes et
les anges... C’est par elle que nous devons le former en nous.”
Ame de silence, d’oblation et de charité, Marie dirige nos âmes sur la terre:
“La Sainte Vierge ne parle pas de son Fils,... elle se tait... Marie n’en dit
mot, demeurant toujours avec Jésus dans le silence...”
C’est le propre de l’École Française, illustrée, entre autres, par Bérulle,
Charles de Condren et Jean-Jacques Olier, de ramener toute la vie spirituelle à
l’état de sacrifice. Le Père de Condren a vécu sa vie de prêtre comme un
sacrifice offert à Dieu. Cette idée, pour le Père de Condren se retrouve dans
toute vie spirituelle, celle des religieux comme celle des laîcs. Mais, pour de
Condren, l’esprit de sacrifice qui préside à toute vie spirituelle est, en fait,
l’introduction à l’union à Dieu, “l’adhérence”: adoration vécue dans
l’assujettissement à l’amour de Jésus, et “l’appropriation”: prise de
possession de notre être par Jésus, pour nous transformer complètement en lui.
“Je vous adore, mon Seigneur Jésus, je renonce à moi-même pour être à vous
sans réserve, je renonce à ma propre volonté puisqu’elle vous est si
contraire... Je renonce à mon propre esprit et j’adore le vôtre auquel je veux
m’assujettir... Surtout, je renonce à l’amour propre parce que je veux vivre
dans votre amour, je vous prie de le détruire en moi.[12]”
L’adhérence est véritablement l’attachement d’amour de notre petitesse à la
grandeur divine. En réalité nous retournons à Dieu car nous savons que nous
venons d’en haut et que “mon moi originaire, c’est Dieu.” Par le péché,
nous avons perdu l’amitié du Père, mais pas sa pitié, ni sa miséricorde. Et nous
pouvons toujours nous unir à Dieu, adhérer à Lui; c’est même un devoir. Et Jésus
est notre modèle, parce que Jésus Fils de Dieu “a toujours adhéré au vouloir
de son Père.”
Mais l’union à Dieu c’est un renoncement, qu’il s’agisse “d’abandon, de
délaissement, de séparation de nous-mêmes... Adhérer à Jésus-Christ, c’est
d’abord se détacher de soi... pour s’unir à son Esprit, dont les grandeurs sont
anéantissantes, élevantes, unissantes, séparantes.”
S’unir à Dieu c’est laisser derrière soi tout ce qui n’est pas Dieu. Adhérer à
Jésus-Christ, c’est accepter d’entrer dans une voie purificatrice; on ne peut
louer Dieu avec un cœur partagé. Le Père de Condren demande: “le renoncement
de toute notre vertu et de notre propre esprit pour entrer en celui de
Jésus-Christ et pour faire toutes choses par son esprit et par sa vertu même...
C’est au Saint-Esprit de nous élever au-dessus de notre capacité, car de
nous-mêmes nous n’avons aucune puissance de nous élever.” L’adhérence est
abandon de nous-mêmes et ouverture de notre âme à la vie divine. Adhérer à Dieu,
c’est se séparer de soi-même, c’est entrer dans l’état sacrificiel de l’”adhérence”.
Être uni au Christ, c’est être uni au Fils de Dieu qui est passé par la mort
avant de ressusciter. De Condren conseille: “Donnez-vous à Notre-Seigneur...
pour n’estimer jamais les choses que comme il les estime, pour n’approuver que
ce qu’il approuve, et pour condamner ce qu’il condamne...”
Il nous faut vivre comme des petits enfants, mais pour cela, il faut veiller,
“nous abandonnant à la disposition de Dieu quelle qu’elle puisse être sur nous
en tous les accidents de la vie.” Il faut veiller, car nous vivons dans le
monde, et vivre dans le monde c’est être exposé en permanence à l’esprit du
monde qui n’est pas celui de Jésus-Christ, et la vigilance suppose l’action.
Les plus grands contemplatifs ont toujours été des hommes d’action, Aussi, le
Père de Condren conseille-t-il: ”Ne négligez rien qui puisse conduire à
Dieu... puisque les moindres accidents de notre vie doivent servir à notre salut
et que les moindres de nos actions faites pour Dieu servent à notre
sanctification.[13]”
Jésus notre Sauveur est un Dieu crucifié. Celui qui adhère à Lui sera crucifié,
inévitablement, et d’abord volontairement par la pénitence: ”La pénitence est
une vertu propre à l’homme... les anges n’ont pas reçu la grâce de la
pénitence.” Par la pénitence nous retrouvons la vie et l’espoir: “Nos
péchés ne nous doivent jamais porter au découragement et au désespoir... Le
péché nous oblige à être dans un état de continuel sacrifice et de mort pour
Dieu... La pénitence n’est autre chose que prendre le parti de Dieu contre
nous-mêmes... Il convient de regarder la pénitence comme une participation de la
justice divine vengeresse du péché, comme une grâce qui nous unit à Dieu...
Jésus veut que nous nous offrions comme lui et avec lui en sacrifice.”
L’âme en état d’adhérence est en état de sacrifice, d’oblation, de victime:
Jésus va pouvoir se l’approprier.
Appartenir à Jésus-Christ, c’est “être enté en lui.” Il est la tête du
corps mystique, nous ses membres. “Jésus-Christ doit être notre substance:
nous devons nous perdre heureusement en lui, en sorte que nous n’ayons plus de
substance que lui... Nous devons être tout changé en lui, consommé et abîmé en
lui...” Mais il y a plus, selon le Père de Condren: “Jésus n’est pas
seulement consommé en Dieu comme notre chef, il l’est aussi en ses membres, en
qui il s’établit pour être de nouveau consommé en eux, l’étant déjà en sa propre
personne.”
Ces notions sont difficiles. Jésus pénètre en ceux qui désirent s’unir à Lui
pour continuer sa mission de prêtre. Il prend possession de notre être pour nous
transformer complètement en Lui et le détruire, afin de ”s’approprier”
tous nos états. Jésus n’a qu’un désir: “... s’approprier toute la capacité et
les propriétés que nous avons d’opérer et d’agir vers Dieu intérieurement, et
aussi la puissance que nous avons d’opérer extérieurement, afin que ce soit lui
qui fasse toutes les fonctions en nous.., afin qu’il y vive à la place de
nous-mêmes.[14]”
Cette opération de Jésus en nous est totalisante: “Nous devons désirer avec
Dieu de tout perdre afin qu’il ait tout, de ne rien être en nous afin qu’il y
soit tout... de ne rien posséder en nous afin qu’il possède tout et jouisse de
tout.[15]”
Jésus a tous les droits, donnés par son Père, ou acquis par sa Passion.
“C’est la gloire du Verbe de nous consommer, de nous faire participer à sa
propre consommation.”
Jésus pénétrant en nous par son Esprit y dépose le feu de son Amour purifiant
qui détruit tout ce qui n’est pas saint. Ainsi: “les cœurs qui lui sont voués
et consacrés sont des autels qui doivent brûler de son amour, dans lequel toute
autre chose doit être immolée à sa sainteté, et parfaitement consommé.”
L’âme que Jésus s’approprie contemple souvent le mystère de la Rédemption, donc,
il lui faut “être dans l’inclination de sacrifier cette vie en ce monde et
elle-même à Dieu avec Jésus-Christ pour être en son esprit crucifié.” La
destruction dont il a été parlé plus haut, c’est tout simplement la vocation à
la sainteté: “La sainteté consiste en la séparation de vous-même, car quand
il n’y aura rien en vous que Dieu, alors, vous serez saint.” (Lettre à un
dirigé)
Jésus-prêtre peut blesser sa créature, mais c’est une blessure d’amour, d’amour
de Dieu, qui n’est jamais pernicieuse “Nous devons être comme des hosties
devant Jésus-Christ. Nous nous devons présenter à Jésus-Cchrist afin qu’il
emploie toute notre capacité, nos puissances, nos opérations, nos études, de
sorte que ce soit lui qui prie, qui parle, qui étudie, qui converse, qui agisse,
enfin qui fasse toutes choses en nous, et non pas nous; il faut que ceux qui
nous parlent soient trompés, et qu’au lieu de nous parler, ils parlent à
Jésus-Christ.[16]”
Une hostie n’offre aucune résistance: elle s’abandonne à Dieu. Se laisser
consommer par Jésus, ce n’est pas une faillite de la liberté, c’est au contraire
une sublime liberté: être libre, c’est rendre à Notre Seigneur sa liberté
d’opérer comme Il l’entend avec sa créature. À cette fin, l’état de victime est
indispensable. L’hostie consommée par l’Esprit de Jésus est devenue son épouse:
il n’y a d’appropriation que nuptiale: “Notre vie est celle par laquelle nous
vivons en Jésus et Jésus vit en nous, étant plus âme de notre âme, et cœur de
notre cœur, que notre âme est âme de notre corps.”
Le Père de Condren nous fait comprendre qu’il y a, dans la connaissance
naturelle, des insuffisances qui privent l’humanité d’une approche amoureuse de
Dieu. Pour aimer Dieu, pour savoir qui Il est, il faut entrer dans sa
connaissance, et pour cela, ouvrir les Livres saints. Dieu, nous dit de Condren,
est ”la source de toute lumière. Il est le créateur souverain, le Père
éternel, le principe et le terme du sacrifice de Jésus.”
Dieu est Amour, et malgré la brièveté de sa vie terrestre, Jésus a su nous le
révéler, par ses enseignements et par ses miracles. “La connaissance qu’on
peut avoir de Dieu par la raison est infiniment au-dessous de ce qu’il est, mais
la foi l’atteint jusque dans son infinité.”
La foi seule conduit à Dieu et entretient notre fidélité à Dieu: “La foi est
au-dessus de toute la science.”
La connaissance de Dieu est volontaire; il faut le vouloir et, comme tout
sacrifice, cela implique la nécessité de se séparer de tout le mondain. Ainsi,
le pur amour n’est pas réservé à une élite, mais il est offert à tous ceux qui
sauront écouter Jésus-Christ, “le pur Amour lui-même”.
Le pur amour, c’est la rencontre de deux volontés: la volonté divine qui veut
répandre “son feu sur la terre”, et la volonté humaine qui commence à
“préférer Dieu à toutes les autres choses.” Dès lors, Jésus apparaît comme
l’Époux proposant un amour auquel aucun pécheur ne peut prétendre; les hommes ne
sont pas dignes de cet amour. De Condren écrit: “De l’aimer... nous n’en
étions pas dignes, nous n’en étions pas capables. Il nous a toutefois obligés à
l’aimer. Remercions tous Dieu de ce qu’il a voulu nous obliger tous à l’aimer...
Il lui a plu de nous en rendre dignes et capables par l’administration de sa
grâce... puisqu’il a voulu mettre notre perfection à l’aimer.”
L’obligation d’aimer Dieu “est ce qui donne à l’âme ses mouvements d’une
façon bien plus noble et relevée...” C’est Dieu qui soulève, élève l’âme
vers Lui, la stimule, et lui permet de se détacher de tout le créé pour
atteindre au mieux le Créateur, ce qui la rend étonnamment libre: “On entre
dans la gloire en perdant tout ce que l’on est humainement.”
Tout cela n’est que la préparation de l’âme au pur amour. Alors, qu’est-ce que
le pur amour?
Selon le Père de Condren, le pur amour est, à la fois, “un amour de
bienveillance qui consiste à vouloir du bien à la chose aimée, un amour de
complaisance lorsqu’on se plaît en la vue ou en la pensée de ce qu’on aime, et
l’amour de désir quand on désire la posséder.”
Nous ne pouvons rien apporter à Dieu qui a tout. Condren résout la difficulté en
disant: “La bienveillance en l’amour de Dieu consiste à vouloir de tout son
cœur que Dieu, étant la bonté, la beauté et vertu universelle et infinie, soit
loué et glorifié, sanctifié et adoré partout, qu’il règne en toute créature...
Que toute sa volonté soit parfaitement accomplie.” Vouloir du bien à Dieu,
c’est prendre en compte ses désirs, ses afflictions, ses peines de n’être pas
aimé des hommes qu’Il aime: “Quand il fut proche de la ville (Jérusalem)
Jésus pleura sur elle.”
Que désire Jésus ? Nous-mêmes tout entiers: “Ce désir (de Dieu) qu’il a de
nous recevoir est aussi grand comme sa charité est grande... C’est grande
infidélité de manquer à ces désirs de Jésus-Christ... Le Fils de Dieu ne se
contente pas d’être offert à son Père en un lieu, mais son désir est de lui être
offert en plusieurs.[17]”
Satisfaire les désirs de Dieu, c’est aussi aller au-devant des brebis perdues,
des brebis ignorantes de son existence, car l’amour de bienveillance est un
amour d’apôtre, et l’amour d’apôtre est un amour du sacrifice. Aimer Dieu d’un
amour pur, c’est ne pas lui refuser les âmes qu’Il s’est choisies. Les créatures
ne nous sont jamais données, mais confiées.
L’amour de complaisance “consiste à arrêter son esprit à la considération des
perfections divines infinies, à se délecter de ce qu’il est si beau et si
parfait.” L’amour de complaisance se porte vers l’Être qui est, par
essence, Lumière et Vérité. Dieu ne nous a pas créés pour la médiocrité des
amours fugitives mais pour Lui, l’Amour.
Le pur amour aime parce que, saisi par l’Amour, il est devenu le bien de
l’Amour.
L’âme désire posséder Dieu, “et le désire plus que toute autre chose.” Se
complaire en Dieu, c’est désirer être de plus en plus en Lui et à Lui. Le Père
de Condren s’écrie: “Votre amour est la vie. Seigneur, j’attends de vous
cette grâce, je proteste de ne vouloir aimer autre chose: que je mette toute ma
béatitude à vous pouvoir aimer parfaitement.” Le Père avait d’ailleurs fait
un ”vœu de servitude, un vœu de victime.” Il disait: “Être
victime, c’est retourner à Dieu de la manière la plus complète et la plus
parfaite.”
L’état de sacrifice est, en effet, le fondement du pur amour.
Par son sacrifice, Jésus nous a libérés de la servitude du péché, et Il a
fait de nous les enfants adoptifs de Dieu. Il nous veut libres et capables
d’aimer.“Jésus ne veut avoir que des serviteurs volontaires et tient toujours
perdu ce que l’amour ne lui gagne point.” Dieu veut être aimé librement. La
réponse humaine à une avance divine est un choix, et un choix libre.
La liberté est d’abord et toujours un libre arbitre. C’est librement et par
choix que nous nous lions à Jésus-Christ, “et la plus étroite liaison que
nous connaissons est celle de l’esclavage.” (spirituel)[18]
“Pour être fait esclave, dit encore Charles de Condren, il ne faut pas
être privé de soi-même et de sa liberté, mais du droit d’user de soi-même et de
sa liberté pour ses intérêts.” La finalité de notre dépouillement est la
gloire de Dieu.
Mais aimer Dieu d’un amour pur, n’évacue pas toutes nos faiblesses. Notre
liberté, même parfaite, et désirant la volonté de Dieu n’est pas suffisante:
“Il n’y a que la grâce qui rende notre capacité puissante à produire quelques
actes... Sans elle, nous ne pouvons rien, mais aussi il est vrai que la grâce
seule ne nous sauvera pas si nous n’y coopérons, et correspondons par notre
fidélité... Aussi la grâce est bien la cause principale de nos bonnes actions,
mais il faut que nous y contribuions...”
“Comme nous devons aimer Dieu plus que nous-mêmes, aussi devons-nous avoir
plus de soin de sa gloire que de notre propre salut.” Et, ce faisant, nous
trouvons la béatitude, “la société de ceux qui adhèrent à Dieu, qu’on appelle
la Jérusalem mystique qu’est l’Église, laquelle combat ici-bas et doit régner un
jour au ciel...“
Contemplant cette béatitude, le Père de Condren s’écrie: “Vous êtes, mon
Dieu, ma fleur, ma rose, mon jardin... ma récréation, mon divertissement, en un
mot, ma béatitude... Notre Seigneur ne demande pas seulement une joie, mais un
bondissement de joie. Or la joie vient de l’abondance de l’amour.” Il n’y a
de pur amour que vécu dans la béatitude. Le pur amour, c’est le chant de l’âme à
son Seigneur, qu’elle soit blessée de son amour, qu’elle en reçoive les suaves
douceurs, ou qu’elle en soit privée.
Ainsi on comprend les pénitences et l’état de sacrifice: “Les privations que
Dieu permet, que Dieu envoie, elles sont jouissantes de sa gloire et de Dieu
même, puisque tout ce que Dieu permet et envoie dans une âme est pour l’attirer
à sa gloire et à lui-même.” C’est la joie de l’oblation.
La joie de l’oblation dans le pur Amour, c’est toute la doctrine du Père de
Condren. Ce sera notre conclusion.
Père de Condren, Mystères de
Jésus-Christ
Père de Condren, Des fêtes et
mystères de Jésus-Christ
Père de Condren, Traité de
l’Oraison
Père de Condren, Fragments du Père
de Condren
Père de Condren, Instructions
spirituelles tirées des écrits du Père de Condren, second supérieur de la
Congrégation de l’Oratoire de Jésus
Père de Condren, L’Idée du
sacerdoce et du sacrifice de Jésus-Christ
Père de Condren, Considérations
sur les Mystères de Jésus-Christ, selon que l’Église les propose pendant le
cours de l’année
Père de Condren, Lettres,
Éditions du Cerf, 1943
Claude Pouillard Le Père de
Condren, le Mystique de l’Oratoire, publié chez FAC-éditions, en 1994
Denis Amelote, Vie du Père de
Condren, publié à Paris en 1657
Denis Amelote, La vie du R.-P.
Charles de Condren, second général de l'Oratoire publié chez SARA & JESLÉ -
Paris, 1643
Leherpeur L’Oratoire de France,
publié à Paris en 1926 - Éditions SPES
H.Brémond Histoire littéraire du
sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu’à nos
jours, publié en 1921, chez Bloud et Gay
Galy, Le sacrifice dans l’École
française de spiritualité, publié en 1951, à Paris, chez les Nouvelles
Éditions latines
Adolphe Perraud- L'Oratoire de France
au XVIIe et au XIXe Editions DOUNIOL - Paris, 1865
Autres sources
obtenues sur Internet :
http://perso.wanadoo.fr/abbe.papon/charlesdecondren.html
Yahoo! Encyclopédie-Charles de Condren Accueil- Yahoo! - Aide Encyclopédie.
http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/c/c0007178_p0.html



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